lien-social
Abonné·e de Mediapart

109 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 mars 2021

Faut-il avoir peur de nos enfants ?

Dimanche 14 mars 2021, édition du soir du journal de France 2, après un reportage émouvant sur la marche blanche d’Argenteuil (Val d’Oise) pour commémorer la mémoire de la jeune Alisha, suit un reportage sur la violence des jeunes. Carlos Lopez, éducateur à la protection judiciaire de la jeunesse réagit au message véhiculé ce jour-là.

lien-social
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Par Carlos Lopez, éducateur à la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et membre du Snpes-PJJ/FSU


Et là, nous avons droit à un festival de raccourcis où la violence des jeunes en bandes se mélange dans un même propos à des situations d’homicides commis par des jeunes (enfants ou adolescents). L’absence d’empathie des présumés meurtriers de la jeune Alisha est mise sur le même plan que les bagarres de bandes qui ont eu lieu ces dernières semaines.
Ainsi, c’est un discours lancinant tel : « ils sont de plus en plus jeunes et de plus en plus violents » qui transparaît dans ce reportage d’à peine trois minutes, qui mêle des situations différentes et les amalgame dangereusement.
La jeunesse depuis le temps de Socrate - « Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans » - n’aurait donc guère évolué ?
Face à une telle présentation de la situation des jeunes et des actes violents qu’ils peuvent poser, une interrogation légitime peut être soulevée sur la méthode et la ligne éditoriale.
Quand on parle de la violence des jeunes en bandes et de ses conséquences parfois dramatiques comme dans le département de l’Essonne, ou des homicides commis par des jeunes dans un contexte extérieur à une bande ou un groupe, parle-t-on de la même chose ?
Si un travail d’investigation et d’examen des analyses existantes avait été réalisé pour cette séquence, le contenu aurait été bien différent. À regarder de plus près, les travaux de Laurent Mucchielli et de Marwann Mohammed sur ces situations (d’un côté la question du recensement des faits et leur analyse dans le temps, de l’autre le fonctionnement et la sociabilité des bandes de jeunes) apportent des réponses pour mieux comprendre et différencier ces sujets très distincts.
La conclusion est donnée par la fin de cette séquence qui dénombre quarante homicides par an commis par des mineurs. Ce chiffre est terrible : 40, c’est 40 de trop.
Mais il est surtout fondamental de réfléchir aux causes de ces passages à l’acte, quels qu’ils soient, pour se donner les moyens de les éviter à nouveau.
Signataire de la tribune « Face aux faits de violences entre jeunes, privilégions l’action sociale, l’éducation et la médiation !  », il me semble important de rappeler que ces sujets doivent être abordés avec sérieux, gravité et responsabilité.
À force de faire des raccourcis et du sensationnalisme, on risque de basculer dans la peur de nos jeunes, de nos enfants, notre avenir !
Alors qu’une grande partie de la jeunesse a besoin de réponses éducatives, sociales d’envergure et en urgence, la défiance et la peur ne sont pas des solutions pour résoudre ces difficultés.

retrouvez les billets, initiatives et actualité du travail social sur www.lien-social.com

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Écologie
Incendies en Gironde : « C’est loin d’être fini »
Dans le sud de la Gironde, le deuxième méga-feu de cet été caniculaire est fixé mais pas éteint. Habitants évacués, élus et pompiers, qui craignent une nouvelle réplique, pointent du doigt les pyromanes avant le dérèglement climatique, qui a pourtant transformé la forêt des Landes en « grille-pain ».
par Sarah Brethes
Journal
Été de tous les désastres : le gouvernement rate l’épreuve du feu
Le début du second quinquennat Macron n’aura même pas fait illusion sur ses intentions écologiques. Depuis le début de cet été catastrophique – canicules, feux, sécheresse –, les ministres s’en tiennent à des déclarations superficielles, évitant de s’attaquer aux causes premières des dérèglements climatiques et de l’assèchement des sols.
par Mickaël Correia et Amélie Poinssot
Journal
Des avocates et journalistes proches de Julian Asssange poursuivent la CIA
Deux journalistes et deux avocates américains ont déposé plainte contre l'agence de renseignements américaine et son ancien directeur, Michael Pompeo. Ils font partie des multiples proches du fondateur de WikiLeaks lui ayant rendu visite dans son refuge de l'ambassade équatorienne de Londres alors qu'il été la cible d'une vaste opération d'espionnage.
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Écologie
Pour plus d’un quart des Alsaciens, l’eau du robinet dépasse les normes de concentration en pesticides
Dans le Bas-Rhin, des dépassements des limites de qualité ont été constatés dans trente-six unités de distribution qui alimentent en eau potable plus de 300 000 habitants, soit un quart de la population. Le Haut-Rhin est touché dans des proportions similaires.
par Nicolas Cossic (Rue89 Strasbourg)

La sélection du Club

Billet de blog
Quand la langue nous fait défaut
Les mots ne sont plus porteurs de sens, ils ne servent qu'à indiquer ce que l'on doit penser et ce qu'il est interdit de penser. La réaction du gouvernement français aux bombardements de Gaza le démontre une fois de plus.
par ekeland
Billet de blog
Les talibans en Afghanistan : un an de pédocriminalité, de mariages forcés et de suicides
[Rediffusion] Cela fait presqu'un an que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan. Depuis août 2021, plus d'une centaine de femmes ont été assassinées ou se sont suicidées en Afghanistan. Les talibans apprennent aux enfants à tirer et les exploitent sexuellement.
par Mortaza Behboudi
Billet de blog
Russie, une guerre criminelle, une opinion complice ?
Une analyse du sociologue russe Lev Goudkov, qui démonte les leviers de la propagande du pouvoir russe et y voit l'explication du soutien passif, mais majoritaire apporté par la population russe à l'intervention militaire en Ukraine. Il ne cessera, selon lui, qu'avec un choc qui lui fasse prendre conscience des causes et des conséquences de la guerre, processus qui n'est pas encore engagé.
par Daniel AC Mathieu
Billet de blog
De Kaboul à Kyiv : femmes déchues de leur citoyenneté
[Rediffusion] Rien en apparence semble lier le sort des femmes afghanes à celui de leurs contemporaines ukrainiennes si ce n’est déjà la dure expérience d’une guerre sans fin. A travers leur corps de femme, peu importe leur âge, elles subissent une guerre menée contre leur statut durement gagné en tant que citoyennes ayant des droits, au nom d’une violence patriarcale que l’on espérait révolue.
par Carol Mann