En quoi ma liberté empiète, limite et empêche la vôtre ?

Certains, sans aucun mandat de personne et surtout pas des personnes concernées, entendent imposer leurs points de vue à tout le monde.

C’est ainsi que l’Evêque de Luçon (Vendée) peut écrire, le 15 avril 2021, dans une « Lettre aux Vendéens » ceci : « Une nouvelle offensive de ceux qui prônent une légalisation de l’euthanasie a eu lieu au Parlement français. On y retrouve le même processus que dans les autres « questions sociétales ». Des militants mettent en avant des revendications particulières au nom des libertés individuelles pour que le pouvoir législatif produise une loi qui, non seulement légalise l’euthanasie, mais exige aussi que la société mette en œuvre des moyens financiers et médicaux pour des « suicides assistés »…

Tout cela soutenu par une active campagne médiatique qui laisse entendre qu’en s’opposant à la légalisation de l’euthanasie, on manquerait de compassion envers ceux qui réclament ce « dernier acte de dignité »….

Beaucoup plus grave. Si une loi est promulguée dans le sens d’une euthanasie, s’instaure sournoisement dans les mentalités – comme on le constate dans les pays qui l’ont fait – l’idée qu’il est préférable que ceux qui souffrent (les personnes atteintes d’une maladie incurable, les personnes âgées en fin de vie, mais aussi les personnes handicapées, etc.) soient supprimées. Certes, nous avons à mettre tout ce qui est moralement possible pour soulager la souffrance des autres, mais faut-il aller jusqu’à l’euthanasie qui, pour supprimer la souffrance, supprime la vie ? »

Qui a mandaté l’Evêque pour parler au nom des malades, des affligés, des handicapés, des personnes âgées ? Personne.

Les humanistes revendiquent que ceux qui le souhaitent puissent, si telle est leur volonté, mourir dans la dignité, se marier avec celles et ceux qu’ils veulent, pratiquer le contrôle des naissances qu’ils souhaitent, recourir à l’IVG, se réunir avec les personnes de leur choix pour mener l’action qui leur paraît juste.

En quoi, ces droits facultatifs permettant l’exercice de libertés individuelles essentielles peuvent-ils gêner ceux et celles qui ne veulent pas y recourir ?

Un peu plus de liberté pour les uns ne diminue pas la part de liberté pour les autres !

Ceux qui veulent défendre leurs libertés en interdisant celles des autres ne sont que des totalitaires. Ils veulent imposer leur idéologie et leurs conceptions à la société tout entière. Assimiler la demande de pouvoir mourir dans la dignité, pour ceux qui le souhaitent, à l’assassinat de toutes les personnes malades est une ignominie. Cela déshonore ceux qui pratiquent un tel mensonge.

C’est vouloir faire croire qu’est revendiqué le retour de l’opération T4 de l’Allemagne nazie de 1938. Régime qui fut d’ailleurs béni du début à la fin par l’Église catholique. C’est même le parti catholique Zentrum qui permit à Adolf Hitler d’être nommé Chancelier pour mener sa politique.

Cette prétention à vouloir parler au nom de tout le monde, personne ne vous en a donné le mandat, monsieur l’Évêque ! Que l’Église catholique donne son point de vue, c'est normal. Mais en démocratie, c'est au peuple souverain de décider librement.

L’Humanité n’a pas besoin de directeur de conscience. C’est à elle seule de décider de ses choix et de son avenir.

Interdire de nouvelles libertés, imposer une idéologie dominante : telles sont les marques du totalitarisme. L’Humanité ne se laissera pas intimider.

Christian Eyschen

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