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Billet de blog 23 févr. 2013

Un spectre hante l’Europe: le spectre de la connerie totale

On peut TOUT dire, parce qu’on peut TOUT penser : c’est bien la définition de la littérature, qui s’est toujours déployée contre tous les interdits de penser, religieux, moraux, de « bienséance », etc. Le problème c’est qu’avec le libéralisme qui sévit, et par un paradoxe qui n’est qu’apparent, « on peut tout dire » est devenu on DOIT tout dire

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On peut TOUT dire, parce qu’on peut TOUT penser : c’est bien la définition de la littérature, qui s’est toujours déployée contre tous les interdits de penser, religieux, moraux, de « bienséance », etc. Le problème c’est qu’avec le libéralisme qui sévit, et par un paradoxe qui n’est qu’apparent, « on peut tout dire » est devenu on DOIT tout dire, et surtout s’il s’agit d’une « personnalité », détentrice supposée de puissance et de gloire, et surtout si c’est du « mauvais », du sordide, du morbide, transgression, transgression, et surtout si c’est de « moi » dont il s’agit, puisque c’est la preuve que c’est « vrai ». Il y a dans cette façon de faire une injonction à la fascination, et sous couvert de tout dire, une promotion autoritaire du RIEN.

La convention, le consensus est une police de la pensée comme une autre. Est-ce que oui ou non le fait qu’il s’agisse de DSK dans le livre de Marcela Iacub est important ? Evidemment oui, c’est dit et présenté (et vendu) comme ça. Quel autre intérêt y a-t-il ? Est-ce qu’il y a quoi que ce soit de nouveau ?

Est-ce que c’est une découverte, qu’un homme (ou une femme) soit « un cochon » ? qu’un homme (ou une femme) ait des pulsions ? qu’il (ou elle) les suive ? qu’il (ou elle) se brime ?

Est-ce que c’est vraiment nouveau qu’un homme (ou une femme) ait des pulsions sadiques, masochistes, ou ceci, ou cela ?

Mais c’est un homme connu. Donc il DOIT être intéressant.

C’est un homme célèbre. Donc il DOIT être passionnant.

Je rêve.

Est-ce qu’il y a le moindre risque à parler de « ça » ? La moindre transgression ?

Transgression de quoi ? Où, mais où, est la transgression ?

Ce qui se passe : un magazine à grand tirage (quoique déclinant) cherche à imposer l’idée que c’est intéressant, passionnant, nouveau, etc. de s’occuper d’une histoire entre une femme qui écrit dans les journaux et une « personnalité ».

Point.

Vide total.

La littérature ramenée à des anecdotes, à des explications (il paraît que sa femme le tient en laisse).

Ou à de l’introspection, à de la confession (autres formes d’explication). Je le dis donc c’est ma vérité.

Le libéralisme impose économiquement la domination des entreprises les plus puissantes, et les médiateurs culturels qui suivent la pente de la société libérale imposent leur idée des sujets intéressants, à savoir : les célébrités, autrement dit : rien, le vide.

Il est probable que Marcela Iacub, qui croit avoir vraiment écrit un livre où elle parle vraiment d’elle, croit aussi avoir librement choisi de s’occuper de DSK. Elle a juste suivi ce qui est la norme actuelle de la société.

Cette dictature du vide a pour fonction de faire croire aux gens, à ceux qui ne sont pas les puissants de ce monde, qu’ils participent à la société dont ils sont en fait exclus. Ils n’ont pas vraiment de pouvoir de décision, mais ils connaissent le petit bout de la petite culotte. C’est en quoi toute cette trivialisation de la culture ressemble fortement à  l’opium du peuple dont parlait Marx.

Et comme l’opium de la religion cette trivialisation elle aussi console le peuple en dévalorisant, en rabaissant toute forme de vie ici bas, et surtout celle des « grands », en montrant encore et toujours que toute vie, même pour les plus célèbres, est au fond une saloperie, faite d’indignités, de bassesses, de misère et de malheurs…

Les fascistes disaient, Viva la muerte.
Leslie Kaplan

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