Agir, un devoir, une nécessité - Mohammed Harbi

L'action de François Maspero s'inscrit dans un contexte politique dominé par l'essor de l'anticolonialisme, du tiers-mondisme et de la remise en cause du stalinisme.

« Je pensais qu'il fallait donner à lire, à voir. Mettre en question. Et que les lecteurs étaient assez grands pour comprendre et choisir. Ma responsabilité s'exerçait dans mon choix d'éditeur et j'en ai toujours répondu ». Cette profession de foi de François Maspero résume dans toute sa simplicité le lien qu'il fit tout au long de sa vie entre l'unité du front culturel et son engagement politique. 

L'action de François Maspero s'inscrit dans un contexte politique dominé par l'essor de l'anticolonialisme, du tiers-mondisme et de la remise en cause du stalinisme. Ardent défenseur de la jonction entre toutes les forces hostiles au capitalisme et à l'impérialisme, il multiplia les publications portant sur la littérature révolutionnaire en encourageant échanges et débats au grand bénéfice des colonisés.

Il contribua de ce fait à diffuser dans un large public les écrits de combat que boudent en général les grandes maisons d'édition. Il dut alors répondre à plusieurs reprises à des procès ordonnés par les pouvoirs qui voulaient à tout prix étouffer les révélations sur la torture et sur la répression des algériens, entre autres. Les saisies et la censure nuisaient bien sûr à son équilibre financier mais elles augmentaient par ailleurs l'audience de ces publications.

Agir pour François était un devoir et une nécessité. Contre le colonialisme, il fut de tous les combats. Citons pour mémoire son témoignage sur les manifestations du 17 octobre 1961, en faveur des déserteurs et des insoumis, son soutien enfin aux membres du réseau Jeanson jugés pour leur appui à la résistance algérienne. 

Sa position face à la guerre d'Algérie et au service des colonisés et des opprimés reste encore de nos jours attractive et féconde. Elle correspondait, quoi qu'en dise aujourd'hui dans certains récits, au sentiment profond du peuple français car comment laisser tomber dans le silence et l'oubli le fait qu'en janvier 1956, la majorité du corps électoral avait voté contre la guerre et que le parlement qui a été élu sur ce programme n'a fait que le contourner.

Son humanisme et sa générosité enracinés dans sa tradition familiale restent un exemple pour les combats actuels et futurs.

Mohammed Harbi

 

Mohammed Harbi, historien, fut militant, responsable dans la Fédération de France du FLN durant la lutte de libération nationale algérienne, conseiller de Ben Bella et directeur de l’hebdomadaire Révolution africaine après l’indépendance. Arrêté à la prise de pouvoir par Boumédienne, il rejoint la France en 1973 ; professeur de sociologie et d’histoire, hautement apprécié notamment par Pierre Vidal-Naquet, il a publié des ouvrages fondamentaux sur le FLN et la révolution algérienne. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.