Liliane Baie
Abonné·e de Mediapart

184 Billets

17 Éditions

Billet de blog 31 oct. 2019

Désolé, l'administration s'est trompée...

Ils n'ont pas toujours internet, pas souvent le temps ni les moyens de faire connaître leurs difficultés. Parfois, ils sont allés sur des ronds-points. Leur vie est de plus en plus difficile. On les taxes de profiteurs, alors que ce sont les victimes du système. Et, parfois, une goutte d'eau peut les faire basculer du côté de la catastrophe.

Liliane Baie
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Appellons-là Adelina. Elle est venue en France il y a plusieurs décennies, avec son mari et ses jeunes enfants, quittant son Portugal natal pour vivre une vie plus heureuse. Après avoir travaillé en Allemagne et en Suisse la famille s'est installée en France, plus prés des leurs restés au pays.
Et puis les malheurs sont arrivés, maladie de son fils, puis, il y a une dizaine d’années, mort de son mari. Elle a travaillé encore plus dur pour joindre les deux bouts. Adelina fait le ménage, chez plusieurs personnes, enchaînant les heures avec vaillance et les déplacements en bus pour aller d'un lieu de travail à l'autre.
Et puis l’heure de la retraite a sonné. Enfin, elle a sonné longtemps avant de pouvoir être effective, puisqu’il a fallu reconstituer une carrière dont une partie avait été faite à l’étranger. Ceci dit, cela n’a pas dû être trop difficile puisque, en dernier ressort, en cumulant sa part de retraite et la pension de réversion de son mari, elle devait toucher 242 euros. Je mets ça à l’imparfait, puisque il a fallu des mois pour qu’elle touche réellement cette somme. Cela l’a conduite à continuer à travailler encore pour simplement vivre et payer son loyer. Ce qui a repoussé encore le versement de sa retraite.
Enfin, depuis quelques mois, elle touche ce pactole mensuel, qui est complété de l’allocation logement. En tout, 492 euros, moins que son loyer. Elle devrait toucher un complément de retraite qui a été demandé et qui, là aussi, met des mois à venir.
Donc Adelina continue de faire le ménage chez une partie de ses anciens patrons pour compléter ses revenus. Cela lui permet de survivre avec environ 780 euros par mois.
Bien entendu, Adelina n’est pas imposable et ce, depuis la mort de son mari.
Mais voila que l’administration française, tel le fléau d'une justice aveugle, et par le biais d’un prélèvement bancaire inopiné, vient déséquilibrer le maigre budget d’Angelina. Un jour, en effet, elle constate que son compte est en négatif sans raison. Sa banquière lui explique que ce sont les finances publiques qui ont effectué un prélèvement de 131 euros. 131 euros en moins, sur la somme qui lui reste après tous les prélèvements contraints, c’est tout simplement impossible à intégrer. Et, en plus, elle n'est pas imposable. Elle pense donc à une erreur qui va être réparée, mais, le mois suivant, même chose.
La voilà donc partie au centre des Impôts. Arrivant à l’heure d’ouverture, 8h30, elle est surprise du nombre de personnes attendant devant la porte. Elle passe finalement vers 10 heures, mais ne se plaint pas de cette attente « Il y avait beaucoup de monde ».
La personne qui la reçoit trouve trace du prélèvement, qu’elle commence à justifier. Mais Adelina s’offusque, rappelle qu’elle est non imposable, qu’elle a reçu son avis de non imposition, etc. In fine, la représentante de l’administration convient qu’elle a raison : elle n’aurait pas dû être prélevée, c’est une erreur de leurs services. Ouf !
Mais non, dans le monde des finances publiques ce n’est pas si simple. La préposée fait le nécessaire pour faire cesser le prélèvement injustifié, mais lui conseille de vérifier ses comptes pour s’assurer quand même qu’elle ne sera pas prélevée les mois suivants. Et l’informe qu’elle sera remboursée en 2020, au premier trimestre ou peut-être après qu’elle ait fait sa nouvelle déclaration de revenus.
Là, c’est le coup de grâce. L’administration se trompe, lui prend un argent indu, et la remboursera au mieux dans quelques mois, au pire dans un an…
Adelina exprime, avec politesse, son mécontentement. Dit qu’elle ne peut pas vivre avec si peu. Son interlocutrice dit qu’elle va faire de son mieux.
Heureusement Adelina n’est pas isolée, un de ses employeurs interviendra avec elle pour activer le remboursement de ces prélèvements si celui-ci ne s’effectue pas rapidement, et elle sera soutenue si ses finances sombrent. Mais elle, elle est inquiète : si elle n'est pas remboursée elle ne pourra plus payer son loyer. Et si elle ne peut pas payer son loyer... Ses yeux s'humectent en envisageant cette possibilité.
Adelina a 67 ans. Elle a toujours travaillé et elle travaille encore.

Moi, je m’interroge. Il paraît que le paiement à la source s’est passé sans problème.
Vraiment ?

Et que gagnerait Adelina avec une retraite par points?
Quant à cette question du remboursement différé de sommes prélevées indûment aux usagers et sans les en informer à l’avance, cela ressemble fort à du racket, touchant dans ce cas la partie la plus faible de la population, âgée et aux faibles revenus.
Si l’erreur constatée est, non pas exceptionnelle, mais structurelle, quelle aubaine pour les finances de la France !

Bernard Tapie a-t-il remboursé, lui, sa dette de 400 millions aux finances publiques ?

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
La véritable histoire d’Omar Elkhouli, tué par la police à la frontière italienne
Cet Égyptien est mort mi-juin pendant une course-poursuite entre la police aux frontières et la camionnette où il se trouvait avec d’autres sans-papiers. Présenté comme un « migrant », il vivait en fait en France depuis 13 ans, et s’était rendu en Italie pour tenter d’obtenir une carte de séjour.
par Nejma Brahim
Journal — Éducation
Au Burundi, un proviseur français accusé de harcèlement reste en poste
Accusé de harcèlement, de sexisme et de recours à la prostitution, le proviseur de l’école française de Bujumbura est toujours en poste, malgré de nombreuses alertes à l’ambassade de France et au ministère des affaires étrangères.
par Justine Brabant
Journal — Europe
L’Ukraine profite de la guerre pour accélérer les réformes ultralibérales
Quatre mois après le début de l’invasion, l’économie ukrainienne est en ruine. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de procéder à une destruction méthodique du code du travail.
par Laurent Geslin
Journal — International
Plusieurs morts lors d’une fusillade à Copenhague
Un grand centre commercial de la capitale danoise a été la cible d’une attaque au fusil, faisant des morts et des blessés, selon la police. Un jeune homme de 22 ans a été arrêté. Ses motivations ne sont pas encore connues.
par Agence France-Presse et La rédaction de Mediapart

La sélection du Club

Billet de blog
Cochon qui s’en dédit
Dans le cochon, tout est bon, même son intelligence, dixit des chercheurs qui ont fait jouer le suidé du joystick. Ses conditions violentes et concentrationnaires d’élevage sont d’autant plus intolérables et son bannissement de la loi sur le bien-être animal d’autant plus incompréhensible.
par Yves GUILLERAULT
Billet de blog
Face aux risques, une histoire qui n'en finit pas ?
[Rediffusion] Les aliments se classent de plus en plus en termes binaires, les bons étant forcément bio, les autres appelés à montrer leur vraie composition. Ainsi est-on parvenu en quelques décennies à être les procureurs d’une nourriture industrielle qui prend sa racine dans la crise climatique actuelle.
par Géographies en mouvement
Billet de blog
L’aquaculture, une promesse à ne surtout pas tenir
« D’ici 2050, il nous faudra augmenter la production mondiale de nourriture de 70% ». Sur son site web, le géant de l’élevage de saumons SalMar nous met en garde : il y a de plus en plus de bouches à nourrir sur la planète, et la production agricole « terrestre » a atteint ses limites. L'aquaculture représente-elle le seul avenir possible pour notre système alimentaire ?
par eliottwithonel
Billet de blog
Faux aliments : en finir avec la fraude alimentaire
Nous mangeons toutes et tous du faux pour de vrai. En France, la fraude alimentaire est un tabou. Il y a de faux aliments comme il y a de fausses clopes. Ces faux aliments, issus de petits trafics ou de la grande criminalité organisée, pénètrent nos commerces, nos placards, nos estomacs dans l’opacité la plus totale.
par foodwatch