François Maspero - Une conception de l’édition

En octobre 1959, paraît le premier livre des Éditions Maspero, La guerre d’Espagne, de Pietro Nenni qui ouvrait la collection Cahiers Libres, elle allait comporter 371 volumes.

En octobre 1959, paraît le premier livre des Éditions Maspero, La guerre d’Espagne, de Pietro Nenni qui ouvrait la collection Cahiers Libres, elle allait comporter 371 volumes. En quatrième de couverture on pouvait lire :

  « Peut-on à la fois faire l’Histoire et l’écrire ? C’est la question que pose la collection « Cahiers libres ». Son but, en effet, est de publier sur les questions les plus débattues de la vie moderne, des textes capables de faire le point et d’ouvrir des perspectives nouvelles. « Cahiers libres » est donc une collection groupant aussi bien des documents que des études historiques, ou des « libelles ». Les auteurs peuvent y être juge et partie. Il ne leur est demandé que de la sincérité et de la solidité. Il paraîtra un livre par mois. »

 Comme à une revue on pouvait s’abonner pour 12 numéros à la collection, un moyen de renforcer une liberté d’expression, liberté du lecteur également, il était possible à un souscripteur de refuser un les livres publiés dont le sujet l’intéressait moins.

S’il était souhaité que ceux qui croient suffisamment aux succès de la collection y souscrivent sans attendre, il était précisé : « nous ne pouvons réclamer dès le départ du public une marque de confiance aussi illimitée ; on nous demandera d’attendre d’avoir fait nos preuves. Donc nous ne donnerons de publicité véritable à notre système d’abonnement qu’après notre douzième numéro ».

Quand le douzième numéro est publié, marque de confiance, aux « Cahiers libres » s’étaient ajoutées la collection « Textes à l’appui » et la collection « Voix ».

Outre l’adhésion, il est recherché un travail dans la continuité, ainsi dans le deuxième ouvrage publié dans les « Cahiers libres », L’an V de la révolution algérienne de Frantz Fanon, est publié l’article que François Fonvieille-Alquier a publié dans Libération sur le livre de Pietro Nenni. Mais aussi, travail de références, en rapport avec le sujet du livre de Frantz Fanon, une bibliographie, la plus complète établie alors, des ouvrages sur la question algérienne, bannissant était-il précisé « tout ‘esprit partisan’ ; c’est-à-dire que les livres les plus opposés s’y côtoient, Sérigny et Alleg, Soustelle et Favrod ; mais tous, à quelque titre, y figurent parce qu’ils sont nécessaires. »

C’était le début d’un catalogue, dix ans plus tard, François Maspero répond à Chris Marker qui l’interview dans le documentaire Les mots ont un sens : « Un éditeur, ça se définit par son catalogue, il y a le catalogue des livres qu’il a sortis, et puis il y a le catalogue, en tout cas pour moi beaucoup plus important, des livres qu’il n’a pas sortis. Il y a un troisième catalogue qu’on pourrait faire, c’est celui des livres qu’on a fait paraître chez d’autres éditeurs, par sa seule existence : ça serait aussi très, très important. Je suis bien content de voir paraître un tas de livres qui n’auraient pas été publiés, si je n’avais pas existé, parce que, tous simplement, des éditeurs les publient uniquement, soit parce que j’ai lancé ce style de publications, soit parce qu’ils ne veulent pas qu’ils soient publiés chez moi. Ça, c’est très chouette aussi ».

 

François Maspero n’a cessé de se vouloir « en marge ».

 

NA

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