Toucher les très riches à l'endroit sensible

Débat passionnant lors du festival de Mediapart « « Gilets jaunes » : le long bouillonnement de la société », et qui aurait pu durer des heures, tant sont rares les occasions de parler vraiment du mouvement des Gilets jaunes, d'en évoquer les causes dans la gestion politique de nos dirigeants, et de réfléchir à la façon dont peut évoluer ce mouvement.

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Oui, c'était passionnant et, pourtant, je suis restée sur ma faim, peut-être surtout parce que je n'ai pas pu évoquer mon propre point de vue sur l'issue du mouvement. C'est la raison pour laquelle je saisis mon clavier pour, vite, apporter ma petite contribution à ce débat.

Cela a commencé par une flamme bleue, jolie, au demeurant, mais qui a recouvert en un instant mon ordinateur, pourtant branché sur une prise spéciale censée le protéger des variations de tension. Et puis plus rien. Mon ordinateur fixe s'est ainsi immolé par le feu il y a quelques mois. Bonne occasion, me dis-je alors, de m'offrir un modèle récent d'une marque haut-de-gamme, à l'image sublime et à la fluidité délicieuse, un prodige de technologie. Ce modèle a un coût mais, quand on aime, on ne compte pas. Donc je provisionne pour pouvoir acquérir l'objet de ma... flamme.

Mais ça, c'était avant. Avant les Gilets jaunes. Du jour où j'ai compris pourquoi des automobilistes mettaient leur gilet de sécurité sous le pare-brise (j'avoue qu'au début j'avais cru à une exigence supplémentaire de notre démocratie normalisatrice et ubuesque, ce qui commençait à m'irriter ) et, surtout, du jour où j'ai commencé à arpenter le macadam par solidarité avec la France qui ne veut plus souffrir pour les très riches, ma vision de mon propre consumérisme a changé.

Parce qu'ils sont forts, ces géants du CAC 40, pour nous conduire à alimenter leurs richesses. Or ces richesses, outre qu'elles sont indécentes et qu'elles ne ruissellent pas du tout sur les citoyens, servent de plus à ceux qui en jouissent à augmenter encore leur pression sur ces mêmes citoyens en favorisant l'élection de candidat à leurs bottes. Ensuite ces candidats, une fois élus, vont enrichir encore les 1% et attaquer peu à peu tous les fondements de la démocratie afin de diminuer le pouvoir du peuple et les principes redistributifs, dans le but d'obtenir, in fine, ce que l'on pourrait appeler une dictature financière mondiale, sous masque démocratique. Je ne désigne personne nommément, mais je pense que des exemples de ce mode de fonctionnement vont venir facilement au lecteur. Ainsi que la façon dont une "démocratie" peut développer des outils se rapprochant d'une dictature, au nom-même de ces principes démocratiques qu'elle est en train de bafouer (ceci dit, les sanglantes Républiques soi-disant démocratiques et populaires du XXième siècle avaient montré la voie...).

D'où vient le pouvoir des multinationales ? De leur argent. Et d'où vient leur argent ? Du fait qu'elles vendent des objets, ou des services, et que les citoyens les achètent.

A-t-on vraiment réalisé la marge d'action énorme que nous avons par nos actes d'achats ? Alors, certes, le système est tellement au point que nous sommes soumis à tout un tas d'achats contraints, et de plus en plus contraints d'ailleurs, comme la mise en place d'un contrôle technique aboutissant à racheter une voiture, alors que celle que l'on a marche encore correctement, le montre de façon évidente. Mais pour notre espace de liberté de consommateur (en tout cas, pour ceux qui ont un espace de liberté dans leur achat, et je sais que cela concerne de moins en moins de monde) il existe le choix d'un achat social, d'un achat « Gilet jaune », comme d'essayer de privilégier les entreprises qui paient leur impôt en France et/ou, celles qui traitent bien leurs salariés, et qui fonctionnent le plus possible en local, et qui respectent l'environnement... Et pour cela, il est important de réaliser à quel point on est soumis à la tentation de la publicité, afin de se dégager de cette emprise.

Ainsi, après des semaines d'hésitation, j'ai fini par acheter un PC d'occasion, petit mais robuste, et qui fait le job. De la sorte je ne favorise pas de nouvelles extractions de terres rares, de nouveaux transferts de biens de consommation sur un porte-conteneurs polluant et, surtout, je n'ai pas apporté mon obole (ma grosse obole) à une grosse boîte qui s'arrange pour payer le moins d'impôts possible en France. Et cela me fait plaisir.

Mon acte, isolé, n'a ni sens ni effet. Mais imaginons que nous soyons nombreux à faire ce type de choix ? Et, pour cela, imaginons un ou des sites donnant le genre d'informations qui pourraient guider notre choix (imposition, impact environnemental, politique de l'emploi et du management, etc.). Imaginons que le choix d'achats raisonnés fasse boule de neige. N'y aurait-il pas un risque, pour certains qui se sentent, jusque-là tout-puissants, de voir leur puissance financière, et donc leur pouvoir, diminuer ? Et cela ne serait-il pas bien davantage de nature à modifier la donne que d'arpenter les rues de nos villes en risquant de se faire éborgner ?

En tout cas, moi c'est mon choix (même si je vais poursuivre mes déambulations du samedi). Et si cela ne constitue pas, bien sûr, le seul outil à la portée des citoyens, cela représente cependant un levier qui me semble fondamental.

Tant il peut être nécessaire, parfois, d'utiliser la force de l'adversaire contre lui.

 

 

 

 

 

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