Privatisation des services publics : la catastrophe qui vient ("Catastroïka")

    Parfois, un bon documentaire vaut mieux qu'un long essai. C'est le cas de « Catastroïka » de Aris Chatzistefanou et Katerina Kitidi, qui est en accès libre sur DailyMotion. Les auteurs sont grecs, et ont réalisé déjà le documentaire « Debtocracy ».

CATASTROIKA Version Française sous titrée © desintoxiquezvous
   


Parfois, un bon documentaire vaut mieux qu'un long essai. C'est le cas de « Catastroïka » de Aris Chatzistefanou et Katerina Kitidi, qui est en accès libre sur DailyMotion. Les auteurs sont grecs, et ont réalisé déjà le documentaire « Debtocracy ».

Celui-ci démonte la politique poursuivie par la troïka (Commission Européenne- FMI- Banque Central Européenne) politique que celle-ci entend appliquer à tous les pays qui auraient des difficultés financières nécessitant de l'aide de la communauté européenne.

Le visionnage du film, agréable et sans les effets filmiques dramatisants que son titre pouvait laisser craindre, nous permet de comprendre une chose, qui me semble essentielle. C'est que le but poursuivi par l'oligarchie qui se cache derrière les États pour faire avancer les pions du néo-libéralisme n'est pas, comme on le croit à tort, et comme je le croyais jusque-là, de faire advenir des États-Unis d'Europe encore plus libéraux que les originaux d'outre-Atlantique et ayant perdu, par l'intermédiaire de crises financières successives et de plans de redressements bien calibrés, tout ce qui faisait la richesse du modèle social européen.

Non, si la disparition de la preuve qu'un État peut défendre les enfants et l'instruction de tous, les vieux, les pauvres et les malades et garder un bon niveau de vie n'est sûrement pas pour déplaire à nos financiers mondialisés, je crois que le but est ailleurs, et ce film lève un coin du voile.

Quelle est la trame de ce documentaire ?

Celui-ci consiste en une déclinaison de ce que veut dire le concept de privatisation, tel qu'il est promu par le FMI depuis des décennies, soi-disant pour assainir les finances des pays en difficultés. Même s'il ne fait pas le détour par les pays d'Amérique du Sud, qui ont payé au prix fort les exigences qu'imposait le FMI en contre-partie de son aide, il donne de nombreux exemples de la façon dont ont été menées par les États qui les ont subies, les privatisations imposées soi-disant par des nécessités économiques.

Cela va des chemins de fer anglais, à la privatisation de l'eau italienne, en passant par la privatisation de l'électricité aux US(voir vers à 1h 05, c'est édifiant) en Grèce. A chaque fois, ou presque, on retrouve le même schéma : un pays (mis) en difficulté. Un État qui accepte les conseils d'experts internationaux, ou leurs injonctions conditionnant leur aide, et qui entame donc un processus de privatisation de services publics, en commençant par l'énergie. La désignation d'un organisme chargé de ce travail, lequel va brader les services publics concernés, et accepter une transaction assez spéciale : les bénéfices iront au groupe investisseur, tandis que les frais d'entretien iront à l’État, donc au contribuable. Les coûts augmentent donc pour les citoyens, à la fois par le prix de l'utilisation du service (inflation constante des tarifs) et par les frais de maintenance à la charge de l’État, donc des impôts. C'est la double-peine, qui n'aboutit qu'à un échec, car l'acheteur n'a aucun intérêt particulier à ce que cela marche. En effet, le prétexte d'une libre-concurrence qui favoriserait une efficacité à moindre coût ne fonctionne absolument pas dans les secteurs choisis en priorité pour la privatisation, c'est-à-dire l'énergie, parce qu'il n'y a pas de concurrence : si des groupes se partagent le gâteau, c'est pour mieux s'entendre sur les tarifs …

Résultat, un coût énorme pour la collectivité, des dépenses somptuaires, des pannes... Et, au bout du compte, souvent une re-nationalisation.

 

Si on y réfléchit un peu, c'est normal, et l'un des intervenants le constate dans le film : pourquoi une entreprise dont le seul projet est de faire un maximum de profit serait efficace pour prendre en charge un service dont le projet principal est de répartir une offre équivalente à chaque citoyen, et, ce, à moindre coût pour celui-ci ? Si le citoyen paie moins cher, cela fait moins de bénéfices pour les investisseurs. Comme il s'agit de services où le consommateur est captif, on comprend bien que ce n'est pas ce choix que vont faire les entreprises privées.

Et voilà comment le néolibéralisme, mais aussi la social-démocratie, nous roulent dans la farine depuis des années : la concurrence n'est pas libre et non-faussée, et la privatisation des services publics ne peut se faire qu'aux dépends du public.

Le fait de mettre en avant les privatisations comme une solution au problème de la dette, n'est pas une erreur, mais une contre-information volontaire qui cache un des buts des stratégies de création de dettes d’État : se servir de l'argent public tiré de nos impôts pour enrichir des entreprises que l'éclatement des bulles successives mettrait sans cela à mal.

C'est-à-dire qu'il s'agit de ponctionner l'argent des citoyens pour contre-balancer le fait que le chômage entretenu volontairement, et la gabegie des capitalistes, conduisant à un appauvrissement des populations, diminuent aussi le pouvoir d’achat de celles-ci, et donc les bénéfices des actionnaires.

 

Je conseille dont fortement ce documentaire, clair, bien filmé (la photo est belle). Dans ma présentation, j'ai extrapolé et donné mes conclusions personnelles : mais c'est l'intérêt de ce film qui laisse les questions ouvertes. A chacun de se faire son opinion.

 

 

 

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