Show, la transe macabre d’Hofesh Schechter pour sa jeune garde

Les gestes se répètent à l’envi. Les corps se convulsent, s’attirent et se repoussent. Des sons vrombissants envahissent l’espace. Reprenant son écriture chorégraphique habituelle faite de transes, de mouvements saccadés, Hofesh Schecther signe un show clownesque, burlesque dont la beauté éblouissante des tableaux successifs ne suffit pas à gommer l’impression d’une redondance qui manque de sens.

Au théâtre des Abbesses, Hofesh Schechter invite sa jeune garde à une transe macabre © Gabriele Zucca Au théâtre des Abbesses, Hofesh Schechter invite sa jeune garde à une transe macabre © Gabriele Zucca
Dans la pénombre, en fond de scène, huit silhouettes de dos, immobiles, impassibles, se dessinent dans une lumière rasante. Elles semblent saluer, comme si le public était placé en coulisses. Puis, imperceptiblement, ces pantins de chair et de sang s’animent. Ils habitent l’espace de leur étrange présence, de leurs gestes saccadés, répétés. Musique poussée au maximum, entêtante, vrombissements « techno » se mêlant à des partitions plus baroques, Hofesh Schechter nous invite à une pièce chorégraphique en plusieurs actes, pour jeunes danseurs, largement inspirée de ses dernières créations.

Mouvements frénétiques, transes zombiesques flirtant avec le burlesque, solos habités, danses de groupe rappelant quelques fêtes chamaniques, Show est un spectacle surprenant, forain, qui séduit par l’éclat éblouissant des tableaux qui s’enchaînent avec fièvre, par la beauté des gestes, des ambiances ténébreuses imaginées avec minutie par le célèbre chorégraphe israélien. Malheureusement, malgré le charme hypnotique de son écriture, l’enivrante grammaire qui entremêle beats techno et mouvements itératifs, l’ensemble perd en sens et profondeur dans ses boucles assassines, ses répétitions de crimes d’un autre temps.

Confrontant ses jeunes marionnettes aux allures de clown du siècle dernier à la violence de nos sociétés contemporaines, Hofesh Schechter signe un ballet singulier où l’on reconnaît sans conteste sa signature, puissante, envoûtante, mais dont on aurait aimé qu’il en cisèle un peu plus son écriture. Toutefois, ne boudons pas notre plaisir, on se laisse séduire par le dynamisme et l’énergie de la jeune et virtuose garde du chorégraphe israélien, dont le talent explose à chaque pas.

Olivier Frégaville-Gratian d'Amore pour l'Œil d'Olivier

Show, une création d’Hofesh Schecter
Théâtre de la Ville – Théâtre des Abbesses
31, rue des Abbesses
75018 Paris
Jusqu’au 21 avril 2018
Du mardi au samedi 20h30, séances supplémentaires le samedi en matinée à 15h30
Durée 1h00 environ

chorégraphie & musique d’Hofesh Shechter
avec Riley Wolf, Juliette Valerio, Zunnur Sazali, Adam Khazhmuradov, Natalia Gabrielczyk, Emma Farnell-Watson, Robinson Cassarino & Neal Maxwell
lumières de Lee Curran pour Clowns et de Richard Godin pour Show
directeur des répétitions : Chien Ming Chang
costumes de Laura Rushton
direction technique : Holly Gould
régie lumières : Katherine Elliot
musique aditionnelle d’Arcangelo Corelli, Concerto grosso in G Minor, op. 6, N° 8 « fatto per la notte di Natale » (Pastorale) interprété par
Chiara Banchini & Ensemble 415
Christmas, Music by Candlelight) ; Shin Joong Hyun, The Sun interprété par Kim Jung Mi
(Beautiful Rivers and Mountains : The Psychedelic Rock Sound of South Korea’s Shin Joong Hyun)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.