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Billet de blog 6 avr. 2020

Les carences des départements

Les professionnels d'internat se retrouvent bien seuls avec les enfants qu'ils accueillent. Ils doivent faire avec et surtout ... sans ! Les Conseils départementaux restent aux abonnés absents

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F. C. Éducatrice Spécialisée dans un Foyer départemental de l'enfance

 Les carences des départements

Nous sommes éducatrices, éducateurs, maitresses de maison et veilleurs de nuit dans un foyer de l'enfance. Structure du département, le département chef de file de la protection de l'enfance, et nous sommes là.
Dès les premières annonces, fermeture des écoles, fermeture des restaurants, annonce du confinement, les rangs se sont éclaircis : il y a ceux qui ont été obligés de rester à la maison pour s'occuper de leurs enfants, ceux qui ont été obligés de se confiner aux premiers symptômes suspects, et ceux qui se sont mis en télétravail.

Et nous sommes restés là, à réorganiser dans l'urgence nos planning pour assurer une continuité de service de manière à demeurer au service du service. Travail le week-end, allongement des amplitudes horaires, petit à petit, nous nous sommes retrouvés là où nous ne devrions pas être. En cuisine ou en course pour assurer nos subsistances et nourrir les enfants, dans la lingerie pour entretenir le linge, serpillère en main pour désinfecter les locaux, dans les hôtels à servir des repas pour toute la population se déclarant mineurs non accompagnés en cours d'évaluation, ou à effectuer des contrôles de température. La liste est longue, ce sont tous ces moments qui jalonnent la vie quotidienne.
Les premiers symptômes apparaissent chez les enfants, symptômes réels ou imaginaires, et nous sommes là à essayer de prendre du recul, agir de manière à les protéger et à prendre en compte leur besoin. Faute de moyen et de professionnels, nous sommes en situation d'évaluer ces symptômes !
Nous sommes en crise sanitaire, « en guerre » pour reprendre les mots du président Macron, et nous n'avons qu'une seule infirmière, aucun médecin et ceci pour pas moins de 200 mineurs accueillis dans cet établissement. Très rapidement, nous faisons remonter nos besoins : nous avons besoin d'aide médicale pour prendre en charge ces mineurs et d'une aide psychologique que nous n'avons plus ceci pour évaluer leur état physique et psychique ! C'est une crise ! Et elle est sanitaire !
Nous avons besoin de personnel qui prenne le relais sur l'intendance de ces maisons : entretien des locaux, entretien du linge, confection des repas, approvisionnement. Les éducateurs se retrouvent en ces lieux et places, alors que leur place devrait être de s'occuper des enfants, et uniquement de cela. Faire les devoirs, jouer avec eux, les rassurer, tout faire pour que leur vie en soit au minimum impacté.

Les protocoles tombent, les notes de services aussi, mais pas les moyens.

En l'absence de moyens réels de protection, on nous demande de respecter les mesures barrières. Nous voilà à rire du burlesque de la situation : servir une assiette à 1m de distance, s'asseoir à côté d'un enfant qui fait ses devoirs pour l'aider est évidement à proscrire. 

Nous ne rions pas longtemps : contenir, consoler, partager, nos gestes du quotidien sont devenus source de danger, pour nous mais aussi pour eux. 
Comment faire sans ? Comment faire avec ?

Autour de nous, le secteur privé s'adapte : des entreprises fournissent leurs moyens de protection au personnel médical ou d'autres exposés, d'autres les fabriquent. Les entreprises se mettent au service du public cet de cette crise. 
Et nous, nous ne voyons rien arriver....
Nous sommes en guerre, il faut redéployer les troupes Mesdames, messieurs les représentants du département : 2400 agents au sein de notre collectivité, et on nous oublie ! Qui pour nous aider à confectionner des repas ? Qui pour nous aider pour entretenir les locaux ? Qui pour nous aider à contenir ces enfants ? Qui pour nous aider à prendre soin d'eux ! Qui pour nous aider tout court ?

Il y a 2400 agents au sein de la collectivité !

Le département, chef de file de la protection de l'enfance, ne protège plus ses enfants ni ses agents d'ailleurs.

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