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Billet de blog 22 juillet 2018

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Crise de régime... de bananes...

Crise de régime... de bananes ! De peaux de bananes, plus exactement. Depuis le temps qu'on l'espérait, l'accident qui allait faire trébucher notre Jupiter national, on n'osait pas espérer que lui-même serait l'instrument de son propre vol plané avant chute finale (« C'est la chuuuteee finaaaleee ! »).

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On est souvent puni par là où on a péché : nous sommes nombreux à avoir constaté l'évolution de cette Présidence vers de plus en plus de bonapartisme, et la diminution progressive et déterminée de l'influence des corps intermédiaires et des oppositions (que la réforme constitutionnelle en cours allait graver dans le marbre par l'affaiblissement du Parlement) ainsi que quelques actions plutôt musclées lors de manifestations. Donc, le fait qu'un chargé de mission, hors cadre statutaire, semble avoir eu un rôle de sécurité rapprochée auprès du Président et de son épouse, et paraît s'être servi de cette fonction pour casser du manifestant, n'est peut-être pas complètement surprenant. Ce que l'on a appris depuis sur ce conseiller du Président et les "privilèges" dont il bénéficiait l'est davantage. De même que la soumission supposée des forces officielles de police à ce proche de la Présidence.

Certains des commentateurs estiment que le problème, c'est que le dérapage a été reconnu mais pas assez sanctionné, et surtout qu'il a été couvert vis-à-vis de la justice. La question serait donc celle du "fait du Prince". Certes, mais selon moi le problème est aussi celui de la dissimulation du pouvoir octroyé à un individu, ou à un petit groupe d'individu, par un Président qui avait fait de la transparence un argument majeur de sa campagne. Or, c'est l'inverse qui s'est passé, et le macronisme semble s'être, dès le début, dangereusement rapproché d'un exercice opaque des responsabilités : selon moi, Emmanuel Macron a sciemment minimisé, dès sa campagne, ses liens avec le pouvoir capitaliste, dont la banque, et ses choix politiques néo-libéraux. Un certain nombre d'entre ses électeurs ont réellement cru élire un Président de gauche, simplement plus jeune et plus malin que son prédécesseur, alors qu'il s'était fait soutenir, pour sa campagne, par des grands patrons ( "Galaxie Macron, qui sont ses soutiens"  , "Macron est-il trop l'ami des patrons ?").

Pour moi, le phénomène Macron a comme noyau central un mensonge, mensonge qui a passé d'autant plus facilement que :

  • les autres sont des menteurs aussi

  • il ment comme quelqu'un pour qui la vie fonctionne selon une logique commerciale. Savoir se vendre, et savoir vendre, dans le monde d'où il vient, la banque, est vital.

Le mensonge en politique et le mensonge en économie ne sont pas équivalents, même si, désormais, ce sont les mêmes agence de communication qui conseillent dans ces deux champs. Quelle est la différence ? C'est que, si l'on a été trompé sur la marchandise, en commerce, on n'a en général que ses yeux pour pleurer. Il a fallu des années pour que Goldman Sachs soit verbalisé pour s'être assuré contre ses clients. Quelqu'un qui essaie de vous faire acheter quelque chose en espérant y gagner un maximum n'est pas, a priori, un philanthrope (et quand on me dit, à l'aube d'une décision importante « Je vais demander à mon banquier » je me dis que ce n'est pas demain que les moutons vont arrêter de se faire tondre... ). On le sait, et on en tient plus ou moins compte, sachant qu'on peut toujours, en principe, acheter ailleurs.

Alors qu'en politique, si tout le monde ment pour essayer de se faire élire et pour conserver le pouvoir, il suffit que les électeurs choisissent de vous boycotter et tout est fini. Du moins, tant que l'on n'est pas encore en dictature (et encore « Pourquoi les dictatures finissent toujours par s'effondrer »...). Donc il faut arriver à mentir, une fois au pouvoir, d'une façon qui fait que ceux à qui on ment soient contents quand même. Ce qui oblige à tenir compte de l'avis de ses administrés : pas seulement pour maintenir la séduction initiale, mais aussi pour continuer à conquérir des publics (puisqu'ils y en toujours qui lâchent) malgré une politique qui n'est pas toujours à l'avantage de la population, ce qui est le cas aujourd'hui, où le gouvernement met en œuvre à marche forcée une politique libérale pro-finance et détruit notre système social redistributif.

Ceux qui savent gouverner savent donc que, malgré tout, et même malgré leur éventuel mépris pour la populace, il faut garder un équilibre pour éviter que ceux à qui on a menti ne se réveillent et ne fassent, réellement, entendre leurs voix un jour. Il faut donc "écouter le peuple" et pas juste faire semblant de la faire.

Mais, et c'est peut-être comme cela que l'on peut analyser ce qui se passe en ce moment, les idéologues ne peuvent pas avoir ce recul, ni accepter d'agir contre leurs convictions. Eux, il faut qu'ils aillent au bout de leurs idées, point. Leur pragmatisme n'est que de façade. Donc ils ne tiennent pas compte des signaux émis par le peuple, puisque pour eux, par définition, celui-ci a tort.

Ils se bornent à user encore et toujours des stratégies de communication concoctées par ceux qui les ont amenés au pouvoir, comme si c'étaient ces derniers qui dirigeaient à leur place ( « Les gourous de la comm » et "Les gourous de la comm dérapent"). Moyennant quoi, il n'y a plus de politique, il n'y a que de l'enfumage qui se voit de plus en plus. Dans l'affaire Benalla, effectivement, c'est la suite de petits mensonges, proférés par ceux qui sont censés nous éclairer, qui a fait de cet incident regrettable une affaire d’État. Et maintenant, c'est le silence du chef de l’État, lequel est si prompt d'habitude à donner des leçons de moralité au monde entier ( d'un collégien à un Président ) qui éclaire sur une responsabilité qu'il veut minimiser en se taisant.

Mais, dans la mesure où le gouvernant d'un grand pays est justement celui qui assume les conséquences de ses choix devant le peuple, la différence entre le discours habituel « J'assume... » et la réalité de la débandade à la première anicroche un peu sérieuse, montre bien que gouverner ne peut se résumer à remplir les poches des possédants et obéir aux dictats de la commission européenne. Et on peut légitimement se poser la question de la réponse présidentielle s'il s'agissait d'une véritable crise internationale...

Il me semble légitime de s'interroger sur ce silence, en particulier sur sa fin.

En effet, la mutité présidentielle n'est forcément que temporaire et je pense que nous allons avoir d'ici peu de temps un discours à la fois ferme et contrit, accompagnant des mesures de rétorsion sur certains protagonistes dans le but de démontrer que notre Président « assume » : en l'occurrence il assumerait de désigner des responsables, pour des choix qu'il a peut-être fait seul.

Mais on a dû lui dire qu'il valait mieux laisser tomber la pression en disparaissant momentanément des écrans : c'est l'été, les vacances, il y a le tour de France, etc.

Peut-être même, dans la mesure où cette crise est majeure, qu'on est en train, en haut lieu, de chercher quel contre-feu allumer. Observons Donald Trump, accusant le FBI ou la CIA ( "Enquête russe : Trump accuse la CIA de l'ère Obama") ou les démocrates alors que c'est lui qui a bénéficié de l'ingérence russe. Repensons à Clearstram.

N'y a-t-il pas, en ce moment, des communicants qui cherchent comment détourner l'attention de l'opinion publique ? Que cherchent-ils ?

Il y a bien les disparitions d'enfant. Voilà un sujet qui touche au cœur, et parvient à mobiliser pendant plusieurs jours l'opinion publique qui tend à oublier le reste, hélas (pensons à "l'affaire du petit Gregory")... Mais il faut bien choisir puisque, heureusement, la plupart des enfants sont retrouvés rapidement : "Près de 50000 enfants disparus par an en France et des familles démunies-Libération"

Il y a les attentats, mais là, ce n'est pas prévisible, sauf à le créer...

Il y a donc le plus probable : une autre affaire, soit touchant au sexe (ça marche toujours), soit concernant de la corruption ou des « arrangements entre amis », voire pire, apte à mobiliser la fascination des citoyens pour la turpitude de nos élites. Une affaire complexe serait idéale, avec une succession de révélations contradictoires où l'on ne saurait pas bien qui est coupable et qui est victime. Mais il faut un peu de temps et d'investigation pour trouver le sujet...

Messieurs-dames du story-telling et de la manipulation des foules, à vos claviers...

Nous, en attendant, nous allons observer la farce à venir, et essayer de ne pas nous faire manipuler encore une fois, tout en regardant tous ces champions de l’esbroufe glisser sur des peaux de bananes. Chiche ?

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