L'abstention sied à Macron

Peu avant chaque élection fleurissent sur les forums les déclarations annonçant la future abstention de leur auteurs, ainsi que les raisons de cette abstention, voire un appel à cet exercice d'hara-kiri citoyen que constitue, selon moi, l'abstention. Parfois le fait de trolls politiques, ces annonces sont souvent authentiques et dignes de respect.

Cependant, il y a de fort bonnes raisons d'apporter un contrepoint à ces positionnements revendiqués, notamment le respect dû à l'acquis démocratique que représente l'élection au suffrage universel, acquis qui a nécessité des siècles de lutte.

Mais, parmi toutes les raisons de lutter contre l'abstention, je n'en présenterai ici qu'une : la raison mathématique.

Les potentiels électeurs qui décident de s'abstenir ont, souvent, l'impression que leur geste d'abstinence électorale, multiplié au niveau du cortège électoral, va permettre au pouvoir sortant dont on a de bonnes raisons de penser qu'il va encore sortir en tête du scrutin, de comprendre qu'il est élu avec peu d'électeurs puisqu'un grand nombre de ceux-ci sont restés chez eux dans le but de le désavouer publiquement.

Dans l'idée, pourquoi pas ? Si, après chaque élection, le parti élu reconnaissait n'avoir été élu que par un nombre réduit de votants, et tenait donc compte du fait qu'il est loin de représenter la moitié des français, cela pourrait s'entendre. Mais l'attitude d'E. Macron depuis son élection, et sa réaction au plus vaste mouvement d'opposition populaire que la France a vécu depuis des décennies prouve que ce n'est pas comme ça que ça se passe.

En effet la réalité prouve que ce qui est seriné, c'est le pourcentage de votants. Un exemple dans cet article de France-info « Quatre chiffres qui montrent que l'élection d'Emmanuel Macron n'est pas si écrasante » évoquant les résultats des élections Présidentielles de 2017 : on n'y parle que de pourcentages. Ce qui élimine les abstentions et les votes blancs de la discussion. Ainsi, Emmanuel Macron, au deuxième tour de la Présidentielle, a certes été élu avec 66,10 % des voix face à Marine Le Pen, mais il a été élu, surtout, par 20 743 128 français, ce qui est très peu. Et c'est bien le côté ridicule de ce chiffre qui fait qu'on le cache, et qu'on le dissimule sous des pourcentages flatteurs.

Donc, les abstentions disparaissent des compteurs, c'est un fait, et cet acte de rébellion individuelle, même s'il devient un phénomène collectif, ce qui est souvent le cas, est superbement ignoré ensuite, non seulement par celui qui est élu, mais aussi par les médias mainstream.

Mais il y a une autre raison mathématique qui devrait faire réfléchir l'abstentionniste : c'est que son abstention augmente le score de celui qui arrive en tête.

Prenons l'exemple des Européennes, élections en un tour et à la proportionnelle.

Si l'on extrapole le résultat des sondages et qu'on imagine un score de 22% pour la liste LREM. Extrapolons aussi que les abstentions puissent être de 40%, et que dans ces abstentionnistes une grande majorité est contre le Président et son gouvernement. Et imaginons un deuxième type de scrutin où ces abstentionnistes décident de voter et donc votent pour n'importe quelle autre liste que LREM.

Sur 100 votants, 22 pour LREM, donc un score de 22% dans le premier cas.

Sur 140 votant, 22 pour LREM, donc un score de 15,71% dans le deuxième.

Goûtez la différence...

Certes, pour faire ce calcul grossier, je suppose que LREM fait déjà le plein de ses voix dans les sondages où cette liste est créditée de 22%. Mais je pense que je ne suis pas loin de la vérité tant l'abstention est un acte de défiance, de refus, parfois d'indifférence, mais rarement le fait de quelqu'un qui serait d'accord avec le pouvoir mais ne le soutiendrait pas alors que ce dernier est en difficulté.

Donc pensez-y, vous qui êtes tentés par l'abstention :

D'abord, la ou les listes en têtes n'évoqueront jamais votre nombre.

Mais surtout, vous allez faire, par votre silence électoral, artificiellement gonfler le pourcentage des électeurs du groupe en tête.

Est-ce vraiment cela que vous voulez ?

Je rajouterai juste un mot sur le « vote utile ». Oui, comme je viens d'essayer de le démontrer, voter est utile, je considère même qu'il est plus qu'indispensable au moment où nous en sommes de notre histoire nationale, à cause des décisions urgentes qui doivent être prises concernant l'évolution de notre société, la survie de la planète et la question fondamentale de savoir si l'on veut que les plus riches continuent de s'enrichir sur le dos des 99% et de détruire nos systèmes redistributifs et nos services publics pour favoriser toujours plus le Capital.

Donc voter est utile, mais il n'est pas nécessaire de se compromettre avec un parti qui ne partage pas nos valeurs. Cela n'a aucun sens de donner sa voix, par exemple au RN, si l'on n'en partage pas le projet. Par exemple, pour diminuer le pourcentage de LREM, toute voix qui va à une autre liste n'ira pas au parti d'E. Macron. Si l'on veut que ses opinions soient défendues au Parlement Européen, il vaut mieux voter pour une liste qui est censée faire plus de 5% des voix, mais si l'on préfère être fidèle à ses idées, on peut voter pour une petite liste : cela diminuera de toute façon le score des deux qui virent en tête.

En espérant avoir convaincu quelques indécis, je souhaite à tous « bon vote ! » pour dimanche !

 

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