Basta capital, le film

Je viens de voir « Basta capital », un film de Pierre Zellner. Le sous-titre donne le ton du film « En 2020, Manu retourne sa veste ! ». Et Manu, c'est bien celui auquel vous pensez.

 

BASTA CAPITAL - Bande-annonce © DestinyDistrib

Il s'agit d'une fable politique, un film militant qui n’oublie pas de manier l’humour et qui décrit l’action hautement politique d’un groupe d’activistes ayant décidé de kidnapper les grands patrons français afin d'obliger le président de la République à mettre en place, contraint et forcé, des mesures anticapitalistes.
C'est donc bien une fable, une fiction irréaliste, même si les protagonistes portent les noms de vrais dirigeants et si la situation de départ (une période de tension sociale avec réaction policière à des manifestations contre le pouvoir en place) est bien ancrée dans notre réalité, ce qui permet de souligner la réalité des abus de pouvoir des capitalistes, et donc du capitalisme, sur la population. Le fait de montrer volontairement une situation retournée, au fort ressort comique, puisque ce sont des blessés de la société qui vont prendre le pouvoir sur les grands patrons kidnappés, éclaire ce point de vue. De même, les solutions alternatives, et donc anticapitalistes, présentées astucieusement, enrichissent la réflexion.
Le film est fait avec de petits moyens (financement participatif) mais cela convient au propos. On rit souvent, sans cependant que la fable tourne au grotesque: au contraire on sent une humanité qui irradie le film et dont on devine qu’elle traduit le regard du metteur en scène. Certes, les effets spéciaux n’ont pas la richesse de ceux de Star Wars, mais on suit avec intérêt et plaisir cette histoire rocambolesque qui donne à penser.
Dans le propos, je rapprocherais ce film de « Merci Patron! » de François Ruffin, qui avait donné forme, en 2016, à ce que l’on subodorait des pratiques du patronat. S'il s’agit cette fois d'une fiction, qui n’est d’ailleurs pas un appel à agir de façon violente, il y a comme chez Ruffin, un appel à l'intelligence du spectateur, une invitation, ainsi que le disait Pierre Zellner dans sa présentation, à réfléchir. Et en particulier, selon moi, à se poser cette question: « Puisque cela n’est pas possible, on va faire comment? »

Depuis des années je me demande, et je ne suis pas la seule, comment on va pouvoir sortir de ce capitalisme néolibéral qui détruit tout à une vitesse de plus en plus rapide: autant le climat que la planète, autant la faune que la flore, tout en exploitant de plus en plus les salariés et en réduisant les populations en difficultés à vivre dans des conditions de plus en plus dramatiques, tandis que les plus riches continuent à s’enrichir.
Nous sommes, ou nous étions, tellement dans un confort de consommateurs que je ne voyais pas comment passer par la case révolution, même pacifique, pour aller vers la décroissance et le retour à une économie au service des gens (et plus l’inverse) mais je ne voyais pas quelle autre solution allait être trouvée. Et ceux qui étaient dans le malheur social ne le voyaient pas davantage.
Mais le projet néolibéral porte sa fin inscrite en lui-même: puisqu’il lui faut toujours plus (toujours plus d’argent, toujours plus de pouvoir, toujours plus de jouissance…) un jour ce sera trop. Et ce jour est arrivé. Le mouvement des Gilets jaunes annonce que la limite est en train d’être dépassée. Le réchauffement désormais observable des températures, aussi.
Mais, comme le pouvoir néolibéral s’est servi de la démocratie pour s’installer presque partout, il est difficile pour les populations de virer leurs abuseurs dans la mesure où ce sont elles qui leur ont ouvert la porte en votant pour eux.
Ainsi, de la même façon qu’autrefois il n’y avait pas de viol reconnu entre époux, il est difficile actuellement de faire reconnaître légalement l’abus d’utilisation des mandats électoraux par ceux que l’on a élu démocratiquement. Et en plus on continue à les élire! En effet s'il n’échappe plus à grand monde que ceux que l’on appelle les « partis de gouvernement » ne sont que les deux versants d’une même pièce néolibérale, les projets alternatifs peinent à trouver leurs électeurs. De plus, l’histoire récente d’un mouvement qui se présentait comme une alternative "en marche" montre bien que le néolibéralisme peut sans complexe avancer dissimulé, y compris parfois sous le masque d’un groupe prétendument de gauche ou écologique.
Or, tant que les votants, pourtant conscients de cela, continuent de croire que l’abstention serait une solution, ou que le pire c’est mieux que le encore pire, se laissant abuser par un "voter utile" qui sert toujours les mêmes, le néolibéralisme va continuer à nous conduire vers l’abîme…
Dans de nombreux pays, une révolte contre le capitalisme apparait. Les peuples (ou tout au moins une partie de la population) semblent comprendre désormais qui est vraiment leur ennemi, celui qui les appauvrit et détruit l’avenir de leurs enfants.
En France, ces temps-ci, il n’y a pas une manifestation sans que le refrain « anti-anti-anticapitaliste » ne soit repris régulièrement. Et des manifestations, des grèves, des mouvements sociaux, il y en a de plus en plus. Parmi les écologistes (je parle des vrais défenseurs de la terre et du climat), parmi ceux qui militent pour le maintien des droits sociaux, pour lutter contre le projet de suppression de notre système de retraite, parmi les Gilets jaunes (et parfois ce sont les mêmes) la conscience que le capitalisme est la cause commune de leur colère est largement partagée.
Alors je reviens à ma question: comment arrêter ce système fou?
Le film de Pierre Zellner permet de réfléchir sur cette question. Puisque l’on ne va pas arrêter les capitalistes, comment va-t-on arrêter le capitalisme?
Une des réponses, c’est le film lui-même. Sans budget, sans beaucoup de soutiens, avec des acteurs ayant travaillé bénévolement, le film existe et rencontre son public, et il permet de parler entre nous de ce que l’on subissait avant sans pouvoir le nommer. Le film est un acte militant, comme nous avons à en inventer encore tant! Il est une invitation à la discussion, à l'échange, ce qui est important, parce que la solution ne sera que collective.

Donc, outre tout ce que vous pouvez inventer pour entraver le capitalisme de désastre (y compris en évitant de voter pour ceux qui ne s'en démarquent pas nettement et ne s'y opposent pas) vous pouvez, si vous le souhaitez, faire projeter ce film près de chez vous.

 

 

 

- Lien vers la bande-annonce Allociné :
 http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=276207.html
 Facebook Basta capital:
 https://www.facebook.com/bastacapital/
 Une critique de Mr mondialisation:
 https://mrmondialisation.org/basta-capital-et-si-on-kidnappait-les-patrons-du-cac40/

  Le distributeur à contacter pour une éventuelle projection c’est Destiny:
  https://www.destinydistribution.com/distribution/basta-capital/ (Merci de mettre le mail bastacapital@gmail.com en copie de vos échanges avec   Destiny.)
  Email : contact@destinydistribution.com

-Un article de François Ruffin sur Fakir "À la fin, c'est nous qui allons gagner. Oui, mais comment?".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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