Arsenic et vieilles ficelles

Loi « contre le séparatisme » :Quand le gouvernement recycle les vieilles méthodes du Concordat de 1801

Ce gouvernement manque décidément d’imagination. Hormis celle, usée jusqu’à la corde, de dire une chose et de faire strictement le contraire. Ce projet de loi s’avance masqué, il vise à faire un rideau de fumée sur ses véritables intentions.

Prenons deux exemples :

Contrat d’engagement républicain : Le précédent hypocrite du Concordat

Voici ce que dit le projet de loi : «L’article 6 renforce l’encadrement des subventions attribuées aux associations par les collectivités publiques ou toute autre personne chargée de la gestion d’un service public afin de s’assurer que ces moyens mis librement à leur disposition soient employés dans le respect des principes républicains que sont la liberté, l’égalité, la fraternité, le respect de la dignité de la personne humaine et la sauvegarde de l’ordre public, qui seront déclinés dans un contrat d’engagement républicain. »

On se rappelle que la Constitution civile du clergé exigeait un serment de respect de celle-ci. Le Vatican s’y opposa violemment et le résultat fut la profonde division du clergé entre « jureurs » et « non-jureurs ». Pour autant quand advint le Concordat de 1801, la Curie romaine changea son goupillon d’épaule.

Elle approuva le serment que devaient prêter les ecclésiastiques : « Je jure et promets à Dieu, sur les Saints-Evangiles, de garder obéissance et fidélité au Gouvernement établi par la Constitution de la République française. Je promets aussi de n’avoir aucune intelligence, de n’assister à aucun conseil, de n’entretenir aucune ligue, soit au-dedans, soit au dehors, qui soit contraire à la tranquillité publique ; et si, dans mon diocèse ou ailleurs, j’apprends qu’il se trame quelque chose au préjudice de l’Etat, je le ferai savoir au gouvernement. »

Bref, un serment de basse police et de mouchards. Ce serment ressemble comme deux gouttes d’eau au « contrat d’engagement républicain » du projet de loi « Séparatisme », y compris le soutien au maintien de l’ordre.

Le Concordat de 1801, dans son article VIII rajoutait : « La formule de prière suivante sera récitée à la fin de l‘office divin, dans toutes les églises catholiques de France : Domine, salvam fac Rempublicam ; Dominé, salvos fac Consules ». (Seigneur, fais que la République soit sauve. Seigneur, fais que les consuls soient saufs). Cette formule rituelle a été prononcée durant tout le temps du Concordat (1801 à 1905).

Quelle différence y a-t-il avec la formule du « contrat d’engagement républicain » ? Poser la question, c’est y répondre. L’une est la mère, l’autre est la fille.

La police du vêtement : Une survivance hypocrite du Concordat

On sait que tous les tenants de la xénophobie à outrance de l’extrême-droite à une certaine « gauche », entendent dicter à la population et notamment aux femmes, comment elles doivent se vêtir et imposer la prohibition de certains vêtements ou décors, même dans la sphère privée.

Outre que cette police du vêtement a toujours été la marque des régimes totalitaires, rappelons-nous que la Grèce des colonels et l’Espagne franquiste interdisaient les cheveux longs et le port de la mini-jupe ; l’origine de la règlementation des vêtements trouve sa source dans le Concordat de 1801.

Article XLII : « Les ecclésiastiques useront, dans les cérémonies religieuses, des habits et ornements convenables à leur titre ; ils ne pourront dans aucun cas, ni sous aucun prétexte, prendre la couleur et les marques distinctives réservées aux évêques. »

Article XLIII : « Tous les ecclésiastiques seront habillés à la française et en noir. Les évêques pourront joindre à ce costume la croix pastorale et les bas violets. »

En abrogeant le Concordat, la loi de Séparation de 1905 suivait les recommandations d’Aristide Briand : ne pas légiférer sur les vêtements et la soutane. Le gouvernement a donc une certaine audace de se réclamer de Briand, de Buisson et de Jaurès. Les ministricules et leurs soutiens totalitaires sont à l’exact opposé de ces vrais laïques ; eux, ne sont que les clercs d’un nouveau concordat qui n’ose pas dire son nom.

C’est pourquoi, la Libre Pensée avec beaucoup d’autres, exige :

Retrait du projet de loi « Séparatisme » !

Christian Eyschen

Source : le remarquable ouvrage édité par Théolib, préfacé et annoté par Dominique Goussot : « Anatole France, de l’Affaire à la Séparation (1898 -1905) » 163 pages – 18€

 

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