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Billet de blog 11 juin 2022

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Qui en veut aux Libres Penseurs ?

C’est sous le titre « Qui en veut aux catholiques ? » qu’un plumitif sans renom Marc Eynaud qui officie dans Boulevard Voltaire (Impasse Charles Maurras aurait été un meilleur sobriquet), s’en prend à la Libre Pensée et aux libres penseurs.

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C’est sous le titre « Qui en veut aux catholiques ? » qu’un plumitif sans renom Marc Eynaud qui officie dans Boulevard Voltaire (Impasse Charles Maurras aurait été un meilleur sobriquet), s’en prend à la Libre Pensée et aux libres penseurs. C’est bien sûr édité aux Editions Artège pour qui rien de ce qui est réactionnaire n’est étranger.

Wikipédia nous présente Artège : « Les éditions Artège sont une maison d'édition créée au début de l'année 2010, consacrée à la spiritualité, l’histoire, la géopolitique ou encore aux débats de société ainsi qu’aux témoignages marquants. À la suite de la création d’une activité de vente par correspondance religieuse en 2005, Bruno Nougayrède et Loïc Mérian créent leur maison d’édition en 2007. » Bref, on est dans la Soutane jusqu’à la Calotte.

L’ouvrage se veut un cri d’alarme : les barbares sont à nos portes ; pire, ils sont déjà chez nous. Ce n’est pas la théorie du « grand remplacement » qui effraierait l’auteur. L’ouvrage s’inscrit dans la ligne du Rapport Obin et du Rapport Pelloux : rien de statistiquement réel et prouvé, que des faits égrenés ici ou là, des chiffres pris on-ne-sait-pas-où-vraiment et jetés comme cela à l’encan. Tout est toujours dans l’impressionnisme le plus complet et brouillardeux à souhait. Comme les deux rapports cités précédemment, ce ne sont que des bruits de chiottes. Un nouveau genre est né, après la littérature de gare, celle des cabinets. Et dans le cas présent, on peut dire avec Coluche : le WC était fermé de l’intérieur.

Bien sûr, l’ouvrage commence par une citation de Barrés et se termine par une de Péguy. Tout ce qui est réactionnaire est sien. L’ouvrage commence par l’apologie de Clovis et de son baptême. Charles Martel n’est pas oublié. Il cite Charles Maurras « qui n’a pas pris une ride », mais qui aurait pu prendre 12 balles dans la peau à la Libération, lorsqu’il fut condamné pour « haute trahison et intelligence avec l'ennemi ».

La thèse est connue : le catholicisme est menacé de toutes parts et l’Islam veut le suppléer. Il faut donc pour défendre la civilisation judéo-chrétienne repartir en croisade. Les arguments sont ceux directement empruntés au Café du Commerce de la sottise humaine, tous les poncifs réactionnaires sont utilisés. Bien entendu, il reprend à gogo les affirmations sur les chiffres que tout le monde sait faux sur l’immigration. Jacques Toubon, qui n’est pourtant pas un islamo-gauchiste, a réduit à néant ces affirmations.

À la lecture de cet ouvrage d’un esprit visiblement tourmenté, on l’imagine bien sur son prie-Dieu en évoquant tous les soirs les mannes de sainte-Blandine, de saint-Sébastien (même s’il n’est pas une flèche) et de sainte-Geneviève. Dans un chapitre « Les incendiaires », il s’en prend à la Libre Pensée qui « est restée au XIXe Siècle », mais comme lui visiblement est resté au Concile de Trente (13/12/1545 au 4/12/1563), cela nous fait quand même trois siècles d’avance sur lui. Qui est moderne, qui est passéiste ?

Quelques titres évocateurs : « Laïcité, Orange mécanique ; Croix tronçonnées, symboles chrétiens dérobés, dégradations ; la Bataille de la messe ; les cathos confinés ; la Gauche égarée ; la mascarade écologiste ; Non le catholicisme n’est pas un culte comme un autre ; l’impasse laïcarde ; qui sont les profanateurs ?; le bûcher des églises ; les antifas, idiots utiles de la haine aveugle ».

L’auteur doit avoir une vie bien morne, il déteste tout le monde, il n’a pas d’ami, on dirait Rachida Dati caricaturé chez Canteloup : la loi de 1905, La Libre Pensée, Jean-Marc Schiappa, le Printemps Républicain, Marlène Schiappa, la Gauche, la Droite, les trotskystes, les islamo—gauchistes, la France insoumise, les médias « qui occultent les attaques contre le catholicisme pour mieux encenser l’Islam », Force ouvrière , l’Observatoire de la laïcité. Même le Printemps républicain ne trouve pas grâce à ses yeux, pourtant les vallsistes ont fait de gros efforts dans le domaine de la xénophobie antimusulmane.

Du haut de son ignorance manifeste, il contemple, il tance. Il dit que Liberté-Egalité-Fraternité sont des inventions catholiques, en oubliant de rappeler, comme le faisait honnêtement en son temps un dirigeant du Centre Français du Patronat Chrétien : « Nous sommes égaux devant Dieu, pas devant les hommes. C’est pour cela que l’on peut licencier des salariés avec amour. » Il rajoute, comme Marine Le Pen, l’Évangile de Mathieu : « Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César ». Il en fait la matrice de la Séparation des Églises et de l’État. Il faut oser ! C’est dommage qu’en 1 500 ans de domination de l’Église catholique sur les sociétés, les royaumes et les empires, on n’ait jamais vu le moindre petit début de commencement de Séparation du Temporel et du Spirituel, mais au contraire l’affirmation du cléricalisme le plus effréné.

Il ne s’interroge jamais sur l’effondrement du catholicisme qui est le produit de la marche en avant de l’Humanité. À l’époque de l’électronique, essayer de vendre des locomotives à vapeur d’un autre temps ne fait plus recette. Si les dinosaures ont disparu, c’est qu’il y avait des raisons objectives. Vouloir rouvrir Jurassik Park est un doux rêve de tourmentés nostalgiques.

Du haut aussi de sa pédanterie, il confond le film « Le Président » d’Henri Verneuil et  « La Bataille de Verdun » (film qui n’existe pas). Il se trompe de film, comme il se trompe d’époque. Peut-être que la démonstration contre les capitalistes et la Finance faite par Jean Gabin lui a troublé l’esprit ?

Il n’en est pas à une contradiction près, il dénonce l’Islam comme le mal absolu, mais se réjouit des prières communes islamo-chrétiennes. Il évoque cela contre ceux qui prétendent que l’Islam est incompatible avec la République, mais il prétend aussi que l’Islam ne pourra jamais s’adapter à la République, car c’est un projet politique qui ignore la Séparation. A-t-il entendu parler de la Théorie des Deux Glaives, de la Symphonie des pouvoirs et de la Doctrine sociale de l’Église qui a servi de modèle à Salazar, Franco, Pétain, Perón ? Ce ne sont pas des projets politiques, par hasard ?

Il pourfend la Libre Pensée, mais il est obligé de constater que selon lui : « La Libre Pensée n’est pas victime des dérives comme on voit à l’UNEF, ou à SOS-Racisme ». Merci, notre bon Maitre ! Il accuse la Libre Pensée d’être uniquement obsédée par le catholicisme, mais il cite notre Déclaration de principes : « Elle regarde les religions comme les pires obstacles à l’émancipation de la pensée ; elle les juge erronées dans leurs principes et néfastes dans leurs actions. » C’est-à-dire que la Libre Pensée met un signe égal entre toutes les religions. En plus, il ne comprend même pas ce qu’il écrit.

Il cite nos actions dans le 22, le 77, le 85 comme une volonté d’éradiquer le christianisme, alors que nous ne demandons que la stricte application de l’article 28 de la loi de 1905 (qui est la cause de tout pour lui !) : tout ce qui a été construit avant la loi sur des emplacements publics doit être maintenu et restauré si besoin ; après le 1er janvier 1906, on n’a plus le doit d’ériger des emblèmes religieux dans la sphère publique. C’est simple comme bonjour, mais visiblement compliqué à comprendre pour lui. Il oublie aussi de citer le 26, le 37 et le 95, où nous nous sommes opposés à l’aide publique pour la construction de mosquées.

Quand un symbole religieux est érigé aujourd’hui, en contradiction avec la loi de 1905, nous ne sommes pas pour sa destruction. Nous ne sommes ni des éradicateurs, ni des iconoclastes. Nous sommes pour qu’il soit déplacé dans un emplacement privé. Un calvaire a des boulons, il n’a pas de racines, on peut donc le « déboulonner » pour le mettre ailleurs. L’auteur semble obsédé par cette question de « déboulonnage », il a dû en péter un, de boulon, dans le temps.

Bien entendu, comme tous les incultes du culte, il parle du droit au blasphème qui est un non-sens absolu dans un pays régi par des institutions laïques. Il y a eu le délit de blasphème, aboli par la Révolution française et récemment en Alsace-Moselle. Un blasphème n’a de sens que pour des religieux. Un citoyen ne blasphème pas quand il critique une religion, il exprime un point de vue, ce qui est légal et s ‘inscrit dans la liberté d’expression. Revendiquer un « droit au blasphème » pour des personnes qui ne s’inscrivent pas dans une conception religieuse, c’est comme condamner à mort qui vient de se suicider : cela ne lui fait pas de mal ni du bien, mais quand même.

Cela me rappelle cette pue-la-haine qui sévit sur Riposte laïque (là aussi, Riposte fasciste serait plus adaptée). Elle hurlait qu’un Imam avait délivré une fatwa contre elle, qui n’était pas musulmane, loin s’en faut. Une fatwa contre un non-musulman, c’est comme excommunier (retirer de la communion), quelqu’un qui n’est pas dans une communion religieuse. Comme les bérets basques, cela n’a aucun sens.

Autre tartufferie de l’auteur : pourfendre le sondage qui indiquerait que la majorité des élèves musulmans mettent au-dessus des lois de la République le respect de l’Islam. Tout cela pour montrer que le séparatisme est là. L’auteur ne se gêne pas lui pour conclure son ouvrage sur le fait de défendre le Président de la Conférence des Evêques de France qui a dit que le secret de la confession était au-dessus des lois de la République. Et cela au nom du fait que la conscience était au-dessus des lois. Marc Eynaud reproche aux jeunes musulmans ce qu’il revendique pour lui et les Evêques.

Cet individu n’a jamais été jeune, il est né vieux, il a une mentalité de chaisière de saint-Sulpice. Je suis de la génération juste après 1968, et si on m’avait demandé à l’époque si je mettais les lois de la Ve République au-dessus de ma pensée, de ma conscience, de mes actions, j’aurais répondu de la même manière que ces jeunes musulmans. Et le dirais encore aujourd’hui.

Ce livre se veut un brulot contre les libres penseurs, mais il rate sa cible, car l’argumentation est creuse et sans portée. Il éclaire plus le tireur que la cible. Mais nous remercions quand même l’auteur, car comme le dit l’adage « Qu’on parle de vous en bien ou en mal peu importe, l’important est que l’on parle de vous. »

Christian Eyschen

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