De l’absence à la juste présence

Nouvel extrait du long témoignage de Christian Glasson publié sur le site de Lien Social quant aux divers enseignements du confinement dans la Maison d'enfants à caractère social où il exerce. Cet éducateur spécialisé s'interroge sur l'apaisement constaté chez des enfants ne voyant plus leur famille.

Par Christian Glasson, Educateur spécialisé.


Durant le confinement, les préconisations sanitaires ont primé sur les droits de visites des enfants auprès des parents. Elles furent suspendues pour la plupart. Pourtant, nous avons constaté que de façon paradoxale l’expression d’un manque de la part des enfants fut quasiment absent. Je pouvais observer combien, dans une large mesure, ils furent même apaisés.

En échangeant entre nous à propos de cette situation, un certain nombre de professionnels réfléchirent à la pertinence d’un contact direct parents/enfants à tous prix, quoi qu’il en coûte aux uns et aux autres, en termes de désolation ressentie de façon répétitive. Et si en favorisant ce droit de visite, nous ne renforcerions pas, par la même occasion, le sentiment de culpabilité chez les enfants, au vu de ce qui leur paraît impossible à vivre ? Les conditions du confinement n’ont-elles pas reposé tout simplement les questions la fois du maintien du lien parents-enfants, du manque supposément vécu par les enfants vis-à-vis de leur famille, ainsi que de « la juste assez bonne présence » ?

Un échange téléphonique entre un enfant et sa mère vint illustrer ce propos :
Le parent : « Tu me manques ! »
Le fils : « Je te manque aussi. »

L’enfant ne vient pas nécessairement exprimer cet état de manque. Ce serait en réponse à l’adulte qu’il viendrait en parler, en écho de ce que son parent lui dit tout en abondant dans son sens, en renforçant son symptôme. Le parent viendrait raviver la béance alors que
l’enfant parvient à se satisfaire d’une « assez bonne distance, sans trop de présence ».

Toutefois, afin de rapprocher les uns et les autres, un dispositif assorti d’un planning de coups de téléphone a été instauré ainsi que de la mise en place d’appels en vision. Ici dans ce cas de figure, ces dispositions venaient surtout à nouveau rassurer les parents exprimant un réel besoin d’avoir accès à la perception physique de leurs enfants.

L’animation dans les rues décrut,
pourtant de quelques habitations sortaient des cris,
autant d’expressions de la difficulté de rester ensemble.

 

Retrouver l'intégralité du témoignage de Christian Glasson et bien d'autres sur www.lien-social. com

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