Récépissé

Dans les centres d’accueil et les campements, "récépissé" est un terme récurrent des demandeurs d’asile, qui l'utilisent sans le traduire. Il est, avec préfecture, l’un des tous premiers mots français connu et désigne le document provisoire de séjour attestant le dépôt d’une demande d’asile.

A et B se rencontrent et discutent de la stratégie la plus rapide pour commencer les démarches d’obtention d’un titre de séjour :

A- « Où vaut-il mieux aller pour le récépissé ?

B- Il vaut mieux aller à Argenteuil1, c’est plus facile qu’à Cergy1 où on attend trop longtemps.

A – A Bobigny2, ce n’est même pas la peine, c’est six mois avant le rendez-vous pour le récépissé. »

     Dans les centres d’accueil mais aussi les camps et campements, récépissé est un terme récurrent dans le vocabulaire des migrants et demandeurs d’asile, qui choisissent de garder le terme français plus que de le traduire. Tous, quelle que soit la langue parlée, gardent ainsi ce terme intraduisible à l’étymologie latine « recipere » qui signifie recevoir.  Ce mot est sans doute l’un des tous premiers mots français à intégrer le vocabulaire du demandeur d’asile après « préfecture ». Il désigne le document provisoire de séjour remis à l’intéressé admis dans la procédure, attestant le dépôt d’une demande d’asile. D’une validité d’un mois, portant la mention « en vue des démarches auprès de l’OFPRA », ce premier récépissé sera suivi d’un second portant mention de l’enregistrement de la demande d’asile par l’OFPRA valable 6 mois, renouvelable plusieurs fois. Le récépissé a une valeur symbolique forte, car il représente le premier document officiel français remis au migrant attestant de sa demande d’asile et le protégeant pendant cette période : pour certains, obtenir le « récepissé »  représente une première victoire, tandis que les administrations et associations ne cessent de leur demander pour  authentifier leur statut. 

On l’interroge ici lorsqu’il est employé par les ressortissants du sous-continent indien, en particulier chez les Pakistanais et les Indiens locuteurs d’ourdou, de hindi et/ou de penjabi.

Bien qu’il existe un mot en hindi, ourdou et penjabi : « rasid» [rəsi:d] ou « tchalaan » [ʧəlɑ:n],  qui signifient reçu mais peuvent s’appliquer à d’autres contextes, il ne sera jamais utilisé par les demandeurs qui lui préféreront toujours le mot français, facile à prononcer et identifié à la seule demande d’asile. En effet, « rasid » peut désigner tout type de reçu dans une administration comme dans une relation commerciale. « tchalaan » , quant à lui, s’applique davantage dans un contexte transactionnel et désigne parfois une amende. «  tchalaan  » possède en outre un sens judiciarisé et peut signifier « poursuite », le «  tchalaan kuninda » [ʧəlɑ:n kunindɑ:] étant, en ourdou, celui qui poursuit (le procureur) et, au besoin, punit par des «  tchalaan  ».

Bénédicte Diot (Inalco, programme LIMINAL) 

https://liminal.hypotheses.org/716 

1 Il s’agit ici des sous-préfecture et préfecture du Val d’Oise où l’on peut retirer un dossier de demande d’asile.

2 Préfecture de Seine-Saint-Denis. Le volume important des demandes a poussé le service des demandes d’asile à proposer des rendez-vous de plus en plus distants pour enregistrer les dossiers. Lors de la remise au demandeur du formulaire de demande d’asile, celui-ci se voit remettre une « attestation de dépôt de demande d’asile », autrefois appelée « autorisation provisoire de séjour » (APS), et avant encore « récépissé de dépôt de demande d’asile ».

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