A la niche, les glapisseurs de Macron !

Ce tract des Surréalistes, datant de 1948, n'a pas pris une ride. L'apostrophe doit être envoyée au ban et à l'arrière-ban des pseudo-laïques pétris de xénophobie anti-musulmane surfant sur la vague de ratonnade médiatique appuyant la politique gouvernementale.

En 1948, plusieurs dizaines de Surréalistes signaient un tract à 30 exemplaires intitulé « A la niche, les glapisseurs de dieu ! » pour dénoncer une offensive réactionnaire. Il y avait parmi eux : André Breton et Benjamin Péret. Ils disaient : « Alors que sur le front du rationalisme fermé l'ennemi semble avoir décidément perdu toute espèce de courage, une recrudescence d'activité se manifeste sur le front complémentaire de la religion. Il y a dix-huit ans, l'un d'entre nous regrettait que Rimbaud fût coupable... de ne pas avoir rendu tout à fait impossibles certaines interprétations déshonorantes de sa pensée, genre Claudel.  Si la lettre d'un tel reproche semble devoir être aujourd'hui maintenue, c'est qu'elle témoigne surtout de notre volonté constante de ne pas céder aux chiens les valeurs dont, malgré des réservés, dans cet ordre, sévères où nos exigences de pureté ne tolèrent pas la moindre compromission, nous entendons toujours nous réclamer. Donnons acte en passant à M. Jacques Gengoux, auteur de La Symbolique de Rimbaud, de ce qu'il ne nous dispute pas comme l'ignoble trafiquant de lard la pensée rimbaldienne. Cependant nous nous mettrions exactement dans le cas de Rimbaud si nous ne faisions avorter les tentatives de détournement, cette fois de notre propre pensée, encore au profit de la même cause infâme. »

On pourrait sans aucune difficulté aujourd’hui, reprendre mot pour mot, cette analyse devant l’offensive xénophobe contre les supposés «musulmans» dans le débat sur la loi « loi confortant le respect des principes de la République»… Projet de loi qui ne contient aucune proposition positive, mais ne connait que la matraque et un peu de goupillon pour faire bonne mesure. C’est bien une cause infâme…

On ne peut avoir que la nausée devant l’ignoble campagne médiatique sur l’affaire dite « de Trappes ». Mais comme disait Pierre Desproges, avec La Nausée, on peut aussi avoir Les mains sales.

C’est chose faite avec la parution d’un ouvrage « La laïcité, une exception menacée », co-signé entre autre par Jean-François Chalot, Caroline Fourest, Eddy Khaldi, Guylain Chevrier, bref, le ban et l’arrière ban des pseudo-laïques pétris de xénophobie antimusulmane.

Rappelons tout d’abord que, fort heureusement, la laïcité n’est nullement une « exception ». Cette notion figure, sous des formes diverses, dans un très grand nombre de constitutions d’une multitude de pays. Fort heureusement, car si la laïcité n’existait qu’en France, elle serait condamnée à disparaître.

Mais chez les xénophobes, on est « tricolore jusqu’au fonds du slip » comme disait Coluche dans Tchao Pantin !

Ce qui est exceptionnel en France, ce n’est pas la laïcité et la Séparation des Eglises et de l’Etat, c’est le chemin qu’a dû emprunter la Révolution française. Ce qui est exceptionnel n’est pas le but à atteindre, mais l’outil qui fut employé.

Ce brûlot de haine est présenté par un dénommé Loiseau Patrick, qui n’a laissé qu’un souvenir d’un dérangé dans les milieux qu’il a pu fréquenter plus jeune. Il a commis un opuscule « L’Islam, nouveau cancer du mouvement ouvrier ». Xénophobes de tout le pays, unissez-vous ! Il est interviewé par un site internet Breizh.info.com, des nostalgiques des Breiz Atao qui ont laissé quelques souvenirs de collabos avec du sang sur les mains pendant l’Occupation nazie.

Voici ce que l’on peut lire (en Français dans le texte !) sur ce site à propos de la Libre Pensée et de son combat pour la défense de la laïcité : « «Ils ont que ça a foutre à la fédération. J’espère qu’il ne reçoivent pas de subvention de la commune. Déjà rien que le nom de l’association ça fait peur. Je suis pas catho mais franchement qu’est ce que ça peut faire que le calvaire soit sur la voie publique» explique l’une d’entre elle. «Je ne suis pas croyante mais les calvaires font partie de notre patrimoine, de notre histoire. C’est du grand n’importe quoi. Et bientôt, on va détruire les églises ? Au point où on en est !!! » clame une autre. «Ils n’ont qu’a faire enlever les croix des cimetières aussi les abrutis de cette association de merde. Et celles des pharmacies aussi ? Et la croix de Lorraine aussi ? Bande de collabos. Par contre ils n’agiraient pas ainsi s’il s’agissait d’autres religions. Et encore ils n’ont rien d’autre à foutre qu’ils en seraient capables! Et ces juges qui laissent des délinquants dehors mais qui prennent de telles décisions. Ils ne valent pas mieux » écrit une autre, en colère. »

Des humanistes, quoi…

presse

On pourrait aisément détourner avec dégoût le regard devant ces autodafés de la conscience humaine, mais force est de constater que beaucoup apportent leur petite pierre à l’adoption de la loi macronienne dite « Séparatisme ».

Comme le disaient les Surréalistes dans leur tract : « De telles démarches dialectiques […] émanent d'une tendance très générale à admettre aussi bien l'antithèse que la thèse, non en vue de quelque synthèse mais d'un très conscient double-jeu, tendance observable en particulier dans les sphères éminentes de l'Église catholique. On connaît la position apparemment contradictoire, mais en fait complémentaire, adoptée par le clergé sous l’Occupation. »

On sait que le fondement de la laïcité, est aussi dans la formule de Gambetta : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ». Pour tous ces pseudo-laïques, de l’extrême-droite à une « gauche » bien pensante et  vallsiste, c’est le musulman qui est l’ennemi. Tout est permis contre lui. 

Tous ceux qui participent aux ratonnades médiatiques ou autres contre nos concitoyens d’origine arabo-musulmane, apportent leurs concours à une campagne de haine et de discrimination contre une partie de la population. Ils apportent de fait leur participation à la politique du gouvernement. Cette honte est visiblement leur gloire !

Tout cela ne peut déboucher que sur de nouveaux pogroms. Ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Chacun est et sera responsable de ses actes.

Christian Eyschen

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.