François Maspero - Poétiques de la résistance - Nils Andersson

Du 5 au 26 novembre les expositions "François Maspero et les paysages humains" et "Les éditions d’en bas, 40 ans d'édition engagée" seront regroupées sous le nom de Poétiques de la résistance. À cette occasion, nous donnerons, chaque mardi, la parole à celles et ceux que nous croyons les plus aptes à témoigner de l'importance de François Maspero, hier et aujourd'hui.

François Maspero face à lui-même

La disparition de François Maspero a suscité nombre de témoignages sur le libraire, l’éditeur, le traducteur, l’écrivain, mais aussi sur un temps et des lieux qui ne sont plus. Il y a eu les mots de Catherine Simon dans Le Monde, ceux d’Edwy Plenel pour le « résistant » - ce mot que François choisissait pour se définir[1] -, cette forte soirée qui, à l’initiative de la Maison de l’Amérique latine, de Médiapart, des éditions du Seuil et de la Maison des Passages emplit le théâtre de l’Odéon, la réunion débat, François Maspero « homme livre, homme libre » organisé par Quilombo, celle lors du Maghreb des livres, l’émission de France culture sur le « passeur de présent » et combien d’autres témoignages.

Des hommages, il en reçut de son vivant, souvent il s’y déroba, jamais il ne les quémanda ; surtout, et sur cela il était intransigeant, il ne voulait pas être utilisé. Certes, ce que François Maspero a été, ce qu’il a représenté prête à une utilisation, même la plus sincère, de son nom ; ainsi il y a une vingtaine d’années, une revue voulut intituler « les années Maspero » un numéro sur les bouleversements politiques, sociaux, idéologiques, culturels des années 1960 et 1970. Ayant dit à François combien ce titre symbolisait,un quart de siècle après, ce moment et exprimaitune reconnaissance, il me répondit qu’il s’opposait à cette utilisation de son nom, il ne céda pas et le numéro de la revue parut sous un autre titre. 

Derrière son sourire, François Maspero ne se livrait pas, les silences étaient importants ; conviction et fragilité, il était sensible, susceptible même, aux interprétations lues ou entendues sur sa conception de l’éditeur ou sur les choix de l’homme. Ce fut, je pense, face à lui-même, sa motivation à ce que soient réalisés, comme une adresse aux interprétations à venir, François Maspero et les paysages humains[2], ce livre où, témoins et documents, mais également le catalogue des éditions Maspero, déroulent« les rêves, facteurs d’espoir » que furent les éditions et la librairie La Joie de Lire, puis l’exposition sur les éditions[3] qu’il a considérée comme « une idée magnifique et est un très beau travail » et dernier volet du triptyque, le film François Maspero, les chemins de la liberté[4]. Il était important pour lui d’inscrire ces marques de ce qu’avait été son parcours dans ce qu’il a eu de rare et de douloureux, comme il l’a vécu, comme il le ressentait et le jugeait, contre toute réécriture. 

Nils Andersson

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Médiapart, par ses initiatives et les interviews, écrits, documents enregistrés et publiés sur François Maspero, témoigne de l’étendue de ses engagements. Le souhait de ce blog, jusqu’à l’inauguration le 5 novembre des expositions François Maspero et les paysages humains  et Les éditions d’en bas, 40 ans d'édition engagée regroupées sous le nom de Poétiques de la résistance à la galerie Humus à Lausanne, est, complexité de l’homme, rêves et déchirements, d’apporter des signes de fidélité au sourire du chat.

Littinérante donnera ainsi la parole à celles et ceux que nous croyons les plus aptes à témoigner de l'importance de François Maspero, hier et aujourd'hui.


 

[1] Interview de François Maspero dans Bron Magazine, décembre 2014.

[2] Sous la direction de Bruno Guichard, Alain Léger et Julien Hage, Ed. A plus d'un titre/La Fosse aux ours, Lyon, 2009.

[3] Réalisée par L'association la Maison des Passages et la librairie A plus d'un Titre, inaugurée au Musée de l’Imprimerie à Lyon, 2009 avec le patronage de Médiapart.

[4] Ecriture et réalisation : Yves Campagna, Bruno Guichard, Jean-François Raynaud, Les films du Zèbre, 2014, qui peut être visionné sur le site de Médiapart, https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/270216/francois-maspero-les-chemins-de-la-liberte

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