Guillaume m'écrit

La SNCF est mon amie. Les cheminots aussi. Et le service public en général, c'est ce qui, pour moi, reste encore de la démocratie sociale dont je me rends compte que je l'aimais tant maintenant que nous sommes en train de la perdre.

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Ainsi donc, Guillaume PEPY, Président du Directoire de SNCF et PrésidentDirecteur Général de SNCF mobilités (les erreurs de typo sont dans le texte) m'écrit à moi, usagère lambda, même pas abonnée, juste titulaire d'une carte de réduction. Je pense que je devrais être flattée.

Pourquoi m'écrit-il, Monsieur PEPY, dans le chez-moi de ma boîte mail ? Une fois passée la colère liée à la démarche propagandiste, je relis la missive. Bon, c'est bien de la bonne grosse classique et dégoulinante propagande. Moi, usagère de la SNCF, je vivrais forcément très mal les grèves des cheminots (non nommés). Mais heureusement Guillaume P, dans sa grande mansuétude, et son immense magnanimité, me couvre de cadeaux : les méchants grévistes nous font perdre du temps et de l'argent ? Heureusement, la direction est là pour nous proposer nombre de réductions sur les services dont nous aurions besoin, y compris sur les cartes de réduction (il y en a tant, de cadeaux, que cela sonne comme un encouragement involontaire à la grève !).

C'est gentil, Guillaume (permettez-moi de vous appeler par votre prénom, ce que votre courrier me semble autoriser), de m'offrir une réduction que je n'ai pas demandée. Mais tant qu'à faire, et puisqu'il semble qu'il y ait de l'argent pour ça, j'aimerais autant que l'on paie les journées de grève aux cheminots et que l'on ne compte pas des jours de repos en jours de grève.

Mais, surtout, j'aimerais que l'on cesse de nous prendre pour des cons.

Si cette grève continue et si, effectivement, elle pénalise les usagers et les grévistes, c'est parce qu'elle dure depuis deux mois, malgré ce qu'il en coûte aux grévistes. Et si elle dure depuis deux mois c'est parce que ni la direction ni le gouvernement n'ont ébauché l'ombre d'une véritable prise en compte des desiderata des cheminots, et, notamment et surtout, de ceux concernant le refus de la privatisation de la SNCF.

Et ça, Guillaume, c'est de votre responsabilité, à vous tous, dirigeants et politiques, de poursuivre cette politique de destruction des services publics. Ou pas. Donc, les responsables de cette grève, ce ne sont pas les cheminots, mais bien les initiateurs de ce projet, c'est-à-dire le gouvernement, et ceux qui vont dans leur sens, qui tous continuent à faire les sourds malgré les mobilisations, grèves et manifestations.

Et dans leur combat, les grévistes et les cheminots non grévistes qui les soutiennent (la majorité des salariés de la SNCF, comme l'a prouvé le vote-action récent) sont la pièce avancée d'une grosse partie de la population des français, dont moi, qui est fermement opposée au démantèlement de notre État social. A force de répéter qu'il s'agit de minorités radicales, passéistes, anti-réformes etc. vous avez fini par le croire ?

C'est une erreur. Nous sommes nombreux à les aimer, nos services publics, et nous les défendrons. Et si le gouvernement continue de ne pas entendre le message, il va falloir crier plus fort. Parce qu'on ne gouverne pas contre ses citoyens, à moins d'être en dictature...

Espérons que ceux qui soufflent à l'oreille du Président le ramèneront à moins d'idéologie et de stratégie du passage en force et à plus de... pragmatisme.

Je dis merci aux cheminots de se battre pour mon service public.

 

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