Ex Anima, la mélancolique et sauvage mélopée équestre de Bartabas

Est-ce un rêve, un songe ? Émergeant d’un épais brouillard, crinières au vent, muscles saillants, les majestueux chevaux de Bartabas prennent possession du cirque Zingaro et nous entraînent dans leurs folles et oniriques épopées. Pour cet ultime spectacle, le scénographe équestre rend un hommage vibrant à ses compagnons de route et célèbre leur beauté animale en un spleen bouleversant, poignant.

Au théâtre équestre Zingaro, Bartabas rend hommage aux chevaux dans son ultime opus, Ex Anima © Marion Tubiana Au théâtre équestre Zingaro, Bartabas rend hommage aux chevaux dans son ultime opus, Ex Anima © Marion Tubiana
Plongé dans le noir, le théâtre équestre Zingaro s’éveille doucement, lentement. Quelques notes de musique s’élèvent dans le silence. Progressivement, la lumière éclaire le brouillard qui a empli l’espace scénique. Des silhouettes étranges, singulières en jaillissent. Telles des statues flottantes dans les airs, une douzaine de chevaux apparaissent. Imperceptiblement, le plateau prend vie. Ni selle, ni rênes, ni licol, ni mors n’entravent leur liberté. Ils jouent, s’amusent, se coursent, se roulent par terre, s’ébrouent, se mordillent. Enivré par ce ballet sauvage, on se laisse emporter par la beauté presque irréelle de leurs pas cadencés, de cette valse apparemment désordonnée mais parfaitement millimétrée.

Un petit tour et puis s’en vont. D’autres chevaux, pelage blanc étincelant, prennent le relais. Ainsi, de suite, les tableaux se succèdent. Tous plus intenses, ensorcelants les uns que les autres, les compagnons de route de Bartabas envahissent l’espace sous le regard vigilant d’ombres noires, presque invisibles, seules présences humaines sur ce plateau où le cheval est roi. Accompagnés des musiques envoûtantes, enveloppantes, tour à tour tristes ou joyeuses imaginées par François Marillier, Véronique Piron, Jean-Luc Thomas et Wang Li, les criollos argentins, les purs sangs arabes, les lusitaniens et autres pinto, irish cob, entrent dans la danse en solo, en duo ou en groupe. Si le plus souvent une étrange mélancolie, une singulière tristesse émane des numéros, la vie reprend toujours le dessus. Elle s’immisce furieuse, enragée, terriblement humaine.

Véritable enchantement, l’ultime opus de Bartabas fait mouche. S’affranchissant de toutes contraintes, il signe un spectacle hommage aux chevaux, à leur animalité sauvage, à leur beauté racée. Là où tout semble n’être qu’improvisation, le scénographe équestre a écrit la moindre ligne de ce recueil de poésie animé. Cédant à ses penchants naturels pour le vague à l’âme, les pensées sombres, parfois morbides, il entremêle le burlesque et le tragique, l’évanescent et le prégnant dans cette ode féerique et sombre célébrant la complicité entre l’équidé et l’homme.

Si tout n’est pas lisible, intelligible, si le spleen prend le pas sur l’allégresse de cette chevauchée sauvage, Bartabas, une nouvelle fois, nous saisit, nous fascine et nous rappelle ô combien ce compagnon de jeu est gracile, élégant, majestueux, ô combien nous devons ne faire qu’un avec l’animal, l’aimer, le chérir, le traiter comme un autre nous-même. Ex Anima, les adieux rêvés, bouleversants de l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux.

Olivier Frégaville-Gratian d'Amore pour l'Œil d'Olivier

Ex Anima, création de Bartabas
Théâtre équestre Zingaro
176 Avenue Jean Jaurès
93300 Aubervilliers
jusqu’au 4 mars 2018
du mardi au samedi à 20h30 & le dimanche à 17h30
durée 1h30

conception, scénographie et mise en scène de Bartabas
musique originale (composition autour du souffle) de François Marillier, Véronique Piron, Jean-Luc Thomas & Wang Li
Instruments : Hulusi (flûte de chine) ; Tin-Whistles (flûtes d’Irlande) ; Bansurî (flûte d’Inde du Nord) ; Shakuhachi, Ryuteki, Nôkan (flûtes du Japon)

Avec dans leur propre rôle Cintrón, Dominguín, Manzanares, Nimeño, Arruza, El Gallo, Belmonte, Bombita, Chicuelo, El Cordobés, Paquirri, El Soro, Manolete, El Viti, Guerre, Fa-mine, Conquête, Misère, Lug, Dagda, Ogme, Nuada, Credne, Mac Oc, Le Grincheux, Angelo, Tsiane, Van Gogh, Calacas, Lucifer en Alternance avec Bamako, Majestic, Nou¬reev, La Mule, L’âne, Le Tintoret, Zurbarán

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