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Billet de blog 22 janvier 2012

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Le FBI ferme MegaUpload : "Merci aux gendarmes du Net pour leur soutien aux révoltes des peuples".

Certains esprits chagrins pensent que les efforts déployés par les gouvernements pour empêcher les téléchargements illégaux poursuivraient aussi un autre but, moins avouable, celui de contrôler le Net afin d'empêcher celui-ci de diffuser des vérités dérangeantes pour le pouvoir. Une volonté réactionnaire, donc.Quelle erreur !La fermeture de Megaupload, et l'arrestation de ses dirigeants démontre bien qu'il n'en est rien, et que toutes les stratégies déployées depuis des années ont pour finalité l'inverse, c'est-à-dire cette révolution mondiale que les révolutions arabes semblent avoir amorcée.Je sens que vous ne me croyez pas... Et pourtant...

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Certains esprits chagrins pensent que les efforts déployés par les gouvernements pour empêcher les téléchargements illégaux poursuivraient aussi un autre but, moins avouable, celui de contrôler le Net afin d'empêcher celui-ci de diffuser des vérités dérangeantes pour le pouvoir. Une volonté réactionnaire, donc.
Quelle erreur !
La fermeture de Megaupload, et l'arrestation de ses dirigeants démontre bien qu'il n'en est rien, et que toutes les stratégies déployées depuis des années ont pour finalité l'inverse, c'est-à-dire cette révolution mondiale que les révolutions arabes semblent avoir amorcée.
Je sens que vous ne me croyez pas... Et pourtant...
Prenons un téléchargeur illégal et impénitent, un fou de séries qui se jette sur les derniers épisodes bien avant que ceux-ci ne soient en vente, qui guette les blockbusters dès qu'il peut en trouver une version piratée, et qui regarde en boucle de vieux films cultes qu'il connaît par cœur, mais qu'il n'a jamais payés. Notre téléchargeur, une fois sorti de son travail ou de son temps d'étude, reste rivé devant son écran à regarder les images qui bougent dans le poste et qui vivent une vie dont il ne connaît que le reflet virtuel. Le reste du temps, cet individu écoute en continu, et sans vergogne, des morceaux de musique sans en payer les droits d'auteur, quand il ne passe pas des heures sur des réseaux sociaux(mais ça, c'est encore légal).
Notre téléchargeur, on le voit rarement dans les rues, ou alors branché à ses écouteurs, l'air gentil, mais le regard vague. Souvent, mais pas toujours, il est jeune, et il a l'impression de rouler la société parce qu'il ne paie pas, ou  peu, ses téléchargements.
En fait, il est fait comme un rat, piégé par ces images, dépendant de la bouillie qu'on lui sert depuis son plus jeune âge, et ne sachant plus évaluer le temps de sa vie qu'il perd devant des écrans, à consommer de la fiction.
Il est fait comme un rat ?
Non, il l'était !
Car le FBI et Hadopi vont réussir là où des millions de parents, d'éducateurs et d'enseignants ont échoué : ils vont réussir à faire décrocher les addicts au virtuel.
Tous les professionnels s'occupant d'addiction le savent : pour être efficace, un sevrage doit être total. En ce sens, la thérapie du FBI semble la meilleure : plus rien, du jour au lendemain. Il n'en fallait pas moins pour que les dépendants reçoivent le choc qui pouvait leur permettre de prendre conscience de leur dépendance, et d'y réagir de la meilleure façon possible. Espérons seulement que des solutions de contournement ne soient pas trouvées trop vite...
Alors, la révolution ? Quel rapport ?
C'est simple, et qui milite un peu aura probablement compris où je veux en venir. Qui n'a pas constaté que les mouvements d'opposition actuels, même ceux qui s'opposent vraiment, voient leur moyenne d'âge dangereusement augmenter. J'admire beaucoup Stéphane Hessel, son courage et sa démarche. Mais, s'il est attendrissant de constater que les anciens résistants ou soixante-huitards défilent encore quand ils trouvent que trop c'est trop,  cela ne suffit pas à masquer le fait qu'une grande majorité des jeunes, peu concernée par la réalité, et donc par la lutte, reste à la maison devant son écran. A regarder, entre autre, des séries américaines encourageant peu, et c'est une litote, à la réflexion politique et à la prise de conscience.
Alors, voilà que, dans un bel élan, les USA, par le biais de ses instances judiciaires, viennent de faire d'une pierre deux coups, et même trois. Mais des coups marqués par la partie adverse, c'est-à-dire ceux qui qui pensent qu'il est urgent de s'opposer activement au néolibéralisme.
Le premier effet, cela va être d'obtenir le sevrage brutale d'un nombre incalculable de jeunes personnes. Et, même si l'on peut supposer que certains vont vite retrouver des solutions informatiques à ce problème et vont pouvoir à nouveau télécharger en paix, d'autres vont pouvoir profiter de cette occasion pour sortir de l'engrenage, et commencer à reprendre pied dans la vraie vie. Bienvenue à eux.
Cela nous amène au deuxième avantage : ces nouvelles recrues de la réalité, enfin dégagées du virtuel, que vont-elles faire ? Peut-être, on l'espère, vont-elles se mettre à discuter davantage, à lire, et, même, sait-on jamais, à réfléchir.
Et nous allons là toucher à mon troisième et dernier point : quel va être leur sujet de réflexion, à nos jeunes sauvagement sevrés ? Sur qui risque de se focaliser leur colère si fréquente à l'orée de l'âge adulte, réactivée par la brutalité de leur manque ? On le comprend aisément : leur ire va probablement se fixer sur ceux-là même qui les ont privés du doux lait de la fiction perpétuelle, leur maman télévisuelle toujours présente jusque-là et qui leur envoyait une image si prévisible. Ou qui leur occupait l'oreille en permanence avec des berceuses téléchargées. Ils risquent d'être à la fois, furieux du fait de leur privation, et rancunier pour avoir été mis en état de dépendance.
Et voilà comment on gâche, mais ce ne peut être que volontaire, des décennies de conditionnement à la passivité et à l'endormissement.
A ce stade, personne ne peut dire si la libération en masse de jeunes gens en colère, au moment où les peuples de tous les pays souffrent et sont sur le point de souffrir davantage, est le fruit d'une infiltration des instances gouvernementales par des indignés masqués, ou s'il s'agit d'un billard à plusieurs bandes dont l'intérêt pour le pouvoir peut sembler obscur.
Ce que l'on peut noter, c'est que la réaction immédiate, et importante, des Anonymous, semble démontrer que mon point de vue, quoique ne prétendant pas être autre chose qu'une fiction peut, éventuellement, rencontrer quelque point de réalité...
Merci qui ?

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