Un gouvernement qui fait balbutier l’Histoire

Karl Marx a dit que quand l’Histoire se répétait, la deuxième fois, cela était toujours grotesque. Avec le projet de loi contre le Séparatisme, dont le titre est à géométrie variable « pour conforter les principes républicains », ce n’est pas le gouvernement Macron/Castex qui pourrait faire démentir ce pronostic.

Le retour grotesque de la Constitution civile du clergé

Sous l’Ancien-Régime monarchiste, la devise de l’Etat était « Une Foi, une Loi, un Roy ». Il y avait une fusion totale entre le Temporel et le Spirituel dans une lutte incessante pour savoir qui allait dominer l’autre.

Les révolutionnaires de 1789, pris dans une œuvre immense, ne pouvant larguer toutes les amarres de l’ancien temps en une seule fois, s’inscrivirent dans la même démarche vis-à-vis de la religion et décrétèrent « Une loi, une Foi ». C’est ainsi que dans une tentative de faire du catholicisme une religion civile et contrôlée par l’Etat, ils décrétèrent, en 1791, la Constitution civile du clergé, qui se révélera comme une erreur tragique.

Ils voulaient faire prêter un Serment d’obéissance à la loi (aujourd’hui, on dirait un contrat de valeurs républicaines) aux ecclésiastiques. La moitié le fit, l’autre moitié, non. Cela donna la guerre de Vendée et la guerre civile. Du sang, des larmes, des crimes… C’était l’ingérence du politique dans le religieux.

Pour faire cesser ce trouble, ils durent décréter la Première Séparation des Eglises et de l’Etat en 1795. L’Etat ne s’insérait plus dans les affaires de l’Eglise et l’Eglise en faisait de même dans les affaires de l’Etat. Puis Bonaparte fit le Concordat en 1801 qui fusionnait l’Etat et la Religion, et faisait des cultes un service public et des ministres du culte, des fonctionnaires. Cela dura un siècle et les Républicains durent, après l’épisode de la Commune de Paris, faire la Troisième Séparation.

Le projet de loi, en voulant imposer un Serment républicain aux associations, donc aux associations religieuses, refait la même chose qu’en 1791. Mettre ce qui relève de la liberté de conscience et d‘association sous la férule de l’État et de la puissance publique est une menée liberticide. C’est la remise en cause du principe de Séparation du civil et du religieux, c’est la tentative de tout uniformiser et de tout contrôler par la répression étatique.

C’est la volonté de réaliser une « religion civile », c’est-à-dire concrètement promouvoir une idéologie d’État qui est totalitaire par essence. Puisque les associations devront s‘engager à promouvoir les principes républicains, que deviendra leur liberté de choisir leurs options ? Quand des collectivités territoriales exigent, en contrepartie de subventions et de moyens que les associations promeuvent le principe de laïcité (principe de neutralité de droit public), par la signature de Chartes, elles assimilent les associations (droit privé) à la chose publique. Il n’y a plus de Séparation.

Il n’y a plus dès lors, de liberté de conscience, d’associations et de libre exercice du culte. Le gouvernement va fracturer les associations entre « signeurs et non signeurs », comme hier la Constitution civile du clergé divisait entre « jureurs et non jureurs » avec toutes les conséquences qu’on connaît.

C’est une loi de guerre civile qui va attiser les affrontements et qui aura des conséquences inévitablement dramatiques. Qui sème le vent, récoltera la tempête….

Le retour grotesque du Décret infâme

On sait que le modèle qui inspire la création du Conseil Français du Culte Musulman est le Grand Sanhédrin imposé par Napoléon en 1806. Il fut suivi d’un décret qui entrera dans l’Histoire sous le nom de « décret infâme ». Le décret infâme est le surnom donné au troisième des décrets institués par Napoléon Ier le 17 mars 1808 pour intégrer les Juifs dans la société française. Ces dispositions qui étaient un retour partiel aux méthodes discriminatoires de l'Ancien-Régime, prenaient effet pour dix ans.

Le commerce ne sera possible qu'avec une patente délivrée par le Préfet, et une attestation de bonne conduite délivrée par le Consistoire.(Source Wikipedia). Attestation que rappelle fâcheusement la Charte des Imams de Macron.

Le Décret infâme fut abrogé par Louis XVIII pendant la Restauration. Comme aujourd’hui, tout est à front renversé. Napoléon voulait arrêter la Révolution en la stabilisant et il l’a niee par le Décret infâme, Louis XVIII voulait le retour de l’Ancien-Régime et de son absolutisme, il l'a rétabli par une liberté pour les Israélites !

Tout commença le 30 mai 1806, quand Napoléon ordonne la constitution d'une Assemblée de notables en vue d'organiser la communauté israélite. Ces notables, au nombre de 95, sont choisis par les préfets parmi les juifs fortunés. Ils entament leurs réunions le 26 juillet 1806, dans la chapelle de l'église Saint-Jean, près de l'Hôtel de Ville de Paris.

Au terme de leurs délibérations, ils acceptent de renoncer à la loi mosaïque (« loi de Moïse »). Ils rejettent la polygamie et la répudiation, admettent le divorce et les mariages mixtes ; ils se reconnaissent pleinement français, respectueux du Code Civil (ou Code Napoléon) et disposés à défendre le territoire national. Napoléon met alors en place un Consistoire central. Présidé par le rabbin de Strasbourg David Sintzheim, il valide les propositions de l'assemblée des notables le 9 février 1807. (Source Hérodote)

Toute ressemblance avec ce qui se passe aujourd’hui ne peut être fortuite. Dis-moi ce que tu regardes, je te dirai qui t’inspire et ce que tu veux

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Ce gouvernement est comme les émigrés de l’Ancien-Régime : rien oublié, rien appris, rien compris. On sait comment cela se termina…. Dans les poubelles de l’Histoire.

Christian Eyschen

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