A propos de l’annonce de la suppression de l’ENA

Pour la Libre Pensée, l’annonce de la suppression de l’ENA est de la pure communication démagogique et populiste, comme beaucoup de commentateurs l’ont indiqué.

L'ENA était un projet élaboré par Jean Zay juste avant la guerre et une éphémère ENA a existé en 1848. Il s'agissait de mettre fin aux concours spéciaux d'accès aux grands corps (inspection des finances, Conseil d’État, Cour des comptes) qui permettaient de créer de véritables dynasties bourgeoises dans la haute fonction publique. Après 1945, l'ENA a formé de brillants étudiants venus pour certains de milieux modestes, souvent très attachés au service public. La Cinquième République a modifié la donne : la haute administration, pour une partie, s'est trouvée mêlée au pouvoir politique. D'où l'entre-soi actuel et la menace d'un véritable spoil system qu'envisage Emmanuel Macron, sans avoir pu le mettre en place.

Elle visait à former un appareil de hauts fonctionnaires de l’État, c’est-à-dire de l’Exécutif. Son existence, tout autant, que son recrutement, est le problème. Clientèle particulière pour objectifs particuliers. Et cela donne le signal d'une fusion accrue des corps, déjà à l'œuvre depuis longtemps, au détriment d'un service public assuré par des fonctionnaires spécialisés par branches. Ainsi, la fusion DGI et Trésor, qui assuraient des missions financières en réalité très différentes, est tout sauf une réussite.

Dans la structure qui a vocation à la remplacer, le Président de la République a indiqué qu’il y aurait un tronc commun entre les futurs hauts fonctionnaires et les futurs magistrats. Si l’on peut admettre l’idée d’une formation commune pour les futurs hauts fonctionnaires, quel que soit le corps où ils seront appelés à exercer, il en est tout autrement des magistrats qui ne font pas le même métier.

Il y a là une rupture évidente du principe de Séparation des pouvoirs, sans lequel « un pays ne saurait avoir de constitution » (Art. 16 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 : Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution).  C’est un pas de plus vers la destruction de la République.

Il s’agit à l’évidence de permettre à des hauts fonctionnaires et des magistrats de passer sans problème de l’Exécutif au Judicaire et inversement, avec tous les problèmes et les interférences que l’on peut imaginer.

Dans mes activités militantes sociales, j’ai appris à faire la différence entre ce qui relevait du Code la Mutualité (mutuelles), du Code de la Sécurité Sociale (Institutions de prévoyance) et du Code des Assurances (assurances privées). Un code particulier pour chaque secteur, des règles particulières pour chaque pilier. Il n’y avait pas de mélange possible.

Puis vinrent les directives assurantielles européennes qui mirent tout le monde dans le même sac, sur la base capitaliste des assurances privées. La conséquence fut la création d’une école unique de formation aux trois secteurs pour les dirigeants. Ils pouvaient ainsi passer d’un Code à l’autre, d’un secteur à l’autre, sans problème, ayant reçu la même formation pour exercer désormais le même métier. C’était la fin des mutuelles qui entrainera nécessairement celle des Institutions de prévoyance pour le plus grand profit des assurances privées et du Capital spéculatif.

L’intention d’Emmanuel Macron est donc claire : avoir un corps d’exécutants dociles pour mettre en œuvre son bon vouloir et, au passage, « dresser » la Justice pour qu’elle soit aux ordres de son pouvoir.

Le régime ne tient aujourd’hui que par la violence du maintien de l’ordre. Il n’a aucune base politique, il ne tient que par la force des matraques.

A cela vont s’ajouter deux nouveaux instruments de répression :

Une école de guerre pour la police

Une nouvelle loi de renseignements

Il est donc clair que la répression va encore s’accentuer de manière exponentielle, doublée d’une formation militaire de guerre pour les policiers et d’un fichage et surveillance partout et pour tous les citoyens.

C’est la guerre à outrance menée contre la société et la militarisation croissante de la vie sociale. Cela repose par ailleurs sur une manipulation politique : le terrorisme n’a pas pour cause la religion, les causes en sont politiques. La religion n’est qu’un habillage, un effet et non une cause.

Si les puissances coloniales et impérialistes n’allaient pas bombarder les peuples, piller les pays de leurs ressources, établir « leur ordre », il n’y aurait pas de terreau pour le terrorisme.

Cette politique d’accentuation de la répression et du contrôle de la population ne pourra déboucher que sur un accroissement du terrorisme.  Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

Mais il arrivera nécessairement toujours un moment où le couvercle de la marmite se soulèvera.


Christian Eyschen

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