"Prévention" un gros mot ?

"Mieux vaut prévenir que guérir", qu'ils disaient ! Ils ne le disent plus, semble-t'il. Peut-être faudrait-il s'interroger sur la possibilité de mesures de prévention - autres que l'arrêt de toute vie en-dehors des heures de bureau passées à travailler diligemment, s'entend - à supposer que l'on puisse considérer le confinement comme une mesure de prévention.

Je me demande depuis quand "prévention" est devenu un gros mot. Peut-être au moment où la santé s'est mise à appartenir aux médecins et à eux seuls, puisqu'à en croire la conclusion de l'article de présentation de ce replay : "la santé est sortie du champ de compétence exclusif des médecins." Je ne sais pas vous, mais pour ma part j'ignorais qu'elle y fût jamais entrée ! Je pensais naïvement que la réplique du Dr Knock "Tout homme bien portant est un malade qui s'ignore", dans la pièce de Jules Romains, était une blague. Je m'imaginais que les médecins se chargeaient de la maladie, vu qu'ils apprennent tout à ce sujet dans le courant de leurs études, mais que la santé de chacun.e d'entre nous lui appartenait en propre. Apparemment, je me trompe lourdement.

Faisons comme si ce n'était pas le cas, toutefois, pour un moment. En reprenant la métaphore de notre Président sur une "guerre" qu'il s'agirait de gagner contre le coronavirus qui court, il me semble qu'un gilet pare-balles pourrait servir. Qu'en somme donner des consignes à la population sur la façon de prendre soin de son système immunitaire, voire de le renforcer, pourrait être au moins aussi utile que de prier pour qu'un vaccin hâtivement élaboré se voie délivrer un AMM en urgence. Après tout, si on ne peut rien faire une fois que l'on est testé.e positif.ve au virus, on pourrait peut-être agir avant ? Quelle est la particularité des gens qui ne tombent pas malades, même quand leur conjoint.e l'est ? Je l'ignore, bien sûr, mais est-ce que ça intéresse quelqu'un (d'autre que moi, s'entend) de le savoir ?

Que je sache, l'immunité est déprimée par le stress, par exemple : ça tombe mal, entre les inquiétudes quant au climat, et la progression de l'épidémie que nous serinent les médias (bon, moi, je n'ai pas la télé, ça m'aide bien à cet égard, mais même comme ça...), et qui est sensée être gérée par un gouvernement au regard fixé sur la ligne bleue du PIB, je sens la mienne qui flanche. Et encore ai-je l'énorme chance d'avoir un travail qui me permet de vivre seule dans un appartement de bonne taille, de bien me nourrir, voire de me supplémenter en vitamines, oligo-éléments, etc (grigris ? Si vous voulez, mais l'effet placebo, même les médecins y croient...). J'ai aussi le niveau culturel suffisant pour chercher à me documenter sur l'importance d'une alimentation saine pour le maintien de la santé. Qu'en est-il de ceux qui n'ont pas ces moyens-là ? N'y aurait-il pas une pédagogie à envisager sur le choix des aliments et plus généralement la diététique, par exemple ? Peut-être un peu plus pédagogique et moins directif que "Mangez 5 fruits et légumes par jour", si c'est envisageable. Et plus généralement sur l'hygiène de vie, qui passe aussi par l'hygiène psychique ?

Par ailleurs, je ne peux qu'être d'accord avec l'auteur de ce billet, qui souligne que l'exercice physique est également protecteur pour la santé en général, et contre le virus présent en particulier. Je ne sais pas comment ça se passe dans la ville où vous habitez, mais ici les parcs et jardins, prévus pour rester ouverts, sont fermés. Je suis à plus d'un kilomètre du bord de mer, donc, si je veux respirer, je ferai des ronds dans des rues peu passantes. Peu passantes, certes, mais pour les ions négatifs, c'est quand même râpé.

Si nous pouvons aider à protéger (sans qu'elles se retrouvent isolées, avec les conséquences psychologiques que cela entraîne) les personnes dont le système immunitaire est déprimé, soit du fait de l'âge, soit du fait d'autres maladies (éventuellement entraînant des thérapeutiques entraînant une baisse de l'immunité), sur le mode "le virus, il ne passera pas par moi", tout le monde a à y gagner, non ? Sauf l'industrie pharmaceutique, bien sûr, mais passons.

Il fut un temps où l'on disait "Mieux vaut prévenir que guérir". Il est vrai qu'en ce temps-là, on ne savait pas forcément guérir. Mais je ne vois pas pourquoi on ne reviendrait pas à ce vieux précepte, dans le cas d'une maladie que l'on ne sait pas (encore ?) guérir. En tout cas, il me semblerait souhaitable qu'on moins on en parle.

Je rajoute à ce billet une citation extraite de l'article "Une médecine sous influence", signé par Philippe Descamps, dans le Monde diplomatique de novembre 2020 : "les intérêts financiers et les jeux
d’influence focalisent l’attention sur le
curatif, les traitements, le modèle hospi-
talier ; or cette crise témoigne d’abord
d’une faillite de la santé publique, de la
prévention, de la réduction du risque, des
soins primaires, que symbolise la débâcle
du « tester, tracer, isoler »."

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