"Case" - récit

Les exilés originaires d’Asie du sud, particulièrement ceux venant du Pakistan et de l’Afghanistan, mais aussi du Bangladesh, du Népal et de l’Inde emploient le terme anglais « case » pour « récit ». Le récit est un élément crucial dans la demande d’asile, le terme lui, a plusieurs significations.

« Mera case chal raha hai »– « Mon affaire est en cours / j’ai déposé mon dossier de demande de droit d’asile ». Cette phrase a été prononcée par un exilé pakistanais au Centre d’hébergement d’urgence pour migrants (CHUM) à Ivry-sur-Seine début 2019. 

« Mera case kon likhega ? Mera case bahut petchida hai » « Qui va écrire mon récit ? Mon récit est très compliqué ». Cette phrase exprime l’inquiétude des migrants pakistanais lorsqu’ils comprennent qu’ils doivent produire un récit, écrit d’abord dans leur langue, puis en français.

Les exilés originaires d’Asie du sud, particulièrement ceux venant du Pakistan et de l’Afghanistan, mais aussi du Bangladesh, du Népal et de l’Inde emploient le terme anglais « case » /kεs/ qui signifie pour eux « récit ». Le récit est un élément crucial lors d’une demande d’asile. Il comporte des informations sur la nécessité de protection face à un parcours personnel, au sens de la Convention de Genève de 1951 qui stipule que le terme réfugié s’applique à toute personne qui « craint avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions publiques ». Il  est également normé, avec des attendus explicites ou implicites. Plusieurs associations mais aussi des "aidants" interviennent et avec l’aide d’un interprète, un récit est rédigé et traduit. On peut aussi signaler le « marché » parallèle des récits, où ceux ci, stéréotypés, sont revendus à différents tarifs. Le demandeur d’asile doit apprendre par cœur les informations racontées dans le récit.

Aucun dossier sans récit ne pouvant être accepté par l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA), le terme « case » prend une conséquence une connotation spécifique dans le langage des migrants. Il renvoie également au statut du requérant. Le « case » est en quelque sorte une clef de voûte sur laquelle repose tous leurs espoirs d’obtention de la protection du pays d’accueil.

En anglais, le terme « case » signifie ‘incident’, ‘situation’, ‘problème’. Dans le sous-continent indien, il est utilisé également dans le sens de « faire le procès de », il fait donc un lien avec le tribunal. Le glissement du sens premier « faire le procès de » au « récit » par des exilés pourrait venir de cet usage spécifique :  en dernier recours, les exilés peuvent avoir recours en France à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA).

Il est possible de trouver le mot « case history » en anglais, qui désigne la trajectoire pathologique d’un patient suivi par un psychologue. Ainsi, la phrase Mere jo case ka story hai qui signifie « c’est l’histoire de mon récit », prononcée par des demandeurs d’asile pakistanais dans des Centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) comme introduction à leur récit. 

Dans l’usage familier, on désigne par « case » quelqu’un qui est « lourd » ou  « idiot ». Il existe un équivalent en français ‘cas’ : « ce type est un cas », un cas social, particulièrement stupide, problématique, incongru et inadéquat. Expression très courante en ourdou et en hindi « bahut bara case hai », elle n’a pas été entendue dans les centres d’hébergement plus qu'ailleurs, mais cette proximité est à souligner.  

Shahazaman Haque (Inalco / Liminal)

https://liminal.hypotheses.org/771

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