Municipales et sénatoriales: deux élections en une

Cela fait des années que je vote, et des années que j’ignore comment est élu le Sénat. Les sénateurs sont représentés, dans l’imaginaire collectif, comme des représentants d’une politique ancienne. Ils seraient forcément de droite, voire réactionnaires, chenus, attachés à leurs avantages plus qu’à l'intérêt des citoyens.

Les sénateurs freineraient la politique (« un train de sénateur ») et empêcheraient les équipes gouvernementales d’agir avec la force de frappe nécessaire, d’où le souhait répété de supprimer cette deuxième chambre « inutile ». Cependant certains, dont moi, restent attachés au bicamérisme, et regrettent que le Sénat ne joue pas à plein le rôle qu’il devrait jouer, rôle de contre-feu aux éventuels débordements d’une Assemblée aux ordres de l’exécutif.
Je savais que l’élection des sénateurs ne se faisait pas au suffrage direct, mais indirect, par les « grands électeurs ». Déjà, cette dénomination donne envie de fuir. En effet s’il y a des grands électeurs, c’est qu’il y en a des petits: comme stratégie marketing auprès des citoyens, c’est moyen… Ensuite, l’élection ne concerne à chaque fois qu’une partie du Sénat (ainsi, en septembre, c’est la moitié du Sénat qui sera renouvelée). Mais ce que j’ignorais, c’est que 95% de ces « grands électeurs » sont les conseillers municipaux, ou des délégués des conseils municipaux. 95% c’est énorme.
C’est la raison pour laquelle je veux alerter sur le fait que les élections municipales sont, non seulement une élection locale, mais aussi une élection nationale, même si tout est fait pour détourner l’attention des électeurs de cet aspect non négligeable de ce scrutin.
En effet, si l’on imagine qu’une grande majorité des citoyens veut empêcher le gouvernement de continuer à détruire nos acquis sociaux et en particulier notre système de retraite, de quelle arme électorale disposent ces citoyens, puisqu’on nous serine que le président et les députés sont élus pour 5 ans et qu’avant la fin de leurs mandats le peuple n’a qu’à accepter les décisions prises par l’exécutif, surtout si celui-ci dispose de la majorité absolue à l'Assemblée? Eh bien, outre les grèves et les manifestations (et toutes les actions inventées par des citoyens imaginatifs) il nous reste la possibilité de changer la couleur du Sénat. Moi, un Sénat de gauche, franchement, j’aimerais. Mais un Sénat avec un nombre de macronistes ridicule ne serait pas pour me déplaire, et, quand même, freinerait la marche en avant destructrice de l’épopée présidentielle, y compris s'il venait à l'idée de notre Président de changer la Constitution.
Je fais l’hypothèse, d’ailleurs, que la dérouillée attendue du parti LREM aux municipales, et donc l’échec annoncé de celui-ci aux sénatoriales de septembre, n’est pas pour rien dans le fait que le gouvernement veut faire passer son abominable projet contre les retraites des français au plus tard en septembre. Même si le pouvoir du Sénat est limité, il a quand même quelque marge d'action. Et si, en plus, d'autres députés marcheurs quittent la navire qui commence à prendre l'eau...
Je conseille donc à tous ceux qui veulent stopper l’avancée de ce projet de loi, qu'ils aient ou non manifesté pour cela, de voter aux municipales pour des gens, futurs maires et conseillers municipaux, qui, outre gérer consciencieusement leur ville, ne vont pas soutenir le pouvoir actuel aux sénatoriales.
Mais il faut être vigilant : vraisemblablement conscients de leur impopularité, les candidats en marche avancent quelquefois masqués pour ces municipales.

 

 

PS : composition du collège des grands électeurs (sur le site du Sénat)
Pour les communes de moins de 9 000 habitants :
- 1 délégué pour les conseils municipaux de 7 à 11 membres
- 3 délégués pour les conseils municipaux de 15 membres
- 5 délégués pour les conseils municipaux de 19 membres
- 7 délégués pour les conseils municipaux de 23 membres
-15 délégués pour les conseils municipaux de 27 et 29 membres
Pour les communes de 9 000 à 30 000 habitants :
- tous les conseillers municipaux sont délégués de droit (29 à 35 membres)
Pour les communes de plus de 30 000 habitants :
- outre les conseillers municipaux, un délégué supplémentaire pour 800 habitants au-delà de 30 000 habitants (élus à la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.