Désolé, l'administration s'est trompée...

Ils n'ont pas toujours internet, pas souvent le temps ni les moyens de faire connaître leurs difficultés. Parfois, ils sont allés sur des ronds-points. Leur vie est de plus en plus difficile. On les taxes de profiteurs, alors que ce sont les victimes du système. Et, parfois, une goutte d'eau peut les faire basculer du côté de la catastrophe.

Appellons-là Adelina. Elle est venue en France il y a plusieurs décennies, avec son mari et ses jeunes enfants, quittant son Portugal natal pour vivre une vie plus heureuse. Après avoir travaillé en Allemagne et en Suisse la famille s'est installée en France, plus prés des leurs restés au pays.
Et puis les malheurs sont arrivés, maladie de son fils, puis, il y a une dizaine d’années, mort de son mari. Elle a travaillé encore plus dur pour joindre les deux bouts. Adelina fait le ménage, chez plusieurs personnes, enchaînant les heures avec vaillance et les déplacements en bus pour aller d'un lieu de travail à l'autre.
Et puis l’heure de la retraite a sonné. Enfin, elle a sonné longtemps avant de pouvoir être effective, puisqu’il a fallu reconstitué une carrière dont une partie avait été faite à l’étranger. Ceci dit, cela n’a pas dû être trop difficile puisque, en dernier ressort, en cumulant sa part de retraite et la pension de réversion de son mari, elle devait toucher 242 euros. Je mets ça à l’imparfait, puisque il a fallu des mois pour qu’elle touche réellement cette somme. Cela l’a conduite à continuer à travailler encore pour simplement vivre et payer son loyer. Ce qui a repoussé encore le versement de sa retraite.
Enfin, depuis quelques mois, elle touche ce pactole mensuel, qui est complété de l’allocation logement. En tout, 492 euros, moins que son loyer. Elle devrait toucher un complément de retraite qui a été demandé et qui, là aussi, met des mois à venir.
Donc Adelina continue de faire le ménage chez une partie de ses anciens patrons pour compléter ses revenus. Cela lui permet de survivre avec environ 780 euros par mois.
Bien entendu, Adelina n’est pas imposable et ce, depuis la mort de son mari.
Mais voila que l’administration française, tel le fléau d'une justice aveugle, et par le biais d’un prélèvement bancaire inopiné, vient déséquilibrer le maigre budget d’Angelina. Un jour, en effet, elle constate que son compte est en négatif sans raison. Sa banquière lui explique que ce sont les finances publiques qui ont effectué un prélèvement de 131 euros. 131 euros en moins, sur la somme qui lui reste après tous les prélèvements contraints, c’est tout simplement impossible à intégrer. Et, en plus, elle n'est pas imposable. Elle pense donc à une erreur qui va être réparée, mais, le mois suivant, même chose.
La voilà donc partie au centre des Impôts. Arrivant à l’heure d’ouverture, 8h30, elle est surprise du nombre de personnes attendant devant la porte. Elle passe finalement vers 10 heures, mais ne se plaint pas de cette attente « Il y avait beaucoup de monde ».
La personne qui la reçoit trouve trace du prélèvement, qu’elle commence à justifier. Mais Adelina s’offusque, rappelle qu’elle est non imposable, qu’elle a reçu son avis de non imposition, etc. In fine, la représentante de l’administration convient qu’elle a raison : elle n’aurait pas dû être prélevée, c’est une erreur de leurs services. Ouf !
Mais non, dans le monde des finances publiques ce n’est pas si simple. La préposée fait le nécessaire pour faire cesser le prélèvement injustifié, mais lui conseille de vérifier ses comptes pour s’assurer quand même qu’elle ne sera pas prélevée les mois suivants. Et l’informe qu’elle sera remboursée en 2020, au premier trimestre ou peut-être après qu’elle ait fait sa nouvelle déclaration de revenus.
Là, c’est le coup de grâce. L’administration se trompe, lui prend un argent indu, et la remboursera au mieux dans quelques mois, au pire dans un an…
Adelina exprime, avec politesse, son mécontentement. Dit qu’elle ne peut pas vivre avec si peu. Son interlocutrice dit qu’elle va faire de son mieux.
Heureusement Adelina n’est pas isolée, un de ses employeurs interviendra avec elle pour activer le remboursement de ces prélèvements si celui-ci ne s’effectue pas rapidement, et elle sera soutenue si ses finances sombrent. Mais elle, elle est inquiète : si elle n'est pas remboursée elle ne pourra plus payer son loyer. Et si elle ne peut pas payer son loyer... Ses yeux s'humectent en envisageant cette possibilité.
Adelina a 67 ans. Elle a toujours travaillé et elle travaille encore.

Moi, je m’interroge. Il paraît que le paiement à la source s’est passé sans problème.
Vraiment ?

Et que gagnerait Adelina avec une retraite par points?
Quant à cette question du remboursement différé de sommes prélevées indûment aux usagers et sans les en informer à l’avance, cela ressemble fort à du racket, touchant dans ce cas la partie la plus faible de la population, âgée et aux faibles revenus.
Si l’erreur constatée est, non pas exceptionnelle, mais structurelle, quelle aubaine pour les finances de la France !

Bernard Tapie a-t-il remboursé, lui, sa dette de 400 millions aux finances publiques ?

 

 

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