Humanisme ou xénophobie, chacun devra choisir

Une campagne démesurée et hystérique, aux conséquences dramatiques incalculables, est en train de se dérouler dans notre pays. C’est la ratonnade médiatique, c’est à qui frappera le plus fort et le plus ignominieusement contre nos concitoyens d‘origine (réelle ou supposée) arabo-musulmane.

« Ce cri de protestation d'Antigone face à Créon reste toujours aussi actuel et il ne saurait être question de sacrifier en quoi que ce soit les droits de la personne au profit de l'État. Nous serons toujours du côté d’Antigone contre Créon. Créon fait tuer Antigone, qui obéit à son devoir et non à la loi. »
- Henri Caillavet -

Une campagne démesurée et hystérique, aux conséquences dramatiques incalculables, est en train de se dérouler dans notre pays. C’est la ratonnade médiatique, c’est à qui frappera le plus fort et le plus ignominieusement contre nos concitoyens d‘origine (réelle ou supposée) arabo-musulmane.

Rien n’arrête la fureur sauvage des nouveaux Torquemada. Ainsi, des collégiens à Montpellier qui disent n’importe quoi (c’est le privilège de l’âge pour se distinguer auprès de leurs copains) se font arrêter, garder à vue, inculper pour « apologie du terrorisme » pour avoir dit « J’en ai rien à foutre de Samuel Paty ». C’est profondément stupide, condamnable et nauséabond, mais « Apologie du terrorisme », pour des enfants ?

Et que dire des entrées en force de la police à l’heure du laitier de sinistre mémoire à Albertville pour arrêter des enfants. En voici le récit fait par une mère : « Elle a pourtant appris un mot ce jeudi 5 novembre, quand la police a fait irruption en nombre dans l’appartement de la cité HLM des Contamines, où la famille vit depuis 19 ans, pour interpeller sa petite fille Emira, 10 ans. « Apologie, je ne connaissais pas. Le policier me dit : “Votre fille est inculpée d’apologie du terrorisme.’’ J’ai crié : “Ma fille a 10 ans et elle est terroriste ?! Mais vous êtes fou” », se souvient-elle.

Il est à peine 7 heures du matin, ce jeudi, quand de forts coups résonnent à la porte. Sept ou huit hommes font irruption dans le logement. Deux sont en uniforme de policier. Les autres sont en civil, brassard au bras, cagoulés. « Ils avaient des fusils ou des mitraillettes en travers de la poitrine. Non, ils ne nous ont pas visés, mais tout ce monde dans l’entrée et la tension, ça faisait très peur », dit le fils aîné de 22 ans, qui s’apprêtait à partir au travail. »

En s’attaquant aussi brutalement aux enfants, sans aucun recours à une quelconque pédagogie, ce ne peut-être que l’embrasement généralisé que le pouvoir cherche à provoquer dans ce pays, pour mieux faire passer ses plans antisociaux et ses menées liberticides.

Le sens de la mesure n’existerait-il plus dans notre pays ?

Comme d’habitude, le mendigot politique errant d’Espagne à la France, et de la France à l’Espagne pour obtenir une place (il accepterait tout, c’est vous dire qu’il courbe si bien l’échine devant la bienpensance), je veux nommer Manuel Valls, est le premier à enfourcher son destrier pour crier « Sus aux Sarrazins ». Pour un peu, il ferait passer Philippe de Villiers pour un modéré.

Manuel Valls est un homme de conviction : républicain intransigeant à Paris, monarchiste énamouré à Barcelone. C’est le retournement de veste permanent. Certains le taxent de « rocardisme », c’est aller un peu vite en besogne. En 1959, Michel Rocard dénonce, dans un rapport qui fera grand bruit, le regroupement de plus d’un million de fellahs dans des camps. Il sauvera ainsi la vie de plusieurs milliers d’Algériens. Un épisode fondateur dans son parcours. On peut penser tout ce que l’on veut de Michel Rocard, mais la rigueur de son éthique protestante lui interdisait de commettre les bassesses de Manuel Valls qui serait plutôt pour les camps où l’on enferme ceux qu’il désigne à la vindicte populaire.

Voici ce que rapporte le HuffingtonPost du 18 octobre 2020 à) propos de Manuel Valls : « Et d’appeler Emmanuel Macron à prendre des mesures concrètes, l’actuel Président de la République et son rival du temps où ils étaient ministres ensemble s’étant longuement opposés sur ce sujet. “Il faut agir pour éradiquer l’islamisme partout”, a donc lancé Manuel Valls ce dimanche, “dans les quartiers, dans les rues, dans les associations”  ».  C’est la ratonnade généralisée comme au temps de la guerre d’Algérie.

Islamisme, dites-vous ?

On pourrait gloser à souhait sur « islamisme radical, islamistes-terroristes », mais « islamisme », il s’agit bien de la religion et de ses adeptes. L’Islamisme est aux musulmans, ce que le Catholicisme est aux partisans du Vatican, le protestantisme aux adeptes de Luther et de Calvin, le Judaïsme aux héritiers de Moïse et le Bouddhisme à Bouddha. Il s’agit bien alors d’une discrimination raciste quand est distingué l’Islam des autres religions.

La folie souffle dans beaucoup de cerveaux. Ainsi, on apprend qu’un « Collectif » dit « laïque » qui n’a de collectif et de laïque que le nom, fait un communiqué le 19 octobre 2020 intitulé « Ne plus tergiverser face à l’offensive islamiste ». On n’a jamais vu un communiqué de cette « structure » - qui ne représente pas grand-chose, hormis peut-être les Obédiences maçonniques, dont la participation et l’accord est d’ailleurs à géométrie variable - faire un communiqué dénonçant l’offensive du catholicisme contre l’IVG, le mariage pour tous, la GPA et la PMA. Ce qui sous-entend que l’Islam n’est pas une religion comme les autres. Qu’est-ce donc, sinon du racisme et de la discrimination ? Le cléricalisme, l’intégrisme, le radicalisme, ne concerneraient que l’Islam ? Voici une position qui est aux antipodes de la laïcité qui traite toutes les religions à égales distances de la chose publique.

Il n’en fallait pas plus non plus pour que les sicaires sans morale du « Printemps républicain » (qu’on devrait plutôt renommer « Hiver de la conscience ») s’en prennent violement au maire de Grenoble qui refuse de mettre en place une « Charte liberticide de la laïcité ». Voici ce qu’en rapportent les médias : « Un rejet condamné par le Printemps républicain. Qui pointe aussi le refus du maire de Grenoble d’exiger le remboursement des 3 800 euros de subventions versées au CCIF. « À défaut de manifester des convictions clairement républicaines et laïques, ces décisions ont au moins le mérite de la clarté », souligne-t-il. Flic un jour, flic toujours.

Sigmund, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Il est toujours intéressant d’analyser en matière psychanalytique que ce que reprochent les détraqués aux autres est souvent le produit de leurs fantasmes et de leurs désirs refoulés. Il est frappant de constater que la question de l’argent (premiers de cordées, ruissellement, subventions sous conditions, etc.) est la marque du régime de la Macronie.

On aimait bien Brassens « Pas d’argent, pas d’épices », on déteste « Pas de soumission, pas de subvention ».

On assiste bien à une tentative totalitaire de renverser les valeurs démocratiques issues de la Révolution française.

Adolphe Thiers, sors de ce corps !

Quant à nous libres penseurs, laïques, démocrates, vrais républicains, syndicalistes, militants ouvriers, nous affirmerons toujours qu’entre le pouvoir (quel qu’il soit) et notre conscience et nos idées, nous choisirons toujours notre conscience, quitte à être des révoltés, ceux qui disent Non comme le rappelait Albert Camus.

Entre Créon et Antigone, nous avons fait notre choix.

Christian Eyschen

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.