Commenter en ligne #6: Présentation des personnages

Au travers de leurs commentaires et de leurs profils publics, les internautes peuvent être plus ou moins transparents et dévoiler autant d’informations personnelles qu’ils le souhaitent. Ils construisent ainsi une certaine image d’eux-mêmes, qui s'ajoute à leur identité première en s'en écartant parfois.

Au fil de la lecture des commentaires d’articles, on peut repérer des constantes dans le langage des internautes qui nous permettent de dégager une typologie des commentateurs semblable à celle développée par Frère, M.-S. (lire ici) :

  • Le militant dont le discours est idéologiquement marqué et regorge de mots d’ordre, de slogan, de lexique propre à un parti. 
  • L’expert qui se caractérise par une énonciation neutre, un lexique assez technique et un discours tendant à être académique avec un certain degré d’abstraction, de recours à des concepts ou hypothèses. Son enrichissement positif du débat public est souvent mis en exergue par les journalistes.
  • L’homme de la rue qui représente la plus grande part d’internautes. Ce sont des citoyens lambda davantage portés sur le registre du pathos. Ils utilisent abondamment un langage familier ou oral, des proverbes et truismes. Leurs les messages comportent souvent des fautes d’orthographe. Par ailleurs, ils se posent souvent comme représentants du "peuple", de la majorité.

On peut également remarquer que certains commentateurs reviennent bien plus souvent que d’autres dans l’espace de discussion. Cette prise de conscience s’est notamment opérée à partir de la lecture de l’article Mouvement climat et gilets jaunes convergent en dépit des forces de l’ordre, qui comporte un assez grand nombre de commentaire (396). On se rend compte qu’il y a un petit cercle de commentateurs qui se retrouvent souvent et qui commencent à se connaitre, comme en témoigne ces commentaires : « quand on sait que B. est prof d’Histoire, L. ex-prof … » ou ce commentaire de S. « mais mon idée est non pas de chercher à convaincre (c’est comme si M. cherchait à me convaincre, moi !) ».  Certains commentateurs sont désormais bien connus des autres : « B., fidèle à lui-même ! » (ce commentateur a en effet souvent les mêmes positions, notamment assez critiques envers Mediapart).

Être en ligne et se montrer

Parmi eux, nous avons tenté d'identifier les traits caractéristiques de leur façon de se présenter en ligne, en vue de distinguer des “profils” des internautes les plus actifs. 

Il apparaît en premier lieu que ces commentateurs se positionnent à gauche de l'échiquier politique. Toutefois, selon les diverses affiliations partisanes des commentateurs, on observe des différences quant à la tendance à les afficher ouvertement. Ainsi, les partisans qui s’affichent le plus sont ceux de LFI (peut-être parce que l’espace commentaire prend souvent pour cible Jean-Luc Mélenchon et son parti) puis du NPA (nettement en dessous tout de même), on retrouve parfois des membres de Génération.s, et des Gilets Jaunes (qui revendiquent leur statut). Lorsqu’un internaute commente un article, son pseudonyme est affiché à côté de son commentaire, le pseudonyme constitue donc le premier indice de présentation de soi. Il existe une multitude de pseudonymes, néanmoins on peut distinguer certains types assez répandus :

  • Les pseudonymes qui reprennent les prénoms ou noms des commentateurs, voire les deux, et qui caractérisent une volonté de ne pas dissimuler leur véritable identité. On remarque par ailleurs, que de manière générale, les internautes qui ont des pseudonyme de ce genre sont ceux qui dévoilent le plus d’informations personnelles dans leurs profils.
  • Les pseudonymes qui font référence à des personnes célèbres (peintres, philosophes, personnages mythologiques) ou des lieux.
  • Les pseudonymes qui recouvrent des éléments matériels en tout genre (éléments naturels, objets etc.)
  • Les pseudonymes dont la signification n’est pas claire ou qui n’ont pas de signification particulière.

En plus d’être le premier indice de présentation de soi, le pseudonyme constitue parfois le seul indice phénoménal pour connaître la personne. En effet, il existe un nombre importants d’internautes qui ne donnent aucune information sur leurs profils, peut-être pour ne pas divulguer d’informations personnelles sur internet ou peut-être parce qu’ils accordent peu d’importance à leur image en ligne. Il existe tout de même une part importante de commentateurs réguliers qui dévoilent un certain nombre d’informations personnelles sur leurs profils publics, qui nous renseignent sur l’image qu’ils désirent renvoyer d’eux-mêmes en ligne. Certains affichent des photos de profils qui montrent leur visage comme c’est l’usage sur Facebook par exemple. D’autres, au contraire, affichent des images diverses comme des paysages naturels, des animaux ou encore des tableaux. Enfin, la majorité des internautes ne prend pas la peine de mettre une image à leur profil soit pour conserver leur anonymat soit parce qu’ils n’en voient pas la nécessité. A présent si l’on s’intéresse à la partie réservée à la biographie des internautes sur leurs profils, on peut accéder à des informations diverses et variées. Très peu d’internautes affichent clairement leurs convictions politiques mais une partie d’entre eux se définissent comme des “libres penseurs”, ou encore comme des personnes intéressées par la “recherche de la vérité” s’efforçant de résister à la “pensée unique”. Ensuite, certains internautes, se présentent uniquement au travers d’une citation qui peut être une citation qu’ils estiment digne d’intérêt, qui reflète peut être leur pensée ou qui est simplement ironique. Certains éléments biographiques sont révélés comme leur ville, leur profession ou leurs centre d’intérêts. Parmi ces internautes on a ainsi pu recenser des retraités, des chômeurs, des enseignant et des ingénieurs, ce qui atteste de la diversité sociologique des commentateurs. D’autres internautes mettent en avant leurs centres d'intérêt : on trouve un “politologue amateur” ou cet autre qui se présente comme un “voyageur à vélo” et  liste les pays dans lesquels il a voyagé. Il existe également des internautes qui se présentent avec humour : “charmeuse de serpent” ou  “éleveur de xoloitzcuintles”, ou encore cet internaute  originaire de la ville de “Sin City” et du “pays de cocagne”. 

On a donc pu repérer trois grands types de profils de commentateurs réguliers : ceux qui ne prennent pas la peine de se présenter et conservent de cette manière, leur total anonymat, ceux qui donnent beaucoup d’informations personnelles les concernant et qui sont animé par une volonté de transparence, peut être pour donner de la légitimité aux commentaires qu’ils publient, et enfin, ceux qui tournent en dérision leur présentation et l’utilisent à des fins humoristiques.

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