Ils seront diplômés en 2020

Le confinement a impacté tous les secteurs, y compris celui des formations au travail social. Comment cela s'est-il concrétisé sur le terrain ? Quelles ont été les réactions des étudiants ? Des formateurs ? Quid des cours, des épreuves d'examen ? Petit coup de projecteur par une formatrice.

TERRAIN - Journal de bord -

Par Céline ARBAUD, Formatrice.

16 mars 2020 allocution présidentielle, la décision tombe, le confinement est proclamé. En tant que formatrice cela suppose le télétravail, de repenser la pédagogie, l’accompagnement…

Mais pour les étudiants… C’est la stupéfaction, dans un premier temps : suspension de stages, réserve nationale, réquisition par les employeurs pour les situations d’emploi. Et puis une interrogation : « Comment allons-nous passer notre diplôme ? » Face à cela, nous n’avons aucune réponse officielle, si ce n’est de les encourager à continuer à travailler sur leurs écrits qu’ils doivent rendre en mai.

Les mails, le téléphone deviennent des bouées de secours, pour rassurer face aux épreuves mais aussi pour prendre des nouvelles de ceux qui sont sur les terrains et des autres. « Est-ce que tout le monde va bien ? Sont-ils protégés ? Comment vont les personnes qu’ils accompagnent ? » Nous devenons alors un peu plus que des formateurs, nous soutenons, écoutons, encourageons. Nous organisons aussi les cours à distance pour que la formation se poursuive.

20 avril 2020 premier décret, toutes les épreuves sont annulées, les rendus des écrits ne semblent pas obligatoires. Les épreuves sont remplacées par des notes de contrôle continu, à chaque centre de formation de s’organiser et de faire des propositions. 28 avril 2020, c’est officiel, le rendu des écrits n’est pas obligatoire…

Deuxième effet de sidération tant chez les formateurs que chez les futurs travailleurs sociaux. Ils ne seront pas lus… Nous proposons à nos étudiants de passer un oral afin de présenter leurs écrits. Face à la stupeur, ils n’en comprennent pas le sens. Un échange a lieu, avec un débat animé, comme dans une grosse équipe. Ils nous font confiance et continuent de travailler. Nous leur expliquons le sens que nous y mettons et l’importance à nos yeux qu’ils puissent parler de leur travail mais aussi de la construction de leur identité professionnelle à des formateurs qui ne les connaissent pas.

14 mai 2020, nous faisons un bilan en visio de leur fin de formation. Malgré les écrans, ma collègue et moi percevons l’émotion. Les étudiants ont des difficultés à se dire que c’est fini. Ils reviennent sur les oraux et nous expliquent l’importance que cela a eue pour eux et le sens qu’ils ont pu mettre derrière ces 10 minutes de présentation et ces 10 minutes d’échanges. Ils ont ainsi pu parler de leur travail, de leur recherche et de leur cheminement professionnel.

Mais une question demeure : « Qu’est-ce que vaudra notre diplôme ? En quoi je suis légitime en tant que professionnel en étant diplômé en 2020 ?  » La réponse est la même que pour les autres années. Le diplôme c’est l’aboutissement d’un parcours de formation. Et demain vous serez jeune professionnel avec vos doutes, vos questionnements et une expérience en plus, celle d’une crise sanitaire qui a mis en lumière les métiers du social.

 

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