Qui sont les Collabos ?

Pour mieux assassiner la démocratie et réduire à néant les libertés démocratiques fondamentales, les xénophobes de tous poils ont recours à la thématique de la Deuxième Guerre mondiale et à l’occupation nazie en France pour justifier la proposition de loi « Sécurité globale », le nouveau Schéma de Maintien de l’ordre, les 3 décrets sur le fichage et le projet de loi « Séparatisme ».

C'était hier... C'était hier...
C’est ainsi, ad nauseam, que sont comparés les « islamistes » (c’est-à-dire les musulmans dans leur ensemble dans les faits) aux nazis. Tous ceux qui n’acceptent pas ce racisme déferlant et qui ne prêtent pas leurs concours à ces nouvelles ratonnades sont taxés de « Collabos ». En clair, par leur refus de participer à la chasse aux sorcières, ils seraient les complices des assassins.

Ces sycophantes à la petite cervelle et aux bottes à clous soutiennent d‘un même élan un Éric Zemmour qui en appelle à une nouvelle croisade pour défendre l’Occident Chrétien. Lui qui prétend effrontément que Pétain a sauvé les juifs français en « ne livrant que les Juifs étrangers ». Comme la plupart ne sont plus là pour répondre, cela lui permet toutes les audaces scandaleuses.

Pourtant, Laurent Joly, historien et directeur de recherche du CNRS, dans son livre « L’État contre les juifs » (Champs/Histoire), réédité et augmenté de nouveaux documents, démonte, pied à pied, la théorie du bouclier, pour démontrer la complicité abjecte de Laval, de Bousquet et de Pétain dans la Solution finale.

Xénophobe, Zemmour ? "Nein !" Mais suivez mon regard : débarrassons-nous des immigrés et tout ira mieux. C’est toujours la faute des autres qui ne sont pas français. Du racisme ? "Nein, so etwas !"

Utilisons cette même rhétorique pseudo-historique pour analyser ce qui se passe en France contre les musulmans. Ayons la même grille de lecture pour déterminer qui sont les Collabos et qui sont les Résistants et qui attendent que cela se passe.

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Après Maréchal nous voilà, c’est Macron nous voici !

... Et aujourd'hui ... Et aujourd'hui
« Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme demain s’installerait partout. » Pierre Laval (1883-1945), Déclaration radiodiffusée du 22 juin 1942

L’Homme nouveau et la révolution nationale de Vichy (1997), Limore Yagil.

Tout ce qui compte d’antimusulmans primaires, secondaires et même tertiaires, genre calotte glaciaire (de la « gauche » vallsiste à l’extrême-droite) a salué la parution du dernier ouvrage de Jean-Pierre Obin « Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’École ». Ils étaient déjà les mêmes à applaudir frénétiquement et au garde-à-vous le « rapport Obin ».

On peut résumer la méthode de J.-P. Obin dans ces deux produits par la formule : « Le concept précède la preuve ». Ne cherchez pas d’outils statistiques de sociologie, d’études comparatives, non, tout est dans le bruit de chiottes permanent. C’est d’ailleurs une excellente place à réserver pour ses productions.

Alors, quelle est enfin la solution pour J.-P. Obin ? On finit par le découvrir à la fin : « « Comme ils (les populistes. NDLR) ont partout dans le monde le vent en poupe, en France, les démocrates n’ont pour l’instant d’autre choix raisonnable, pour s’opposer à cette perspective calamiteuse, que de soutenir Emmanuel Macron. » Macron, nous voilà !

Jean-Pierre Obin souhaite donc, lui, la victoire d’Emmanuel Macron, parce que sans elle, sans doute, « l’islamisme s’installerait partout ».

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La Collaboration dans l’honneur

Pétain, 20 juin 1940 : « Le peuple français ne conteste pas ses échecs. Tous les peuples ont connu tour à tour des succès et des revers. C'est par la manière dont ils réagissent qu'ils se montrent faibles ou grands. Nous tirerons la leçon des batailles perdues. Depuis la victoire, l'esprit de jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu'on a servi. On a voulu épargner l'effort ; on rencontre aujourd'hui le malheur. »

Pétain, message radiodiffusé le 30 octobre 1940 (après la rencontre de Montoire) : « C'est librement que je me suis rendu à l'invitation du Führer. Je n'ai subi, de sa part, aucun diktat, aucune pression. Une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J'en ai accepté le principe. Les modalités en seront discutées ultérieurement. A tous ceux qui attendent aujourd'hui le salut de la France, je tiens à dire que ce salut est d'abord entre nos mains.

C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française - une unité de dix siècles - dans le cadre d'une activité constructive du nouvel ordre européen que j'entre, aujourd'hui, dans la voie de la collaboration…. Cette collaboration doit être sincère. Elle doit être exclusive de toute pensée d'agression. Elle doit comporter un effort patient et confiant. »

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Sur la question de l’Islamo-gauchisme  ou le Collaborationnisme avec des pincettes

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Lu dans le Monde : « Nous nous réjouissons de constater que, certes avec un certain retard, notre ministre ait enfin compris l’existence d’un problème, contrairement à la Conférence des Présidents d’université, qui a répondu à cette annonce par un communiqué consternant de corporatisme et de déni du réel – communiqué qui devrait lui ôter le droit de prétendre représenter la « communauté universitaire ». Cependant, nous ne pouvons appuyer la proposition telle qu’elle est présentée par la ministre, et ce pour deux raisons.

La première raison tient au périmètre du problème à régler : en octobre 2020, après le refus de plusieurs organisations et syndicats de qualifier l’assassin de Samuel Paty d’« islamiste », l’actualité pointait clairement l’« islamo-gauchisme » comme l’objet immédiat d’une inquiétude légitime…

Mais – et c’est là notre second désaccord avec notre ministre – ce travail de régulation de l’offre académique ne peut et ne doit se faire qu’en interne, au sein des instances universitaires dont c’est le rôle. Toute autre initiative pourrait être accusée, à juste titre, d’ingérence ou de censure, alors qu’il s’agit bien de garantir la qualité du travail académique et sa cohérence avec ses missions. Or cette instance existe : il s’agit du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES). »

Premiers signataires : Belinda Cannone, maîtresse de conférences en lettres modernes (université de Caen) ; Alain Ehrenberg, sociologue (CNRS-Inserm-EHESS) ; Luc Ferry, ancien ministre (2002-2004) de l’éducation, de la recherche et des universités ; Béatrice Giblin, géographe (université de Vincennes-Saint-Denis) ; Nathalie Heinich, sociologue (CNRS-EHESS) ; Jacques Julliard, historien (EHESS) ; Gilles Kepel, politiste (université PSL, Ecole normale supérieure) ; Catherine Kintzler, philosophe (université de Lille) ; Pierre Manent, philosophe (EHESS) ; Samuel Mayol, maître de conférences en sciences de gestion (université Sorbonne-Paris Nord) ; Pierre Nora, historien (EHESS, Académie française) ; Bernard Rougier, sociologue (université Sorbonne-Nouvelle) ; Xavier-Laurent Salvador, linguiste (université Sorbonne-Paris Nord) ; Jean Szlamowicz, linguiste (université de Bourgogne) ; Pierre-André Taguieff, politiste (CNRS-Sciences Po Paris) ; Claudine Tiercelin, philosophe (Collège de France).

Qu’est-ce à dire ? Un double « désaccord »…. mais « Nous nous réjouissons »  quand même !

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Les Collabos cocus mécontents

Lu dans UFAL Flash du 23 février 2021 : « Le discours des Mureaux du Président de la République marquait la sortie de trente années de déni officiel de l’offensive islamiste contre la République (1989, apparition des signes religieux à l’école). Le projet de loi adopté en première lecture par l’Assemblée Nationale le 16 février 2021 y satisfait-il ? Au-delà de la multiplicité des mesures adoptées, la laïcité n’en sort pas renforcée.

Lors de son audition le 9 novembre par la ministre Marlène Schiappa, l’UFAL avait rappelé ses principaux sujets de préoccupation et souligné la nécessité de renforcer la laïcité. Nous n’avons pas été entendus par le Gouvernement et sa majorité : tous les amendements (y compris d’élus LREM) qui allaient dans notre sens ont été rejetés. Mais le Gouvernement a fait pire.

L’UFAL déplore que les préoccupations politiciennes d’affichage et la boulimie ultra-réglementariste aient fait perdre une belle occasion de renforcer la laïcité et de lutter contre tous les « séparatismes » : elle ne se représentera pas avant longtemps. »

Qu’est-ce à dire ? « Qu’importe que « la laïcité n’en sort pas renforcée » puisqu’au final on retiendra que le « discours des Mureaux » suscitait pleins d’espoirs !

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Qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain ?

Pétain obtient les suffrages de 569 parlementaires contre 80 et 20 abstentions (dont Édouard Herriot et Jules Jeanneney, Présidents des Chambres). Si le Congrès avait été au complet, Pétain aurait perdu, même sans tenir compte des communistes. Il lui fallait les deux tiers des votes, le collège fut fabriqué pour cela. Le futur ex-Maréchal pourra alors effacer d’un trait le mot qui le révulsait : République.

Comme le note Marc Ferro dans Le Monde du 9 juillet 2000 : « Parmi les 569 « oui », on compte la majorité des députés socialistes présents, des radicaux, le centre surtout (les communistes sont déchus depuis le 20 janvier 1940). »

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Qui a voté la loi "Séparatisme" ?

Comme en 1940, abstention du Président de l’Assemblée nationale ;

Groupe La République en Marche (269 membres)

Pour: 252

Contre: 1

Abstention: 10

Non-votant: 1

Groupe Les Républicains (105 membres)

Contre: 97

Abstention: 5

Groupe Mouvement Démocrate (MoDem) et Démocrates apparentés (58 membres)

Pour: 58

Groupe Socialistes et apparentés (29 membres)

Contre: 1

Abstention: 28

Groupe Agir Ensemble (21 membres)

Pour: 19

Abstention: 1

Groupe UDI et Indépendants (19 membres)

Pour: 14

Contre: 2

Abstention: 3

Groupe La France insoumise (17 membres)

Contre: 17

Groupe Libertés et Territoires (17 membres)

Pour: 2

Contre: 12

Abstention: 2

Groupe de la Gauche démocrate et républicaine (16 membres) (PCF)

Pour: 1

Contre: 7

Abstention: 8

Non inscrits (24)

Pour: 1

Contre: 14

Abstention: 8

Alors, la question est : Qui collabore ? Qui résiste ? Qui est attentiste ?

Poser la question, c’est sans doute y répondre.

Christian Eyschen

 

 

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