Bienvenue aux plus précaires !

Quand la panique s'empare des braves gens, l'accompagnement de la différence peut se trouver stigmatisé. La psychose se transforme alors en rejet de l'autre, qu'il soit migrant, toxicomane ou sortant de prison. Une mobilisation déployée samedi dernier en est le dernier avatar. "Faut-il pleurer, faut-il en rire. Fait-elle envie ou bien pitié. Je n'ai pas le cœur à le dire" (Ferrat)

Saint Gildas des bois est une commune de près de 3 800 habitants située dans le nord de la Loire Atlantique. Mais, ce n’est ni son Abbaye du 12ème siècle, ni son magnifique château qui lui auront valu son quart d’heure de célébrité, à la Andy Wharol. Sa gloire mal placée provient de la manifestation de deux cents citoyens modèles déployée dans les rues du bourg, l’après-midi du samedi 20 février.

Qu’est-ce donc qui a mobilisé l’indignation de cette partis de sa population ? Le sort des étudiants dépérissant à petits feux, pendant que leur ministre lance sa croisade contre l’islamo-gauchisme ? Ces dizaines de jeunes mineurs isolés menacés de reconduite à la frontière, alors qu’ils excellent dans la profession apprise auprès de maîtres d’apprentissage ayant tant de mal, par ailleurs, à recruter dans leur corporation ? Ces associations caritatives submergées par des familles dont la précarité explose ?

Non, ce qui les a poussés dans la rue, c’est l’arrivée prochaine de dix détenus, en placement extérieur, dans une ferme située à une demi-heure à pied du bourg où ils pratiqueront du maraichage et de l’élevage. Voilà, pour les huit enfants placés en tête de cortège à tenir la banderole, une leçon d’instruction civique particulièrement édifiante.

Comme leurs prédécesseurs parisiens qui refusèrent, en 2016, la création d’une salle de consommation à moindre risque pour toxicomanes ou, la même année, ceux de Saint Brévin tout proche terrorisés par l’arrivée de soixante-dix migrants, ils sont pris de la même panique. Que peuvent-ils imaginer ? Les nouveaux venus allaient violer leurs femmes et leurs enfants, transformer leur territoire en plaque tournante de la drogue, faire exploser la délinquance, que sais-je encore ? Et puis rien de tout cela n’est survenu.

On retrouve bien là le réflexe « not in my garden ». Pourtant, certains de ces manifestants (tous, j’en doute) sont favorables à la prévention de la toxicomanie, à l’hébergement de ces populations vivant sous des tentes en plein centre-ville et à la réinsertion des détenus en fin de peine. Du moins, ils le seraient si leurs proches étaient concernés. Mais, pour ce qui est de l’aide pouvant leur être apportée, ils en veulent bien … mais loin de chez eux ! Qu’ils aillent donc dans les communes voisines.

Voilà un bel exemple de citoyenneté, de tolérance et de solidarité donnée par tous ces braves gens. Une dernière précision : si une maison se libérait en face de chez moi, ce serait un honneur pour moi qu’y soient accueillis des migrants à la fois toxicomanes et sortants de prison ! Mais, chacun est libre de sa conception de cette humanité que nous partageons, pourtant toutes et tous. Ce n’est pas la mienne et je leur laisse volontiers la leur !

Jacques Trémintin

 

Billet publié sur le site de lien social : www.lien-social.com

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