Et pendant ce temps Simone veille, anthologie drôle et utile des droits des femmes

Sexe faible pour certains, objet de désir pour d’autres, la Femme se bat depuis des décennies contre les clichés, les stéréotypes machistes, pour avoir les mêmes droits que leur homologue masculin. En s’attaquant frontalement aux problèmes rencontrés par les femmes pour s’émanciper, les quatre auteures de cette pièce signent un spectacle autant désopilant qu’instructif, une réussite !

Le droit à l’IVG fait débat dans les couloirs de l’Assemblée nationale, Et pendant ce temps Simone Veille à la contrescarpe © DR Le droit à l’IVG fait débat dans les couloirs de l’Assemblée nationale, Et pendant ce temps Simone Veille à la contrescarpe © DR
Tenue rouge stricte, collier de perles et chignon banane impeccable, autant de signes qui ne sont pas sans rappeler une autre Simone, Simone (impayable Dominique Mérot) veille au grain. Maitresse de cérémonie, elle conte avec humour et autodérision l’histoire du droit des femmes en 4 volumes. Facétieuse, goguenarde, elle ponctue d’anecdotes surprenantes, de jeux de mots désopilants et de dates hallucinantes, le parcours de combattantes de 4 générations de femmes de la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours.

Tout commence sur un banc, dans un square, Marcelle (épatante Nathalie Portal), accent chantant du sud, surveille son abondante progéniture. Ouvrière pendant la guerre, elle est redevenue femme au foyer et mère pondeuse avec le retour de son mari alcoolique, du front. Très vite, elle est rejointe par Jeanne (fascinante Hélène Serres). Epouse d’un cadre de banque coincé, dépendante de ce petit macho « réac », elle ne sait penser par elle-même. Enfin arrive France (surprenante Vanina Sicurani), bourgeoise émancipée, elle a pris goût au pouvoir et est conscience qu’elle était aussi capable voire meilleure que son frère de gérer l’entreprise familiale. Elle enrage, tempête d’avoir été mise sur la touche et rêve d’une révolte féministe pour un monde plus juste moins machiste.

Alors que des chansons célèbres, détournées avec malice et humour par Trinidad, servent d’intermède musical entre chaque saut d’une génération à l’autre, la révolution féminine et féministe est bien en marche. Suivent sur quatre générations, les descendantes de ces femmes qui ont goûté subrepticement à la liberté et à l’indépendance pendant la guerre avant d’en être privées au retour de leur mari, on se laisse totalement embarquer par ces histoires de femmes qui retracent avec intelligence et drôlerie les avancées et replis de l’émancipation des femmes en vue d’avoir les même droits que les hommes.

Si le combat est toujours d’actualité – à travail égal une femme est toujours en 2016 payé en moyenne 20 % de moins que son homologue masculin- , si les absurdités de certaines lois ont bien dû mal à être abroger, – en 2013, le port du pantalon pour les femmes ne sera enfin plus prohibé, en cinquante ans, si certains politiques remettent en cause certains droits acquis de longues luttes – l’Espagne, la Pologne ont tenté d’interdire le droit fondamental des femmes à avorter – , les évolutions sociétales sont patentes et doivent être consolidées.

S’affranchissant de la bienpensante, refusant d’écrire un manifeste ennuyeux, nos quatre auteures, Corinne BerronHélène SerresVanina Sicurani, Bonbon et Trinidad, ont choisi l’humour et l’autodérision pour véhiculer leurs idées et pour frapper les esprits. Le résultat est au rendez-vous. Frôlant parfois la pantalonnade sans jamais y céder, elle signe un spectacle hilarant et éducatif qui séduit autant les femmes que les hommes. Une réussite, qui en ces temps troublent où les mots d’une autre Simone (de Beauvoir) –  « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » – résonnent étrangement justes, ne peut qu’être saluée.

Olivier Frégaville-Gratian d'Amore pour l'Œil d'Olivier.

Et pendant ce temps Simone veille de Corinne Berron, Hélène Serres, Vanina Sicurani, Bonbon et Trinidad. Théâtre de la Contrescarpe. Jusqu'au 29 juillet 2017. du mercredi au samedi à 20h et horaire supplémentaire le samedi à 17h.

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