Il faut savoir terminer une trêve

Nous vivons une curieuse époque. Les salariés se mobilisent nombreux pour faire échec à la contre-réforme des retraites, qui cache mal une volonté de remise en cause des acquis sociaux arrachés depuis 1945. On voit bien que ce qu’il y a derrière est de confier ce pan entier de l’économie sociale aux fonds de pensions spéculatifs.

par Maurice Reztau

Il s’agit, comme pour la mise en œuvre des directives assurantielles européennes qui ont liquidé la mutualité historique et entrainé la disparition de milliers de mutuelles authentiques, d’injecter des milliards dans la bulle spéculative.

C’est à nouveau le hold-up du siècle.

Et pour arriver à ce désastre social, tout est bon comme arguments. Il faut « universaliser » par le bas, pour que tout le monde soit égal. Or, comme l’indiquait Karl Marx en son temps, on ne peut socialiser la misère. Toute unification de situations différentes ne peut se faire que par le haut, sinon c’est un recul social. Mais il faut, pour les tenants du Capital financier, ouvrir des marchés à la spéculation et tant pis si l’échafaudage patiemment construit de progrès social est détruit.

C’est ainsi que dans les milieux pro-contreréforme, on tance les réserves constitués dans certains régimes spéciaux, considérés comme « anormales » (c’est de l’argent qui dort !). On oublie de dire que ce sont les directives européennes qui obligent à constituer de tels fonds, immédiatement disponibles, donc placés dans les circuits financiers. L’argent des cotisations des salariés doit contribuer aux dividendes du CAC 40.

« Il faut supprimer les régimes spéciaux, source d’inégalité ». C’est la messe diffusée sur toutes les ondes de radio, dans les colonnes des journaux et sur les plateaux de télévision. Ite missa est… A en vomir.

Et en parlant de messe, les mêmes qui puisent leur idéologie dans la Doctrine sociale de l’Eglise catholique, doctrine de soumission à l’ordre établi, ont des scrupules de Vierge sur le régime très particulier des cultes. Pas question de supprimer la CAMIVAC (Santé et Retraite du clergé). Il y a dans ce régime spécial, très spécial, 16 000 cotisants pour 42 000 retraités. Qui paie alors ? Les travailleurs, puisque le Régime général des travailleurs salariés verse chaque année 107 millions pour assurer le paiement des prestations. Que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche.

Très curieusement, il n’est pas question de le supprimer. Nous ne sommes donc pas tous égaux en Macronie, il y en a de plus égaux que d’autres.

Plus curieusement encore, on assiste comme au temps des manifestations des Gilets jaunes à la sempiternelle farandole des commentateurs (co-menteurs) payés pour cela : « la mobilisation est en baisse », ajouté au cri d’énervement : « Il faut savoir terminer une grève ». Et d’Emmanuel Macron à Edouard Philippe en passant par tous les » journalistes » officiels sur les plateaux, tout le monde reprend cette exigence.

Mais qui est légitime à dire qu’il faut cesser la grève ?

Pas le pouvoir qui n’a jamais appelé les salariés à faire grève, ni la CFDT qui s’en est bien gardée, pas non plus les « journalistes » officiels aux ordres qui n’ont pas perdu une seconde de salaire pour fait de grève. On ne peut appeler à la reprise du travail que si on a appelé à faire grève et si on est en grève soi-même. C’est le bon sens même.

Sinon, c’est une pure malhonnêteté intellectuelle. Quand on n’a jamais été pour la grève, on n’a pas le droit de dire qu’il faut la terminer.

Alors, en paraphrasant André Breton : » A la niche, les aboyeurs de Macron ».

Et oui, il faut savoir terminer une trêve : TOUS EN GRÉVE !

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