Notre président aime le contact avec ses sujets, il semble même priser particulièrement l'exercice puisqu'on l'a vu plusieurs fois échapper à ses gardes du corps, et au parcours décidé à l'avance, pour se précipiter vers des citoyens qui n'en attendaient peut-être pas tant. Les résultats n'ont pas toujours été très heureux (cf le selfie avec deux jeunes qui a été largement commenté sur les réseaux sociaux, ou la petite course pour aller au-devant d'un groupe de citoyens dont l'un lui a adressé une gifle...) mais cela n'arrête pas notre déterminé président qui semble penser que son charisme a besoin du contact pour s'exercer.
Cependant, entre le président donneur de leçons aux autres chefs d’État, et le président donneur de leçons, et de poignées de mains rapprochées, au vulgum pecus, il y a une différence et cette différence, entre autre, c'est la veste.
En-dehors des allocutions présidentielles, c'est en chemise que le président s'adresse à ses sujets, et même, souvent, en bras de chemise.
On nous épargne généralement le moment suspendu où le président « tombe la veste ». J'imagine qu'une petite main (peut-être un garde du corps dédié, genre chambellan de Louis XIV...) récupère l'auguste vêtement juste avant l'entrée dans l'arène, comme l'entraineur reçoit la serviette du boxeur qui va se lancer les poings en avant vers son adversaire.
Je crois d'ailleurs que, pour notre président, chaque rencontre est un combat : séduire, séduire et encore séduire. Menacer, aussi, mais c'est plus discret, parfois...
Cependant, ce n'est pas le goût du « fight » qui explique seul cette particularité vestimentaire. De nos jours, rien n'est laissé au hasard dans la comm', aussi j’émets plusieurs hypothèses.
D'abord, l'aspect impact visuel. La chemise blanche tranche bien sur les costumes sombres des personnes qui entourent notre président : on le voit mieux et il semble bien au centre de l'action.
Ensuite cela fait « peuple ». Comme il ne peut pas se mettre en sweat-shirt quand il va voir le bas peuple, il choisit une solution intermédiaire et qui évite le moment compliqué du changement de vestiaire : enlever sa veste lui permet de rester chic, mais en ajoutant une nuance de décontraction qui le rapproche de ce peuple qu'il prétend rencontrer. Ensuite, il la remet dès qu'il rentre dans sa voiture et, hop ! Le revoilà lui-même.
Mais, de plus, ce tombé de veste semble vouloir indiquer qu'il est au travail : comme il transpire pour nous, notre président ! Quel dévouement ! Quelle abnégation que celle d'un homme qui accepte de se dépouiller de l'or de l’apparat présidentiel pour se donner entièrement à sa tâche !
Et puis la veste, c'est symbolique. C'est celle des contre-maîtres. Lui n'est pas de ce côté, n'est-ce pas ? C'est un homme prés du peuple.
Question : comment fait-il quand il fait froid ou, pire, quand il pleut ? Je pense que le bras de chemise est moins visuellement porteur, dans ces cas-là...
Bref, on peut se demander pourquoi je mets en exergue quelque chose d'aussi insignifiant que la vêture de notre roi-président. Et ce n'est pas pour faire remarquer que celui-ci retourne sa veste : pour retourner sa veste, encore faudrait-il que celle-ci ait un endroit et un envers. Or la veste macronienne possède une infinité de faces. Sa seule cohérence, c'est son incohérence (ce que Raphaël Llorca nomme le Neutre, une coexistence d'opinions contradictoires sans synthèse, in « La marque Macron, désillusions du Neutre » Éditions de l'Aube; voir ici la présentation par l'éditeur). Selon son interlocuteur, selon le moment, selon ce qu'il veut obtenir, la parure de notre président sera différente. Bien malin celui qui croit qu'il sait quand celle-ci est authentique. Peut-être ce dernier se laisse-t-il abuser par l'illusion d'être dans la confidence, tels les courtisans de l'empereur qui applaudissaient à un habit qui n'existait pas, leur soumission se traduisant par le fait qu'ils ne voyaient plus que l'empereur était nu.
Combien sont-ils encore à ne pas voir l'évidence, la manipulation permanente de l'image, du discours et du calendrier, notamment médiatique, avec une succession d'énoncés et de décisions contradictoires, voire opposées?
On comprendra que je suis lasse de ce cinéma permanent, qui abuse encore trop de personnes, y compris des journalistes. Mais je suis surtout inquiète de l'influence que continuent d'avoir les bonimenteurs abreuvés de techniques de marketing, qui parviennent encore à faire croire qu'ils sont seuls capables de gérer la pays, même s'ils ont démontré qu'ils œuvraient en réalité à la destruction de notre État social et à l'augmentation des inégalités.
Ceux-là, oui, c'est vrai, j'aimerais bien qu'ils se prennent bientôt une veste...