Ludwig, un conte étrange et poétique sur la différence

Les mots butent, se brisent cassant la belle rythmique d’un texte fastidieux, un brin trop lyrique. Les corps accidentés se meuvent singulièrement donnant à l’ensemble un esthétisme, hors norme et bouleversant. Loin d’un théâtre normé, Madeleine Louarn et les comédiens de Catalyse nous entraînent dans un monde fantasmé et décalé où évolue le double abîmé de ce roi de Bavière esthète et fou.

Au TGP, Ludwig, un roi sur la lune nous entraîne dans un monde étrange et onirique © Christophe Raynaud de Lage Au TGP, Ludwig, un roi sur la lune nous entraîne dans un monde étrange et onirique © Christophe Raynaud de Lage
Roi de contes de fées, Ludwig s’est affranchi des normes de son temps pour vivre selon son goût et ses désirs. S’il a fini par en payer de sa vie le prix, il n’a mis aucune limite à ses envies. Artiste dans l’âme, rêvant d’absolu et de beauté, il s’est laissé porter par une douce folie dilapidant l’argent public pour créer des lieux toujours plus fantastiques, plus féériques. Amoureux de sa cousine, la fameuse Sissi, attiré par les hommes, totalement subjugué par la musique et la personnalité de Richard Wagner, il a vécu en marge d’un monde en pleine mutation. C’est dans cet univers fantasmagorique, dans cette vie singulière et troublante que nous plonge la pièce écrite par Frédéric Vossier spécialement pour les comédiens handicapés mentaux de l’atelier Catalyse.

Afin d’être au plus près de l’action, du jeu de ces artistes atypiques, Madeleine Louarn a imaginé, avec la complicité de Marc Lainé, une scénographie en bi-frontal. Ainsi, le public est totalement happé par l’atmosphère onirique de ce spectacle-hommage, à l’étrangeté de ce Roi de légende. Dans un espace gris, où seule la photo sépia du château de Neuschwanstein rappelle la Bavière, les six comédiens qu’ils soient handicapés mentaux, trisomiques, ou autistes, font revivre le monarque lunaire, ses états d’âme, ses excentricités. Ils nous entraînent dans un monde enfantin de princesses aux robes roses, dans un conte féérique teinté de mélancolie.

On ne peut que saluer le travail de Madeleine Louarn qui depuis plus de 30 ans, fait de la différence des artistes de l’atelier Catalyse une force. Pourtant, un sentiment étrange étreint certains spectateurs à la sortie de Ludwig, un roi sur la lune, partagés entre la belle performance, la beauté onirique des images et une forme de voyeurisme qui oblige le spectateur à ne considérer le spectacle que comme une performance d’acteurs déficients qui les enferme un peu plus dans leur handicap au lieu de les en libérer. Ainsi la poésie de Frédéric Voissier se brise en raison de la difficile prononciation d’un texte trop complexe et au parti-pris de Madeleine Louarn de ne pas mêler la troupe de comédiens handicapés à d’autres artistes. Si la fragilité du jeu nous touche au cœur, elle ne suffit malheureusement pas à totalement nous bouleverser. A force de trop de différence, on perd le propos, la puissance de l’entreprise. Dommage !

Olivier Frégaville-Gratian d'Amore pour l'Œil d'Olivier.

Ludwig, un roi sur la lune de Frédéric Vossier. Théâtre Gérard Philippe - Saint-Denis. jusqu'au 12 décembre 2016.

 

 

 

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