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Billet de blog 20 janv. 2022

Bienvenue en MECS !

En sortant de la salle obscure, je me suis interrogé : que peut ressentir un spectateur néophyte, après cette immersion de près de deux heures au cœur d’une maison d’enfants à caractère social (MECS), véritable protagoniste central du film de Nessim Chikhaoui « Placés » ?

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D’une brusquerie dérangeante, ces mômes qui crèvent l’écran ne provoquent-il pas, au final, la même empathie et la même congruence que celles qui s’emparent très vite de beaucoup de professionnels d’internat éducatif ?

La réponse à cette question est sans doute à rechercher dans ce trouble que provoque ce public, dès qu’on s’en approche. Car, derrière tant de provocations, de tapage et de railleries percent la détresse, la fragilité et la souffrance. On ne peut qu’être touché par cette humanité violentée qui en émane.

Le film de Nessim Chikhaoui est d’une authenticité et d’une précision singulières qui tranchent avec les idées reçues et les préjugés caricaturaux si souvent véhiculés par les médias. Rien d’étonnant à cela, puisque le réalisateur a exercé pendant dix ans comme éducateur spécialisé en MECS. Le cinéaste met en scène son vécu professionnel : et cela sonne juste !

Bien-sûr, le scénario est un concentré de situations qui pour être parfois poussées à l’extrême, n’ont pourtant rien d’exceptionnelles. Le « vrai » quotidien des MECS n’est pas fait que de ces crises, de ces éclats de voix et de ces tensions. La banalité, les petits-riens, les instants ordinaires peuplent aussi l’essentiel de leur espace-temps. Mais, tout cela ne suffirait pas à retenir l’attention du spectateur.

De ce condensé, on retiendra quelques personnages.

Corinne, la maîtresse de maison qui n’est sans doute pas très performante quant à la règlementation HACCP, mais qui veille avec une bienveillance toute maternelle sur « ses enfants ».

Marc, le Directeur qui doit résoudre tous les problèmes à la fois, en évitant de se laisser submerger.

Une équipe éducative riche de d’émotions, de postures et caractères divers, véhiculant autant de problématiques que n’importe quel autre collectif de travail.

Et puis tous ces ados qui n’ont pas terminé de gérer un passé douloureux, qu’il leur faut déjà se confronter à un avenir improbable …

Avec en exergue, Emma si proche de ses 18 ans, qui mesure la menace qui pèse sur elle : se retrouver à la rue … comme tant de jeunes majeurs à qui l’Aide sociale à l’enfance signifie la fin brutale de tout accompagnement. L’adolescente vit à nouveau le traumatisme qui l’a poursuivie toute sa vie : à nouveau abandonnée (mais cette fois-ci par des éducateurs ravagés par la culpabilité), après l’avoir été par sa mère et par sa famille d’accueil !

C’est tout ce petit monde, qu’Elias découvre. Il n’est que de passage. Il fait partie de ces personnels « faisant fonction », sans formation qualifiante préalable. Son adaptation est rapide. C’est vrai que plonger dans un tel tourbillon peut provoquer, à l’extrême, deux types de réactions opposées : soit s’enfuir en courant très vite, soit être pris dans les rets d’un attachement addictif.

Les scènes se succèdent, pleines d’humour et de colère, de tendresse et d’orage, de bonheur et de désespoir. Elles émeuvent et elles font rire. Elles révoltent et elles font peur. Elles enflamment et elles donnent le vertige. Elles suscitent la grâce et elles créent le malaise. Tout ce qui se vit successivement et parfois en même temps se niche au cœur de cette aventure improbable qu’est l’accueil d’enfants en MECS.

Bel hommage à une profession par trop invisible, notable reconnaissance d’une protection de l’enfance si souvent décriée, incomparable témoignage sur la réalité contradictoire des placements.

Si, bien sûr, personne ne pourra prétendre que les maisons d’enfants à caractère social, ce n’est que cela … on peut affirmer sans être contredit que c’est aussi cela.

Jacques Trémintin

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