« Justice » de merde

Le bon peuple, avant d’y avoir eut affaire, croit dur comme fer que la « Justice » est juste, qu’elle condamne « tous » les méchants, qu’elle les traite avec trop de bienveillance, qu’elle les aide vraiment à se réinsérer, et, qu’une fois libérés, tout en les surveillant du coin de l’œil, elle ne les poursuit plus de sa vindicte....

A faire dégueuler un vélo !

Cela vaut, effectivement, pour certains. Nos « camarades » Balkany peuvent en témoigner. Mais, bizarrement, cela ne vaut pas pour d’autres. Gabi Mouesca peut en témoigner.

Une réinsertion exemplaire

 

Gabi Mouesca Gabi Mouesca
Gabi Mouesca a été condamné dans les années 80 pour son appartenance au mouvement indépendantiste basque Iparretarak. Il a été remis en liberté en 2001 après 17 ans de détention. Depuis lors, ayant renoncé à la lutte armée, il poursuit son combat pour son pays d’une manière pacifique, humaniste et universaliste. Depuis sa sortie de prison il a été chargé de mission à la Croix Rouge, président de l’OIP (Observatoire international des prisons), chargé de mission pour Emmaüs France, puis au sein de Harrera… Pour l’heure, il est le directeur de la ferme biologique Emmaüs de Baudonne (40) qui accueille en placement extérieur des femmes détenues. Et il est président du « Comité pour la défense des droits de l’homme au pays basque » qui publie cette formidable revue (1) qu’est JAKILEA (le témoin). Bref, après avoir purgé sa peine, son parcours social et politique ne prête pas à critique. Et c’est kif kif au niveau perso, vie familiale. Mais…

    Lors de son procès, dans les années 80, Gabi avait été déchu de ses droits civiques. Le temps de sa détention, passe encore, bien que… Mais une fois sa peine purgée, pourquoi ?

    De tout cela Gabi ne se préoccupait que modérément. Et puis, le 8 octobre dernier, Eric Dupont-Moretti, le ministre de la Justice, lui téléphone et lui propose le poste de Contrôleur général des lieux de privation de liberté et lui dit : « Vous ne pouvez pas refuser ». Sauf que, le jour même, un conseiller du ministre le rappelle pour lui préciser que pour pouvoir être CGLPL il faut un casier judiciaire vierge. Ce qui n’était pas le cas. Mais, pas grave, une simple démarche en ce sens auprès d’un tribunal et le problème serait réglé immédiatement. Le ministre était OK, les juges ne pouvaient que l’être. Sauf que…

    Sauf que le ministre, ancien avocat, n’est pas en odeur de sainteté dans la magistrature qui, c’est un secret de Polichinelle, redoute qu’il titille par trop sa toute puissance de toujours. Et, donc…

Règlement de compte à OK Corral


    L’été dernier, Gabi a déposé une demande de réhabilitation pour récupérer ses droits. Le 8 décembre 2020, la présidente de la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Pau a opposé un refus à cette requête. Motif : « Les éléments produits qui s’analysent en simples étapes d’un curriculum vitae sont insuffisants à caractériser les gages d’amendement et à permettre à la Cour d’envisager la mesure de bienveillance souhaitée ». Ah, bon ! 20 années sans mettre un pied en dehors des clous ça ne suffit pas pour qu’un citoyen ayant purgé sa peine puisse être considéré comme … un citoyen lambda ! C’est à vomir !

    À moins que, Madame la Présidente, vous n’ayez compris que, dans le cadre de la guéguerre avec le ministre, l’arrivée d’un CGLPL du gabarit de Gabi Mouesca avait toutes les chances de faire perdre de sa superbe à votre caste. C’est une rumeur qui court !

Cartes sur table

    Allons Madame la présidente, il suffit de ce genre de cuistreries. Ayez au moins les couilles (perche vous étant tendue pour m’inculper de propos sexistes, ce qui me permettrait, médiatiquement parlant, de vous habiller pour l’hiver) d’assumer votre conception reptilienne de la «justice». À savoir : taulard un jour = taulard toujours ! Jadis, en 1940, à l’époque du Maréchal, votre corporation avait fait preuve de ce «courage» en osant (à l’exception d’un seul d’entre vous) appliquer en toute servilité, avec condamnations à mort à la clef, une loi rétroactive. De là à en conclure que, magistrature couchée un jour = magistrature couchée toujours, avouez que ce serait tentant !

    Est-il besoin de le préciser, l’insignifiance signifiée de votre jugement n’empêchera pas Gabi de poursuivre sa route d’homme libre et ne nous empêchera pas davantage d’œuvrer à une vraie JUSTICE à laquelle, ne vous y trompez pas, vous aurez un jour à rendre des comptes. Et, priez le bon dieu pour que je préside la cour qui vous jugera. Je n’hésiterais pas, en effet, à vous condamner… à mon seul mépris !

Jean-Marc Raynaud


(1) Jakilea, CDDHPB, M.V.C. Polo Beyris, 64100, Bayonne. Abonnement annuel : 10 € minimum.

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