Lettre ouverte aux contempteurs de Jean Baubérot

Un mensonge et une calomnie répétés cent fois ne font pas pour autant une vérité. Ainsi depuis des mois, le petit monde étroit du germanopratino-vallsisme déverse son fumier sur Jean Baubérot, sociologue des religions. De même que si une hirondelle ne fait pas le printemps, un corbeau ne saurait faire un automne « républicain », la saison des morts par excellence.

Ainsi, dans un récent ouvrage « Les obstacles de la pensée religieuse à l’apprentissage des sciences » de Benjamin Germann, on peut lire dans la préface : « Il s’appuie, comme il se doit, sur Henri Pena-Ruiz en particulier, affirmant que l’école est un lieu de neutralité métaphysique qui apaise les conflits externes – on y fait, dit-il, « une pause studieuse » - et il rejette les différentes versions que la tentation d’une laïcité molle veut en donner sous l’impulsion de Jean Baubérot : ouverte, tolérante, inclusive, etc. »

Les bras nous en tombent. Comment peut-on être contre une « laïcité inclusive » ? Faudrait-il, pour être « politiquement correct et macrono-compatible » ?, être pour une laïcité qui exclut ? On comprendrait alors toute la portée de la loi dite « séparatisme » qui ne vise qu’à l’exclusion des musulmans dans ce pays, à l’instar de ce que les protestants ont subi naguère. 

Les mêmes Inquisiteurs en mal de bûchers s’en prenaient aussi à l’Observatoire de la laïcité, animé par Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène, en les taxant de « complaisance » avec l’islamisme, parce qu’ils n’applaudissaient pas aux huées fanatiques contre les musulmans.

Il vaut quand même mieux être dans une situation de paix civile qui inclut tout le monde à égalité et où personne ne tue les autres pour divergence métaphysique. L’Edit de Nantes n’était sans doute pas « laïque » au sens que nous donnerions aujourd’hui au principe de laïcité, mais le fait que les catholiques – pour un temps – cessaient de persécuter et de massacrer les huguenots était, qu’on le veuille ou non, un progrès de l‘Humanité.

Pour ma part, je suis pour la paix civile, comme l'étaient tous les grands révolutionnaires dans le temps, et pour, aussi, la guerre sociale. Paix civile et paix sociale ne sont pas la même chose, l’une appelle à la concorde civile, l’autre à la subordination des travailleurs au char du Capitalisme. La paix sociale, c’est « au service de sa Majesté, le Capital ». Seuls des esprits étroits, du haut de leur petit promontoire d’ignorance et d‘inculture, peuvent les confondre.

On peut lire sur un site « d’extrême-gauche » : « La Libre Pensée conti­nue de dire pis que pendre des curés et des pas­teurs, mais la volonté conqué­rante des isla­mis­tes ne la choque pas du tout. Contre toute attente et après avoir com­battu pen­dant des années le concept de « laïcité ouverte » comme tra­hi­son de la laï­cité, la Libre Pensée apporte son sou­tien aux prin­ci­paux défen­seurs de cette tra­hi­son, Bianco et Baubérot. C’est là incontes­ta­ble­ment un point de rap­pro­che­ment avec Mélenchon ! »

Constatons que, de l’extrême-droite à certains milieux de « l’extrême-gauche », en passant par 50 nuances d’aigris de toutes sortes, on affirme que Jean Baubérot – et donc ceux qui défendent la laïcité avec lui – sont pour « la laïcité ouverte ». Le précepte précède la preuve, mais de preuves, il n’y en a point, il n’y en a jamais. Comment ne pas pourfendre l’argument spécieux : Jean Baubérot dit qu’il y a sept conceptions de la laïcité en France, alors qu’il n’y en a qu’une véritable : celle de ses contempteurs, bien sûr. Faut-il être inculte pour ne pas voir que la conception de la laïcité de Jaurès n’est pas tout à fait celle de Buisson, qui est différente de celle de Briand et aux antipodes de celle de Clemenceau et d’Allard et de celle de Combes ?

Comment ne pas constater que les principes de la loi « séparatisme » de Macron/Darmanin ressemblent à ceux, concordataires, de Combes : qui paie commande ? Et cette loi antilaïque entend contrôler les cultes, les soumettre et pour cela leur donner de nouveaux moyens financiers. C’est la volonté néo-concordataire d’un régime liberticide.

Jamais, les Inquisiteurs au petit pied ne citent une seule formule de Jean Baubérot, de Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène et encore moins de la Libre Pensée qui se prononcerait pour la « laïcité ouverte » ou un traitement « de complaisance » vis-à-vis de l’islamisme. On est toujours dans le commentaire fielleux, insidieux, digne d’un mauvais roman de gare. C’est le syndrome du concierge qui frappe tous ces amateurs de procès en sorcellerie.

Aussi, je défie tous ces accusateurs de prouver leurs propos par des citations exactes de Jean Baubérot, de Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène et de la Libre Pensée qui prouveraient leurs assertions, par des faits précis et non par leurs analyses fumeuses et du peu qu’ils comprennent de la laïcité, terra incognita pour le plus grand nombre d’entre eux.

La Libre Pensée a fait la laïcité scolaire et institutionnelle. Toutes les lois laïques portent le nom de libres penseurs : Jules Ferry, Goblet, Buisson, Briand, Jaurès et nous n’avons que mépris envers les tard-venus et malvenus qui, comme Léon Zitrone, commentent la course des autres. Nous n’avons aucune leçon à recevoir de ces gens-là. Comme disait Jacques Brel : « Chez ces gens-là, on ne pense pas, on compte » les prébendes obtenues par leur lâche soumission servile au pouvoir.

Alors, mesdames-messieurs les Inquisiteurs, allez-vous relevez le gant ? Il est jeté, le ramasserez-vous ?

La Libre Pensée est tout à fait favorable à la constitution d’un jury d’honneur pour juger tout cela : vos propos confrontés à la réalité. Vous affirmez toujours, vous ne citez jamais, prouvez au moins pour une fois !

Christian Eyschen, Secrétaire général de la Libre Pensée

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benjamin-germann18062021
À propos du livre de Benjamin Germann, que je ne saurais réduire à une formule : « un livre sur la science, sans conscience, est une ruine littéraire ». Cet ouvrage contient d‘excellentes choses sur le rapport entre la science et les religions. Par exemple sur le fait « que la science ne saurait se prononcer sur les valeurs ou le sens du monde ».

Autre bel et bon argument : « Il peut être noté que dans la grande majorité des cas, tenter d’expliquer la cause par la conséquence, avoir recours à un registre d’explications finalistes, mobiliser un dessein dans la nature répond à un agenda très précis : montrer qu’existe autour de nous une intention, une volonté qui nous dépasse. »… « Spinoza qualifie cette façon d’utiliser la « volonté de Dieu » d’asile de l’ignorance ».

Cette argumentation, la Libre Pensée l’a réfutée à maintes reprises contre l’Église. Quand nous nions l’existence de Jésus avec force arguments, l’Église répond par l’existence du christianisme (qui n’est pas discutable) qui justifierait l’existence passée et réelle du Christ. Mais c’est confondre la cause et l’effet. 

Par contre, je ne suivrai pas l’auteur sur l’existence d’une morale laïque opposée à une morale religieuse. Il n’y a pas de morale laïque possible, car il n’y a pas de morale religieuse. Il n’y a qu’une morale humaine qui évolue dans le temps et dans l’espace.

Je regrette aussi la lourdeur du nombre de citations, parfois ad nauseam, qui alourdissent le manuscrit au détriment de la pensée de l’auteur.  Surtout quand celles-ci émanent de laudateurs assumés ou non du Printemps républicain des xénophobes antimusulmans. Mais je ne range nullement l’auteur dans ce camp nauséabond. Et faire préfacer son ouvrage par celui qu’on cite abondamment fait un peu renvoi d‘ascenseur.

Mais ce livre permet incontestablement une réflexion. Ce n’est pas le moindre de ses mérites.

Les obstacles de la pensée religieuse à l’apprentissage des sciences par Benjamin GermannEditions l’Harmattan – 200 pages – 20,50€

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