Quand l’ASE veut fermer le Petit Bois

Les relations entre les lieux de vie et d'accueil qui prennent en charge des mineurs et leur financeur l'Aide sociale à l'enfance ne sont pas toujours simples. Un conflit local aurait pu rester dans l'anonymat. Lien Social a décidé de s'en faire l'écho. L'enjeu principal réside dans la continuité de l'accueil de sept adolescents qu'un conflit institutionnel menace directement.

Lien Social a reçu un appel lancé par le Petit Bois, un lieu de vie du département de l’Orne qui accueille depuis douze ans sept adolescents. Il est menacé aujourd’hui de fermeture par Christophe De Balorre, le Président du Conseil départemental.

Son responsable, Xavier Vannier, s’était fait connaître au mois d’octobre 2020, par la publication d’un livre où il racontait l’accompagnement sur près de dix ans d’un enfant au parcours chaotique ("Comme un père" Éditions Le Livre et la Plume) . Un reportage en rendra compte dans un prochain numéro de Lien Social. L’actualité vient de rattraper la temporalité de cette publication.

« Le 12 décembre dernier, vous m’avez fait part de votre décision de me retirer mon agrément si je ne vous ai pas, au 18 décembre prochain, fourni le nom d’une association qui prendrait la gestion de mon lieu de vie, actuellement une entreprise en mon nom propre  », explique Xavier Vannier dans sa lettre ouverte à Christophe De Balorre.

Derrière une apparente simple difficulté administrative le permanent avance d’autre raisons : «  Vous m’avez imposé d’obéir à vos positionnements éducatifs que je n’ai pas partagés. En réponse, il est vrai que je vous ai désobéi tout en restant bien sûr dans la légalité. » L’ASE de l’Orne avait déjà procédé à deux fermetures de ce lieu de vie, autorisant sa réouverture peu de temps après. Xavier Vannier est convaincu que c’est bien l’accompagnement du jeune décrit dans son livre qui est la l’une des sources du conflit qui l’oppose à l’ASE : « Oui Monsieur le président j’ai continué à vous désobéir. Vous m’aviez demandé que le jeune Morgan, objet de votre énervement pour partie je pense, ne soit plus sur le lieu de vie. Oui, avec ce jeune, nous avons mis en difficulté votre pensée et vos convictions  » Xavier Vannier affirme avec force que Morgan a pourtant commencé aujourd’hui à se reconstruire, s’engageant dans une vie adulte qu’on aurait pu imaginer bien plus compromise.

Les jeunes accueillis aujourd’hui dans ce lieu de vie vont-ils faire les frais de la crise en cours ? C’est ce que craint Xavier Vannier : «  Ce sont sept adolescents qui se trouveront la semaine prochaine sans solution adaptée à leur problématique. Sept adolescents qui se sont investis dans des projets de vie qui tiennent la route et qui leur permettent d’envisager plus sereinement leur avenir. Sept adolescents qui nous disent ne pas vouloir partir. Ce sont des salariés qui vont se trouver au chômage. Ce sont des stagiaires qui vont mettre en péril l’obtention de leur examen » Que propose-t-il ? Que le Président du Conseil départemental de l’Orne reporte sa décision, en fixant des échéances plus réalistes pour lui proposer un projet sérieux. « Et surtout, Mr Le Président, venez nous rencontrer et rencontrer l’équipe et les jeunes, vous n’avez jamais pu prendre ce temps et c’est dommage. Peut-être que cela aurait permis que vous ayez un autre regard. »

Le service communication du Conseil départemental de l’Orne a informé Lien Social de son intention de répondre à ses questions. Nous en rendrons compte volontiers. Dans l’attente, il revient à Christophe De Balorre de trancher, son Président de prendre une décision dont l’échéance a été fixée à ce vendredi 18 décembre.

Information mise en ligne ce jour sur le site : www.lien-social.com

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