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Billet de blog 1 août 2019

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Un homme est mort

Il dormait, bercé par les derniers rythmes d’une fête de la musique qui sera sa dernière. Et puis l’impossible, l’impensable : la guerre. Des policiers armés qui délogent ceux venus faire la fête.

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© LB Creative commons

A-t-il été réveillé par le bruit, la suffocation causée par le gaz lacrymogène ? Un ami affolé l’a-t-il sorti du sommeil pour le protéger des forces de l’ordre qui avançaient avec des chiens et des lanceurs de LBD?
Steve s’est retrouvé dans la Loire, à 4h30 du matin, sans savoir nager. Et il est mort.
On pourrait se taire, pour ne pas rajouter à la douleur des proches de ce jeune homme. Mais peut-être qu’il vaut mieux parler, qu’il faut dire et répéter que cette mort est un scandale. Qu’elle aurait pu être évitée.
Charger un groupe de fêtards la nuit, avec des chiens, des grenades lacrymogènes et des LBD ? Au bord d’un fleuve ? Rémy Fraisse aussi, était mort la nuit. Les algériens dont un certain nombre sont tombés dans la Seine, en 1961, aussi. La nuit, les hommes et les femmes ne sont que des silhouettes. C’est encore plus facile d’oublier que l’on peut être responsable de la mort d’un homme, la nuit, quand on avance en bande armée, sous l’autorité de l’État, contre un groupe désarmé et pas organisé.
Et puis il y a les ordres.
On savait tous que cela allait arriver, parce que devant les blessures de manifestants, lors du mouvement des Gilets jaunes, le pouvoir n’a jamais eu un mot de compréhension pour leur douleur ou celles de leurs proches, mais qu'il a apporté son soutien sans restriction aux seules forces de l’ordre. Comme si les victimes étaient coupables de ce qui leur arrivait, tandis que ceux qui étaient allé trop loin dans l’usage de la force n’étaient résolument comptables d’aucune faute, ni d’erreur, et devaient même recevoir des félicitations, comme on l’a vu récemment. Comment se réfréner, du coup, quand on reçoit l’ordre d’avancer et de lancer les projectiles dont on dispose ?
On comprend que d’entendre, au début du mouvement social qui a commencé en novembre « La police avec nous ! » cela pouvait faire peur au pouvoir. Pauvres policiers qui, pour ne pas être retournés par un mouvement contestataire qu’ils auraient eu quelque raison d’embrasser aussi, ont été placés en position d’ennemis du peuple, lançant des grenades de désencerclement, ou pire, sur des personnes venues manifester pacifiquement, parfois pour la première fois de leur vie. En effet tous ces débordement policiers auxquels on n’était pas, en France, habitués, ont entraîné de la colère de la part des manifestants contre les forces de l’ordre.
Ce rejet croissant de la police a été, selon moi, mis en scène : ce pouvoir flageolant sur ses bases ne pouvait pas dépendre des décisions des policiers et des militaires. Il leur a donc lâché la bride. Et, hormis quelques belles phrases creuses, il n’a pas réellement pris de décisions pour empêcher cette évolution, au contraire.
Pour l'IGPN et pour le pouvoir, il semble que ce ne soit pas un scandale de mourir un soir d’été à la suite d’une charge de police.
C’est vrai qu’on a un pouvoir qui pense en chiffres : un mort. Qu’est-ce que c’est qu’un mort s’il s’agit de conserver le pouvoir et de continuer sa politique néolibérale en avant toute ?
On compte, en macronie, on compte. Un mort, contre dix permanences d’élus LREM murées pour protester contre le CETA (voté sans transparence, sans débat et qui va entraîner, outre un recul de l’usage de nos normes environnementales, des difficultés pour les agriculteurs français). C’est scandaleux! disent des élus du parti présidentiel, comme ils l’ont dit de la profanation potache de la place de l’Étoile.


Que ne disent-ils, au moins, la même chose, pour la mort de cet homme qui dormait, un soir d’été.

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