Faut-il avoir peur de nos enfants ?

Dimanche 14 mars 2021, édition du soir du journal de France 2, après un reportage émouvant sur la marche blanche d’Argenteuil (Val d’Oise) pour commémorer la mémoire de la jeune Alisha, suit un reportage sur la violence des jeunes. Carlos Lopez, éducateur à la protection judiciaire de la jeunesse réagit au message véhiculé ce jour-là.

Par Carlos Lopez, éducateur à la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et membre du Snpes-PJJ/FSU


Et là, nous avons droit à un festival de raccourcis où la violence des jeunes en bandes se mélange dans un même propos à des situations d’homicides commis par des jeunes (enfants ou adolescents). L’absence d’empathie des présumés meurtriers de la jeune Alisha est mise sur le même plan que les bagarres de bandes qui ont eu lieu ces dernières semaines.
Ainsi, c’est un discours lancinant tel : « ils sont de plus en plus jeunes et de plus en plus violents » qui transparaît dans ce reportage d’à peine trois minutes, qui mêle des situations différentes et les amalgame dangereusement.
La jeunesse depuis le temps de Socrate - « Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans » - n’aurait donc guère évolué ?
Face à une telle présentation de la situation des jeunes et des actes violents qu’ils peuvent poser, une interrogation légitime peut être soulevée sur la méthode et la ligne éditoriale.
Quand on parle de la violence des jeunes en bandes et de ses conséquences parfois dramatiques comme dans le département de l’Essonne, ou des homicides commis par des jeunes dans un contexte extérieur à une bande ou un groupe, parle-t-on de la même chose ?
Si un travail d’investigation et d’examen des analyses existantes avait été réalisé pour cette séquence, le contenu aurait été bien différent. À regarder de plus près, les travaux de Laurent Mucchielli et de Marwann Mohammed sur ces situations (d’un côté la question du recensement des faits et leur analyse dans le temps, de l’autre le fonctionnement et la sociabilité des bandes de jeunes) apportent des réponses pour mieux comprendre et différencier ces sujets très distincts.
La conclusion est donnée par la fin de cette séquence qui dénombre quarante homicides par an commis par des mineurs. Ce chiffre est terrible : 40, c’est 40 de trop.
Mais il est surtout fondamental de réfléchir aux causes de ces passages à l’acte, quels qu’ils soient, pour se donner les moyens de les éviter à nouveau.
Signataire de la tribune « Face aux faits de violences entre jeunes, privilégions l’action sociale, l’éducation et la médiation !  », il me semble important de rappeler que ces sujets doivent être abordés avec sérieux, gravité et responsabilité.
À force de faire des raccourcis et du sensationnalisme, on risque de basculer dans la peur de nos jeunes, de nos enfants, notre avenir !
Alors qu’une grande partie de la jeunesse a besoin de réponses éducatives, sociales d’envergure et en urgence, la défiance et la peur ne sont pas des solutions pour résoudre ces difficultés.

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