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Billet de blog 30 mars 2021

Autoportrait de travailleur social (1)

Ce n'est pas tout à fait le questionnaire de Proust... c'est celui de Lien Social. Des travailleurs et travailleuses social(e)s qui acceptent de sortir de l'anonymat en parlant de leur parcours et de leur expérience, il n'y en a pas beaucoup. Ces professionnel(le)s de l'ombre, qui s'inscrivent trop souvent dans l'invisibilité des publics accompagnés, justifient ce coup de projecteur.

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Murielle A., éducatrice spécialisée en centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS)

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«  Je ressentais le besoin de me tourner vers une voie professionnelle qui avait du sens  »

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Quel mot, adjectif, associez-vous spontanément au travail social ?
C’est un métier.


Pour quelles raisons l’avez-vous choisi ?

À l’origine : la sensibilité que j’ai éprouvée pour la situation des jeunes placés par l’aide sociale à l’enfance (Ase). À l’époque jeune étudiante en langues, engagée dans des causes diverses, je ressentais le besoin de me tourner vers une voie professionnelle qui avait du sens : apporter de l’aide aux plus nécessiteux, favoriser leur mieux être. C’est donc dans cet état d’esprit que j’ai fait le choix de quitter les bancs de la fac pour m’orienter vers une formation dans le secteur social.

Quelle formation avez-vous suivie ?

J’ai pris mon temps. J’ai commencé par la formation de moniteur-éducateur puis j’ai suivi celle d’éducateur spécialisé. J’ai travaillé et acquis mon expérience dans différentes institutions, auprès de différents publics, puis j’ai poursuivi ce parcours d’enseignement et décroché le Diplôme d’État en Ingénierie Sociale (DEIS).

Quel est votre meilleur souvenir professionnel ?

Cela fait quelques années maintenant que je travaille dans le domaine de l’insertion, plus précisément dans le cadre d’un centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). J’ai beaucoup appris de l’accompagnement qui pouvait être proposé à des personnes fragilisées par des parcours de vie extrêmement chaotiques. Je garde un très fort ressenti par rapport à ce qu’un regard posé sur l’autre peut suggérer comme changement, lorsque le professionnel laisse une place de sujet à part entière à la personne accompagnée. Je me souviens de cette jeune femme qui arrive pour son premier rendez-vous d’admission. Elle semble totalement désorientée et anesthésiée par des médicaments. Elle dit qu’elle a une maladie attrapée dans son pays, qui l’amène à « voir et entendre des choses ». Je me souviens alors de ma propre sidération à l’entendre, de mes doutes quant à la capacité que nous avions à pouvoir l’aider dans cet état. Cette jeune femme a tout de même intégré notre structure. Elle y est restée dix-huit mois, y a construit une famille (naissance d’une petite fille) et nous a quittés pour aller vivre enfin dans son propre logement. Aujourd’hui, je pense réellement que le temps passé dans la structure lui a permis de se poser, d’être écoutée et regardée autrement qu’à travers sa « maladie », comme elle le disait. Pour moi c’est incontestable, la mobilisation de l’équipe et son désir pour elle, ont contribué à lui redonner de l’assurance et à gagner en autonomie. Ce fut pour moi une belle expérience humaine et professionnelle.

Le pire ?

Peut-être est-ce celui de me sentir professionnellement malmenée par un fonctionnement institutionnel jusqu’au point de douter de ma propre pratique ! J’ai vécu cette situation et l’épuisement ressenti à ce moment assez difficile, a pu m’amener à remettre en cause un choix professionnel qui pourtant, me semblait une évidence !

Je parle de ce moment où j’exerçais dans un foyer d’urgence pour des jeunes mineures placées par l’ASE, pour une durée de six mois maximum, suivis d’une réorientation… Jeune diplômée à l’époque, je me rappelle l’état d’urgence dans lequel l’équipe travaillait, la difficulté que nous avions à contenir les situations de violence et à gérer les passages à l’acte des jeunes (violences verbales, physiques, fugues incessantes). J’avais le sentiment d’une confusion permanente entre le fonctionnement institutionnel et celui des personnes accompagnées. Le turn-over important des salariés aussi pouvait me déstabiliser.

J’ai fini par quitter cette structure dans laquelle je ne trouvais plus ma place. Je me suis tournée vers un établissement qui répondait davantage à mes attentes professionnelles. J’ai pris une bonne décision car aujourd’hui je suis toujours dans ce même secteur d’activité qui est en pleine évolution. 

Quel est votre livre de chevet ?

C’est pour ton bien. Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant, d’Alice Miller (Éd. Aubier, 1998). Cette excellente auteure aborde de façon pertinente la question de l’origine de la violence.

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Vous êtes tentés par l’exercice de l’autoportrait de travailleur social ? Vous souhaitez partager votre expérience ? N’hésitez à nous contacter à l’adresse suivante : katia.rouff@lien-social.com

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