Agression des policiers : Agression mimétique?

Un signe de bonne santé mentale est la capacité que nous avons, dès la première heure de notre vie, à imiter les autres, à calquer nos désirs sur les leurs. Neuropsychiatre et psychologue, Jean-Michel Oughourlian a exploré ce phénomène instinctif qui dépasse notre volonté, surtout lorsqu’il est renforcé par l’influence du groupe. Après Champigny le 31, Aulnay-sous-bois le 1er. Est-ce le hasard?

Suite de l’article : Agression de policiers à Champigny : Effet Kitty GENOVESE ? 

Agression dont est victime une policière à Champigny-sur-Marne. © Jean-Luc ROBERT Psychologue Agression dont est victime une policière à Champigny-sur-Marne. © Jean-Luc ROBERT Psychologue

Car en effet, par identification, un groupe dont la mentalité est par exemple : « le sentiment d’une oppression par un système politique jouant en sa défaveur (les exclus du système) », peut facilement se reconnaître dans la persécution ressentie qui a conduit un autre groupe à agresser deux policiers à Champigny. S’y reconnaître, mais aussi le moment opportun, avoir envie par solidarité et parce que ce fait récent aura ravivé son sentiment d’injustice, de passer à l’acte à son tour.

Le mimétisme est donc un réflexe inné, automatique, spontané et inconscient, qu’on peut difficilement défaire. Nous sommes inexorablement influencés par notre univers (artistique pour les artistes, amical ou professionnel pour ce qui est de notre vie en société). Ainsi, lorsque nous croyons créer quelque chose d’original, c’est toujours plus ou moins sous influence (la somme de notre expérience). Les idées professionnelles que nous croyons entièrement les nôtres ne le sont pas uniquement, tout comme notre style vestimentaire, nos goûts musicaux, sont sous influence. D’ailleurs, il serait dangereux d’être trop en marge. On pourrait alors, comme cela a été le cas de nombreux artistes, être taxés de fous, avant d’être considérés comme des génies posthumes.

Andrew Meltzoff, responsable de l'Institute for Leaming and Brain Sciences de l'université de Washington, a démontré que juste après l'accouchement, les bébés étaient capables de l’imiter en tirant la langue à leur tour. C’est ainsi que tout au long de notre existence, nous nous façonnerons et deviendrons le modèle unique que nous sommes, en recourant à l’imitation et à l’identification. Nous désirerons de façon mimétique ce que les êtres qui nous sont chers désirent. Nous désirerons aussi appartenir à notre groupe social, lui plaire.

Voilà pourquoi un individu qui se trouve sous l’influence de son groupe social, pourra se comporter de façon radicalement différente.

En d’autres termes, lorsque l’on parle d’un groupe d’agresseurs, il ne faut jamais oublier qu’il s’agit d’un groupe, certes constitué de membres distincts, mais d’un groupe qui possède sa propre mentalité, et qui au nom de cette mentalité, agit. Oui, le groupe est bien une entité parfois dangereuse qui peut désigner comme cible-punching-ball, la police : https://www.mediapart.fr/journal/france/020118/maintenant-le-policier-sert-de-punching-ball

Effet mimétique ?

Il n’est donc pas étonnant qu’après l’agression s’étant produite à Champigny, se produise quelques heures après, une agression similaire à Aulnay-sous-bois, un autre groupe reprenant le flambeau, disant son ras-le-bol avec le même modus operandi, espérant lui aussi être reconnu au final comme oppressé, poussé à bout par le système qui chaque jour broie ses membres.

A Argenteuil, quatre policiers ont également été agressés au cours d'une intervention : http://www.bfmtv.com/police-justice/argenteuil-quatre-policiers-agresses-au-cours-d-une-intervention-1343324.html

Evidemment, le système ne broie personne en réalité. Il n’est certes pas parfait, mais si l’on pouvait extraire du groupe chacun des membres qui le constitue, les sortir de cette identification morbide à ceux qui se vivent comme les victimes d'un système, ils se rendraient probablement compte, que casser du flic en représailles à tout ce mal être, ne solutionne rien. Il suffirait même qu’un mentor les fasse entrer dans le cercle de ceux dont la mentalité est : « Nous sommes les jeunes cadres dynamiques qui inventeront la société de demain », pour observer un effet pygmalion transformant ces victimes du système, en entrepreneurs volontaires et triomphants pour qui rien n’est impossible ».

Effet pygmalion ?

Pour rappel selon Wikipédia : L'effet Pygmalion (ou effet Rosenthal & Jacobson) est une prophétie autoréalisatrice qui provoque une amélioration des performances d'un sujet, en fonction du degré de croyance en sa réussite venant d'une autorité ou de son environnement. Le simple fait de croire en la réussite de quelqu'un améliore ainsi ses probabilités de succès.

Il ne s’agit pas bien sûr d’excuser ces agressions collectives, mais d’essayer d’en expliquer quelques ressorts psychologiques. Les agresseurs devront bien sûr et fort heureusement répondre de leurs actes. Mais si l’on se situe sur un plan purement comportemental, on comprend qu’il faut parfois peu de choses, pour qu’un individu devienne soit l’agresseur, soit le sauveur.

Par Jean-Luc ROBERT
Psychologue clinicien

www.LezAPe.fr

 

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