Contrôleuse des lieux de privation de liberté : l’année Covid en prison

Mis en garde par la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) pour les risques de cluster dans les prisons, le gouvernement a brillé par sa passivité. Rien d'étonnant, tant ses alertes et préconisations restent systématiquement lettre morte.

Cellule vétuste dans une maison d’arrêt (crédit JC Hanché pour le CGLPL)

« Une année bouleversée et bouleversante », y compris derrière les barreaux, souligne la contrôleure des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, dans son rapport annuel publié ce mercredi. Bouleversée par le Covid mais aussi par une vacance du poste pendant trois mois alors que la crise sanitaire faisait rage. Dominique Simonnot rappelle que sa prédécesseure, Adeline Hazan envoyait, dès le début de la crise, des lettres au gouvernement pour alerter sur les risques aggravés d’exposition à la pandémie pour les détenus. Elle pointait également des atteintes aux droits en raison des mesures sanitaires : suspension des parloirs, activités réduites… Face à la pandémie, les précautions, souligne la contrôleure, ont été « tardives, contradictoires, insuffisantes ». La multiplication des clusters en prison ne l’a pas démentie.

Régulation carcérale

Dans le même temps, des mesures de libérations de prisonniers pour désengorger des prisons surpeuplées ont été prises. Entre mars et mai 2020, les prisons comptaient 13000 détenus de moins. « Une opération sans précédent et salutaire », avance la contrôleure qui souligne qu’elle a été rendue possible grâce à l’implication de juges d’application des peines et des services pénitentiaires. « Preuve est donc faite qu’il est possible de ramener le taux d’occupation des prisons à leur capacité d’accueil », relève-t-elle. Et appuie : Covid ou pas « cette indispensable régulation carcérale doit être inscrite dans la loi ». Cependant, depuis l’été le nombre de détenus repart à la hausse, aucune nouvelle mesure de libérations anticipées n’a été prise.

Echanges d’informations

Dans ce nouveau rapport, la contrôleure des lieux de privation de liberté revient sur toutes les recommandations faites ces dernières années, rappelle les condamnations de la France sur sa politique carcérale, livre les réponses données par les ministères concernés et donne son impression. « Nouvelle arrivée dans mes fonctions, je découvre avec étonnement – c’est une euphémisme – la désinvolture avec laquelle sont traitées les recommandations du CGLPL par les ministres auxquels elles sont adressées ». A ses yeux, l’objectif de ces recommandations ne doit pas se réduire à un « échanges d’informations » entre son administration et les ministres mais d’intégrer ces recommandations « dans de véritables plans d’action et d’en garantir la mise en œuvre ».

Marianne Langlet

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