Une aide-soignante dans un hôpital psychiatrique des Bouches-du-Rhône témoigne

« (…) Que dire : Oui je travaille, mais comme tant d’autres.  Les conditions sont folles, ont gère le confinement, on espère chaque jour qu’on ne va pas avoir de patients infectés, et on tache d’endiguer les effets de l’anxiété. Et tout ceci sans masque, bien sûr, contre toutes les règles en vigueur en cas d’épidémie.

Les patients sont confinés avec droit de sortie rapide dans l’hôpital, le reste du temps en pavillon. Ils n’ont plus accès à leur argent (la banque des malades n’est pas approvisionnée) et ce sont les tuteurs qui amènent des colis à la guérite. Pour ceux qui n’en ont pas, on les accompagne aux distributeurs de banque ce qui n’est pas sans risque. Les parano pètent les plombs et deviennent difficilement gérables, même en pavillon d’entrant. Pour  les autres patients les réactions sont moins spectaculaires, mais on sent que c’est limite.  Pour certains, tout s’est écroulé, des mois de travail durant lesquels ils se sont préparés à la sortie…..

Et ce n’est que la deuxième semaine.

Les structures extérieures, sauf les CMP, sont fermées. Au CMP, les soignants reçoivent les patients sur Rendez-vous, espacés pour éviter qu’ils ne se croisent. On sait que ceux qui sont chez eux, ne vont pas bien. La semaine dernière, un a poignardé sa mère.

L’hôpital est en train de mettre ne place une structure Covid-19 (un pavillon partagé en deux ) pour accueillir les patients infectés (2 à un autre actuellement et sûrement plus les prochains jours au fil de quelques entrées).

Coté effectif, coté soignants, des absents et on tournait déjà à minima…. mais le pire c’est chez les  ASH. Sur un pôle, sur 27 ASH il n’en reste que 11. Sur mon pavillon, il n’en reste que deux. Les autres  sont soit en maladie, soit en confinement (parent seuls avec enfants).

Côté syndical, (FO) les troupes ne sont pas très nombreuses, mais le travail possible est fait avec des résultats et les permanences préservées.

La bonne nouvelle devrait être que les patients, qui sont confinés depuis le début, ne sont en principe pas infectés, mais chaque jour qui passe, ce sont les soignants qui risquent d’être vecteurs de la maladie, puisque nous n’avons pas de masques et que personne n’a été testé.

Mais tout n’est pas noir.  On nous donne de temps à autres, si le planning le permet, une journée de confinement en plus des jours de repos. Cela permet de nous maintenir près pour le prochaine assaut … et puis  le gouvernement a dit qu’on allait avoir des masques, et qu’on serait testé….alors…

Cela, c’était de l’humour.

Plus personne n‘y croit. il y a juste dans les services la rage pour faire face et celle qu’on garde dans un coin pour plus tard…. Les soldats envoyés au front sans casque et sans munitions ne vont pas oublier. »

Ce n’est pas « d’union des forces spirituelles » que la population et les soignants ont besoin, c’est de moyens réels pour lutter contre la pandémie et que la casse contre l’hôpital public s’arrête et qu’on lui redonne tous les moyens supprimés par les gouvernements successifs.

inter-asso

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.