Histoire d’un soldat, mimodrame à l’ancienne

Conte fantastique, né sous les meilleurs auspices, d’un côté l’auteur suisse Ramuz, de l’autre le compositeur russe Stravinsky, Histoire d’un soldat pêche par une mise en scène classique et dissonante. Malgré la présence lumineuse de Claude Aufaure, Licinio da Silva et Fabian Wolfrom, on a bien du mal, et à regret, à se laisser emporter par le charme suranné, la poésie de cette fable faustienne.

Au Poche-Montparnasse, Stéphan Druet fait revivre Histoire d’un soldat © Brigitte Enguerand Au Poche-Montparnasse, Stéphan Druet fait revivre Histoire d’un soldat © Brigitte Enguerand
La scène foisonne d’instruments en tout genre que des musiciens semblent avoir abandonnés çà et là. Côté cour, une petite table de cabaret attend quelques visiteurs. Alors que la salle plonge dans l’obscurité, un homme d’un certain âge (épatant Claude Aufaure) fait son entrée. De sa voix douce, musicale, il conte l’histoire d’un jeune homme. Est-ce le récit de sa vie ? Peut-être. Le doute reste permis.

Une porte s’ouvre, côté jardin, laissant entrer aux côtés du beau et charmant soldat aux yeux clairs (radieux Fabian Wolfrom), les derniers rayons du soleil et une troupe de musiciens. Tous s’installent. Les premières notes s’élèvent rythmées par les pas cadencés du militaire qui use ses souliers sur une route de campagne. En permission pour quelques jours, il rentre à pied dans son village natal pour revoir sa douce fiancée et sa vieille mère. Un jour de grand soleil, épuisé, il rencontre un homme au regard malicieux, le diable en personne (fascinant Licinio da Silva). Voix mielleuse, ce dernier lui propose d’échanger la seule chose qu’il possède, un petit violon de foire, acheté à peine 10 francs, contre un livre renfermant l’avenir. Le trop candide militaire hésite, puis se laisse persuader finalement par les arguments fallacieux du ténébreux être.

Les jours se transforment en années. Quand le jeune homme arrive enfin chez lui. Personne ne le reconnaît, tout le monde le pensait mort depuis longtemps. Sa fiancée s’est mariée avec un autre. Désespéré, il ouvre enfin le fameux livre, fait fortune, mais court après un bonheur que jamais il n’atteint. Quand enfin, il peut se laisser aller à aimer, il est trop tard, le diable réclame son dû.

En s’emparant de cette fable faustienne datée, Stéphan Druet ne fait malheureusement pas de miracle. Si le charme désuet de ce conte écrit dans un contexte de guerre entre la Prusse et la France impériale séduit par son étrangeté, sa rareté, très vite, l’ensemble perd de son enchantement faute d’une mise en scène audacieuse. La musique saccadée voulue par Stravinsky devient vite entêtante presque désagréable tant elle n’arrive pas à se libérer de l’espace réduit dans lequel elle est confinée. Il en est de même pour la pauvre danseuse, incapable de développer deux entre-chats sans buter dans une grosse caisse ou un pupitre de partition. Il en ressort un tableau sans grâce, malgré le talent indéniable de l’artiste.

Seul le trio de comédiens retient l’attention. Il brille, étincelle et nous entraîne dans ce conte fantastique à la poésie fort simple et délicieusement surannée. Claude Aufaure est un conteur primesautier des plus savoureux. Fabian Wolfrom interprète à merveille ce soldat fort naïf aux attraits ténébreux, sulfureux. Enfin, Licinio da Silva campe un machiavélique diable tout en charme et ruse. Malheureusement, et malgré toute la très bonne volonté de Stéphan Druet, cela ne suffit pas à sauver l’ensemble qui manque cruellement d’espace pour s’épanouir. Quel dommage !

Olivier Frégaville-Gratian d'Amore pour l'Œil d'Olivier.

Histoire d'un soldat de Ramuz et Stravinsky. Mise en scène de Stéphan Druet. Théâtre de Poche Montparnasse. Jusqu'au 16 juillet 2017.

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