ANPE : Agence Nationale des Pauvres Expatriés

Dans ses offres d'emploi, l'ANPE propose aux chômeurs français un poste d'informaticien à Pondichéry. En apparence, rien d'exceptionnel : tenter sa chance à l'étranger, pourquoi pas. Sauf que le salaire proposé est de 320 euros au maximum, pour 40 heures de travail hebdomadaire de niveau technicien bac + 2. Soit moins que le RMI. L'annonce a été retirée. Le débat persiste. 

Dans ses offres d'emploi, l'ANPE propose aux chômeurs français un poste d'informaticien à Pondichéry. En apparence, rien d'exceptionnel : tenter sa chance à l'étranger, pourquoi pas. Sauf que le salaire proposé est de 320 euros au maximum, pour 40 heures de travail hebdomadaire de niveau technicien bac + 2. Soit moins que le RMI. L'annonce a été retirée. Le débat persiste.

 

L'information a fait scandale dans la presse. L'ANPE propose des postes à salaire sous-payés à l'étranger. Salaire déplorable en fonction de la formation demandée, protection sociale nulle (il est cyniquement indiqué : "à négocier") et déplacement sans retour. En effet, avec un tel salaire, pas question d'envisager un retour en France.

 

TOUT TRAVAIL NE MERITE PLUS SALAIRE

 

Tout travail ne mériterait-il donc plus salaire du fait que la protection sociale n'existe quasiment pas dans certains pays ? Voilà ce qui nous attend au sein de la mondialisation ? Une sorte de remise à niveau globale tirée vers le bas ? Où sont les espoirs d'un développement économique pour tous ?

Le scandale de cette annonce tient aussi du fait que l'employeur en question désire avant tout un technicien déjà formé. Certainement parce qu'il ne trouve pas les mêmes compétences sur place. Certainement parce qu'il a dans l'idée de faire former à bas prix d'autres personnes. Bref, profiter du système à fond, tant qu'il n'est pas régulé, sans la moindre morale. Avoir la formation, sans en payer le coût. Il n'y a dans cette démarche ni liberté, ni responsabilité. Bref, ce n'est pas du libéralisme, mais du néo-féodal-capitalisme (voir le livre de Jean Peyrelevade - Le capitalisme total, éditions du Seuil).

 

RECLASSEMENT

 

La problématique est la même au sein de l'Europe après l'entrée des pays émergents. Par exemple lorsque certains patrons délocalisent, licencient et proposent pour échapper à la loi des postes de reclassement sous payés et inaccessibles à l'étranger. Les instances européennes se doivent de réagir. Or, pour le moment, la régulation est quasi nulle. Au nom d'un libéralisme travesti, tout est-il possible ?

L'ANPE soutient donc cette vision idéologique de l'économie et de la mondialisation par la publication de cette annonce : il faut optimiser au maximum les coûts, sans se préoccuper des salariés, de la redistribution des richesses ou de la collectivité locale. Peu après le scandale, personne n'a eu le courage de se présenter comme responsable de l'annonce. Courage, fuyons !

Gageons que ce n'est pas comme ça que l'Inde peut profiter réellement des bienfaits de la mondialisation. Un patron avec un tel état d'esprit n'aidera pas le développement d'un pays, ni n'aidera à la redistribution des richesses créées. On attaque sans cesse les prétendus chômeurs qui abusent du système... On leur demande d'accepter de plus en plus vite des offres d'emploi ? De ce genre-là ?

Et si on parlait des patrons voyous ?

 

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