Esteqlâl, « liberté », « indépendance »

Beaucoup de responsable politiques se sont émus de la victoire de l'obscurantisme en Afghanistan et des atteintes inhérentes aux droits de l'Homme en général et à ceux des femmes en particulier. Mais, quand il s'agit d'accueillir les demandeurs d'asile fuyant cet enfer, c'est une autre histoire. Cette actualité ne fait qu'éclairer les conditions lamentables dans lesquelles l'accueil est géré.

► LE BILLET de Ludwig :

La situation en Afghanistan est révélatrice des conditions d’accueil des réfugiés sur notre sol. Au-delà des rejets, des passions et des émotions exacerbées, que se passe-t-il dans la réalité ? Nous, travailleurs sociaux, sommes en première ligne.

Rappelons que c’est la convention de Genève de 1951, qui définit le terme « réfugié » et énonce les droits des personnes déracinées, ainsi que les obligations juridiques des États pour assurer leur protection. Ainsi, lorsqu’ils arrivent sur notre territoire, c’est d’abord dans les Centres d’accueil et d’Orientation (CAO) ou autres Structures d’Accueil pour Demandeur d’asile (SADA) que les réfugiés déposent leur demande d’asile, avant d’être orienté sous couvert de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) vers les Centres d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA) ou Hébergement d’Urgence pour Demandeur d’Asile (HUDA). Là, ils attendent leur convocation à l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) chargé d’instruire leur demande d’asile. Deux cas alors. Soit l’accord est délivré, et le parcours d’intégration peut se poursuivre, en Centre provisoire d’Hébergement, en résidence sociale ou en logement autonome. Soit il y a refus et la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA) peut être saisie, afin d’étudier à nouveau la situation de la personne.


Mais la réalité est sombre. Les centres d’accueil dans lesquels nous exerçons sont saturés, bien souvent délabrés, relégués, avec un faible accompagnement psycho-éducatif. D’où un turn-over chez les professionnels, en manque de moyens pour faire un travail de qualité, et qui peuvent être en perte de valeurs et de sens, induisant parfois une souffrance au travail. L’autre réalité, ce sont les milices d’extrême-droite, les tentes déchirées par les forces de l’ordre, les interdictions de venir en aide, les délits de solidarité. Les associations des droits de l’homme sont, elles aussi, débordées, et on ne compte plus les hommes, femmes et enfants qui dorment dehors.


Alors que faire ? Il va sans dire qu’à situation exceptionnelle, dispositif exceptionnel. Comme lors de l’accueil des femmes yézidies victimes de DAESH, nous devrions disposer d’un accueil humanitaire d’urgence et de prise en charge spécifique. Mais après, quand seront retombées les émotions ? Il y aura toujours des arrivées qui viendront se surajouter aux dispositifs exsangues, et des collègues qui épongeront les détresses humaines en faisant leur maximum avec les moyens alloués. Par les terres, les mers, ou les airs, pour la lumière, pour toucher un peu de notre confort, pour fuir la mort, ils et elles arriveront. Sans parler des futures crises climatiques. Ainsi, notre rôle de fantassin du social ne pourrait-il pas être aussi, au-delà de nos missions, de s’engager pour une société plus juste ? De dire la réalité ? De rappeler le devoir de solidarité et d’assistance ? De lutter pour plus de moyens et d’éthique ?

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