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Billet de blog 12 févr. 2016

«Le capitalisme paradoxant, un système qui rend fou»

« Faciliter le licenciement pour réduire le chômage », « Faire plus avec moins », « Il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions », « Améliorer la productivité favorise l'emploi »... Nous n'en sommes plus à un paradoxe prés.

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Le discours gouvernemental, comme le discours public en général, nous abreuve de vérités apparemment évidentes qui dissimulent mal leur absurdité, leur paradoxe, voire les mensonges éhontés qu'ils veulent nous faire avaler. Le paradoxe majeur résidant dans le fait que nous les avalons, ces énoncés, et que nous les répétons, parfois, hélas, comme des perroquets sans âme.
« Le capitalisme paradoxant, un système qui rend fou » de Vincent de Gaulejac et Fabienne Hanique, est, selon moi, un livre majeur en cela qu'il étudie l'envahissement de nos sociétés par des fonctionnements et des modes de communication paradoxaux. Les auteurs s'attachent à décrire ces types de fonctionnements paradoxaux du nouveau capitalisme que nous vivons, et ce, dans les trois registres de la révolution numérique, de la révolution financière et de la révolution managériale, en précisant les liens qui se tissent entre ces trois domaines. Ils montrent comment le management paradoxant du monde, non seulement fait souffrir et rend fou les individus, mais, de plus favorise la soumission des groupes.
La description est limpide, les exemples nombreux, et cela fait du bien de voir analyser ce que nos constatons tous les jours, et qui se traduit par une telle régression de notre société, de notre démocratie, des acquis sociaux etc.
Si les auteurs sont sociologues, ils ont le mérite de faire des ponts avec des disciplines différentes, science politique, finance, psychiatrie... ce qui ouvre le champ de la réflexion.
Tout n'est pas envisagé dans ce livre pourtant déjà très riche. J'aurais personnellement envie d'étendre cette perspective aux principes pédagogiques prévalant désormais dans l'éducation nationale, et qui favorisent une acceptation implicite du paradoxe, ainsi qu'au discours politique et médiatique... Je dévelloperais aussi le questionnement sur les conséquences de ce paradoxe permanent à la désaffection des citoyens pour le vote, et donc au dessaisissement qu'ils opèrent vis-à-vis de la démocratie.
Car le paradoxe, non identifié, conduit à la soumission et à la passivité, ou à la folie (rappelons qu'il a été étudié dans des familles de schizophrènes, où les messages répétés en double-bind semblent favoriser la dissociation psychique). Le passage à l'acte agressif, ce qui pourrait constituer une sortie du paradoxe, étant souvent une voie exclue car se retournant systématiquement contre le sujet qui s'y risque.
Le moindre des mérites des auteurs n'est pas de tenter de répondre à l'interrogation de la sortie du paradoxe.
Vincent de Galaujac et Fabienne Hanique, utilisant et transcendant les savoirs d'autres disciplines, en arrivent à la conclusion qu'il est important, d'abord, d'identifier le paradoxe. En cela, le paradoxe est une technique d'emprise, et comme pour tous les types d'emprise, il convient d'abord d'identifier celle-ci et d'en décrire le mécanisme. Pour cela, ce livre fait œuvre de salubrité publique.
Ensuite, ils précisent les modalités d'adaptation instinctive au paradoxe, entre soumission et révolte. Et ils en proposent une autre : l'acceptation lucide de la réalité du paradoxe, et la recherche d'une solution individuelle, et peut-être collective, pour garder du sens malgré le paradoxe. Accepter le paradoxe pour ne pas le subir, garder en tête la réalité du conflit, au lieu d'aller vers un consensus qui bénéficie toujours à ceux qui ont déjà le pouvoir, notamment celui d'imposer le paradoxe.
J'approfondirai ce point de vue en disant que se retrouver dans un système paradoxant (par exemple, si l'on est soumis dans son travail à des « Il faut faire mieux avec moins » ou « Respectez les normes » et « faites un travail excellent » alors que les normes, décidées pour plus de contrôle ou plus de rentabilité, ne permettent même pas le maintien de l'efficacité professionnelle préexistante) est aliénant et rend malade parce que cela atteint notre capacité de penser. C'est de penser qui libère de cette emprise paradoxale, dont les auteurs se demandent si elle n'est pas l'instrument d'un nouveau totalitarisme. C'est aussi de penser qui pourra nous amener, ultérieurement, je l'espère, à dénoncer le paradoxe, et à retrouver la raison. Puis à agir.
C'est ce que je nous souhaite.

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