Pour François Maspero - Samir Amin

Maspero a marqué son époque. Il a été de ceux qui ont préparé l’explosion de 1968.

 François Maspero n’était pas seulement un libraire, même un excellent libraire. Bien plus, il était un penseur critique radical de son temps, qui est encore notre temps, celui du capitalisme vieillissant dont la survie implique la destruction systématique de l’être humain, formaté pour n’être plus qu’un consommateur et un spectateur, de la nature, de sociétés et de peuples  entiers du « tiers monde », la périphérie du système mondialisé de l’impérialisme moderne.

Maspero était un penseur engagé, militant. En avance sur bien d’autres il avait compris que le caractère impérialiste du système était indissociable de sa nature capitaliste. Il était donc anti impérialiste, sans tomber dans les naïvetés des jeunes « tiers-mondistes » sympathiques de l’époque. Maspero était lucide et savait que le combat de libération nationale des peuples du Sud serait long et difficile, et qu’il n’était pas spontanément porteur des transformations radicales, démocratiques et socialistes, nécessaires à son succès.

Maspero a marqué son époque. Il a été de ceux qui ont préparé l’explosion de 1968. La Joie de Lire était devenue un haut lieu de rencontres entre la génération nouvelle en colère et ceux des plus anciens qui saisissaient la portée révolutionnaire de cette révolte. Les éditions Maspero et la revue qui lui était associée ont fait connaître  les débats socialistes de l’époque, l’apport de la révolution chinoise et du maoïsme, celui de Che Guevara, de Cabral et de Fanon, les guerres de libération en Afrique et les débats houleux au sein des mouvements de libération. Sa bibliothèque n’est pas celle des archives de ce passé ; sa lecture reste indispensable aux nouvelles générations de penseurs critiques. 

 

Samir Amin, économiste franco-égyptien symbolise pour beaucoup, dès les années 1960 et notamment depuis la publication de son ouvrage Le développement inégal, l’altermondialisme. Directeur au Plan en Égypte de 1957 à 1960 ; Conseiller du gouvernement malien de 1960 à 1963 ; professeur d’université, en 1997 il est cofondateur du Forum Tiers-Monde à Dakar, dont il est le directeur. Militant de la Paix, il a prononcé cette année le discours d’ouverture du Congrès du Bureau International pour la Paix à Berlin

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.